L’honneur d’un commissaire…

Que vaut l’honneur d’un homme ? Ce n’est pas qu’un sentiment suranné qu’on invoque à tort et à travers lors de la remise de certaines décorations qui ont perdu une bonne part de leur signification, c’est aussi, dans l’intimité, dans un échange de regard entre soi et soi-même, cette satisfaction d’avoir élevé au plus haut ses sentiments, d’être resté fidèle aux idéaux qui nous poussent vers l’avant, d’avoir œuvré pour les autres, souvent au détriment de nos proches, bref, de n’avoir pas sacrifié ce qui nous rend meilleur à la frivolité du désintérêt et de l’ignorance.

Prenons par exemple le cas du commissaire Geert Verhoyen, responsable de la Brigade Canine de la zone Midi. Reprenons les faits : En 2018, celui-ci fait l’objet d’une plainte pour antisémitisme et harcèlement par la LBCA, plainte reprenant des témoignages de subordonnés attestant de la diffusion de chants nazis en leur présence, de négation de l’existence des chambres à gaz, etc. Étrange…

Le commissaire Verhoyen était précisément chargé de sécuriser les activités et cérémonies de la Communauté Juive ayant lieu dans la zone Midi. À titre personnel, étant administrateur du Comité Yom HaShoah pendant près de 18 années, mais aussi directeur de la culture du CCLJ, j’ai très souvent croisé, discuté, organisé et planifié avec lui les projets de sécurisation de nos activités. Débonnaire, rieur, mais aussi et surtout précis, professionnel et empathique, jamais, tout au long de ces 18 années, je n’ai ressenti chez lui un brin d’antisémitisme. J’ai même le souvenir accablant pour ses détracteurs du regret qu’il avait de ne pouvoir mobiliser plus d’hommes pour sécuriser le Mémorial aux Martyrs de Belgique pendant la nuit précédant la cérémonie de Yom HaShoah…

Plainte déposée pour antisémitisme sur les témoignages de plusieurs de ses subordonnés ( !?), le commissaire est « provisoirement déplacé » le temps de l’enquête. Cinq mois plus tard, après avoir visionné via une collègue une vidéo montrant deux policières en voiture se lâchant verbalement sur les citoyens qu’elles sont chargées de protéger « Macaques, tapettes, qu’est-ce que çà pue ici, etc ». Aucune suite n’y est apportée…Le hic ? Ces deux policières font partie des plaignantes à l’encontre du commissaire Verhoyen !!!

Non seulement sa hiérarchie ne prend pas fait et cause pour lui, mais, au contraire, on ne fait pas de vagues mais on envoie des enquêteurs chez lui et dans les locaux de la Brigade Canine, le tout en présence des médias.

Les policières tenant en service des propos racistes dans une vidéo ne sont pas poursuivies mais Geert Verhoyen est embarqué par l’Inspection Générale ! Le chat n’est plus là, les souris dansent. Muté dans des services administratifs, il se retrouve interdit de réunions et briefings. Bref, après 2 ans, il sera mis en retraite anticipée, à l’âge de 57 ans… « On a détruit cet homme qui est le seul à avoir réagi aux vidéos racistes ; et le pire est que celui qui a révélé cette vidéo est lui-même accusé de racisme. »

Se refusant à tout commentaire, il a juste dit ceci : « J’aimerais seulement que vous écriviez que ma fille de 16 ans est en pleurs d’apprendre ce qu’on a fait à son père ». Fin de citation…

À l’époque, il me fut demandé de témoigner par écrit (en tant que directeur culturel du CCLJ) de mon appréciation quant aux qualités professionnelles et morales du commissaire Verhoyen. Ce que je fis sans l’ombre d’une hésitation. J’ai du coup transmis cette même demande à d’autres associations dans lesquelles je m’investissais, dont une particulièrement. Là, surprise : « non catégorique », tout en reconnaissant n’avoir jamais rien constaté de ce qui lui était reproché. On ne s’en mêle pas, ce n’est pas notre affaire. Je passe sur les échanges verbaux qui s’en suivirent.

Le but de cet article est précisément ceci : Tout homme a droit à la vérité, quoi qu’il puisse en coûter ! Attester qu’à notre connaissance, dans l’exercice de ses fonctions auprès de notre communauté (et au regard de ce qui lui était reproché), nous n’avions jamais constaté aucun manquement à l’éthique et la déontologie, ce n’est pas faire preuve de courage, mais de justice.

Nous, membres de la communauté juive, nous ne pouvons pas nous plaindre d’un manque de soutien de la part de nos concitoyens et de nos autorités et dans le même temps, nous absoudre du devoir de témoigner notre soutien à ceux qui, dans l’exercice de leur fonction, ont témoigné à notre égard du respect, de l’empathie et du professionnalisme dans les périodes tourmentées que nous traversons toutes et tous !

« L’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté, ceux qui essaient toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l’humiliation ou même la défaite. » Nelson Mandela

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