L’imposture philosémite de Dewinter

Dans l’interview accordée en octobre 2005 à l’hebdomadaire juif américain The Jewish Week, Filip Dewinter, chef de file du Vlaams Belang (nouvelle appellation du Vlaams Blok) au Parlement flamand, se présente comme un démocrate bon teint et surtout comme un responsable politique ouvertement philosémite. Il déclare ainsi que son parti dénonce sans cesse les incendies de synagogues ainsi que les agressions et les insultes contre le peuple juif, même lorsque la presse généraliste garde le silence parce que les agresseurs sont de jeunes musulmans. Selon Filip Dewinter, ces derniers appartiennent en fait à une religion constituant la menace suprême pour l’Europe et les Juifs : L’islamisation de l’Europe est une chose effrayante. Si ce processus historique se poursuit, les Juifs en seront les premières victimes. Si l’on suit le raisonnement diabolique de Dewinter, le Vlaams Belang serait le seul parti qui défend les Juifs puisqu’il se déclare ouvertement islamophobe. Lorsque le journaliste américain lui rappelle la filiation antisémite et néo-nazie de son parti d’extrême droite, Filip Dewinter s’empresse de répondre d’une part que les néo-nazis ne sont pas les bienvenus au Vlaams Belang et d’autre part qu’aucun de nos pères fondateurs n’a collaboré avec les nazis. Karel Dillen, fondateur du parti, n’avait que 17 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il n’a pas collaboré. En tant que parti politique, nous avons les mains propres. Enfin, pour prouver la sincérité de ses propos, Filip Dewinter sort son ultime atout : Le Vlaams Blok a voté en 1995 la loi pénalisant la négation du génocide des Juifs.
Cette interview illustre bien la stratégie électoraliste audacieuse censée rendre le Vlaams Belang présentable et lui permettre de remporter les élections communales de 2006 à Anvers. Cette tentative de rapprochement du Vlaams Belang avec les Juifs d’Anvers n’a en fait d’autre objectif que de recueillir les quelques milliers de voix qui lui manquent pour atteindre la majorité absolue au conseil communal. Pour ce faire, Filip Dewinter suit l’un des préceptes de base de Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler : Plus le mensonge est gros, plus il a de chance de passer. Comme de nombreux partis d’extrême droite en Europe, le Vlaams Belang puise ses racines dans l’antisémitisme et la collaboration avec les nazis. Certes, le parti a voté en 1995 la loi pénalisant le négationnisme. Cela n’a cependant pas empêché ses membres de continuer à diffuser la propagande négationniste qu’ils déversent en Belgique depuis les années 50. Ainsi, un des premiers ouvrages négationnistes, Nuremberg ou la Terre promise de Maurice Bardèche, a été traduit en néerlandais par Karel Dillen en 1952. D’autres figures importantes du parti comme Filip Dewinter, Roeland Raas, Gerolf Annemans… ont trempé leurs mains propres dans la boue négationniste.
Les Juifs ne sont pas dupes. Ils n’ont pas besoin de construire un cordon sanitaire autour du Vlaams Belang; il existe déjà, ses membres l’ont bâti en véhiculant une idéologie raciste et antisémite. Quant à l’islamisme et l’antisémitisme exprimés au sein du monde arabo-musulman, ils ne se combattent pas avec les tenants d’une autre idéologie de la haine et du mépris, que ce soit le Vlaams Belang ou le Front national, mais plutôt aux côtés des Arabes et des musulmans qui défendent un islam pacifique, tolérant et ouvert sur la modernité.

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