L’inévitable piège syrien

Même l’internaute le plus distrait aura noté que ce site n’est pas vraiment favorable au gouvernement israélien actuel. On n’en est que plus à l’aise pour le soutenir après les sanglants événements qui viennent de se produire sur le Golan.

Précisons : il est dramatique que 23 personnes aient été tuées et 350 autres blessées (chiffres syriens) dans les affrontements qui ont eu lieu ce 5 juin 2011 entre l’armée israélienne et des manifestants. Ou même une dizaine seulement (chiffre israélien).

Ajoutons que l’annexion du Golan par Israël en 1981 est aussi illégitime et pernicieuse pour Israël que l’installation de colonies en Cisjordanie. Ceci dit, il ne faudrait pas, non plus, prendre les « colombes » pour des dindes et des manipulateurs syriens pour les enfants du Bon Dieu.

Car de quoi parle-t-on ? De milliers de gens venus pour franchir une frontière qui sépare deux pays en guerre. On peut ergoter sur le terme « frontière » et le remplacer « zone de démarcation » mais cela ne change rien à l’affaire.

Aucun Etat, aucun gouvernement, démocratique ou dictatorial, ne saurait admettre que des citoyens étrangers pénètrent sans son accord sur son territoire, pour quelque raison que ce soit. Pas même notre pacifique Europe en ce qui concerne de pourtant très inoffensifs réfugiés…

Imaginons une situation similaire : des milliers de Kurdes turcs tentent d’entrer en Syrie pour soutenir leurs frères opprimés. Des milliers de sunnites irakiens tentent d’entrer en Iran pour les mêmes raisons. Des milliers de chiites iraniens tentent d’entrer à Bahreïn pour… Qui doute de la réaction « musclée » des pays ainsi envahis ?

Prenons même un événement réel qui interpellera les adversaires de « l’entité sioniste » : des Israéliens désarmés entrent, pour y prier, dans une zone de Cisjordanie contrôlée par les forces de l’Autorité palestinienne. Celles-ci ouvrent le feu et tuent un des envahisseurs…

Autre point : Tsahal a-t-il agi avec trop de brutalité face à des manifestants désarmés ? On sait que, même dans un pays en paix, il est parfois dangereux de désobéir à la police qui dispose pourtant d’une gamme de moyens répressifs non létaux.

Là, il s’agissait d’une zone militaire dans un pays en guerre. Avec des soldats chargés de refuser l’accès à un territoire interdit. Même un hippie en extase ne s’attendrait pas à ce que des militaires dans une telle situation l’accueillent avec des fleurs…

Mille dollars le manifestant

Ce qui amène à se pencher sur l’autre côté de cette frontière : la Syrie aussi se considère en état de guerre avec Israël. La zone de démarcation est également interdite de son côté. Et même si le régime actuel a quelques petits soucis avec sa population, il a encore les moyens d’empêcher des manifestants d’y entrer contre son gré.

Même le Liban voisin, où le pouvoir central est pourtant renommé pour sa faiblesse, a su interdire toute manifestation similaire et se faire obéir. Difficile dès lors de ne pas admettre que les autorités syriennes ont laissé faire.

Qui plus est, beaucoup d’observateurs, -et pas tous israéliens- affirment qu’elles ont bel et bien poussé les manifestants à risquer leurs vies de la sorte. Comme le « Reform Party of Syria »*, une organisation d’opposition syrienne.

Selon elle, les autorités damascènes auraient incité plusieurs centaines de paysans ruinés par la sècheresse qui sévit depuis des années dans le nord-est du pays à aller manifester sur le Golan.

A la clé, un versement immédiat de 1.000 dollars (le salaire mensuel tourne autour de 200 dollars en Syrie) et la promesse de 10.000 autres à leurs familles s’ils étaient tués par les Israéliens…

Quelques dizaines de morts et un peu d’argent seraient un prix bien peu élevé aux yeux des dirigeants de Damas s’ils pouvaient détourner l’attention internationale des massacres qu’eux mêmes commettent depuis des mois….

Ainsi, Israël est-il tombé dans un piège visible mais inévitable : soit laisser ses frontières ouvertes à une population hostile soit les défendre en versant le sang. Son gouvernement a choisi la seconde solution et il a, hélas, bien fait.

Tout cela est d’une cruelle absurdité et n’a en rien modifié la situation. Sauf pour les morts. Mais si quelqu’un désire les venger, c’est vers le Palais du Président Bachar al Assad qu’il devrait tourner ses armes.   

*http://reformsyria.org/syrian-opposition/rps-statement-concerning-the-as…

 

 

 

 

 

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