L’influence néfaste d’Erdogan

Premier président de la République turque élu au suffrage universel, Recep Tayyip Erdogan aime se présenter comme le champion de la cause palestinienne. Une prétention légitime qu’il exprime hélas par des diatribes virulentes contre Israël et des déclarations antisémites. Loin de contribuer à la création d’une Palestine indépendante, Erdogan exacerbe surtout les dérives antisémites de ses soutiens inconditionnels.

Lors de la dernière manifestation nationale en solidarité avec la Palestine organisée à Bruxelles le 17 août 2014 à l’initiative de la Plateforme Urgence Gaza, ce sont essentiellement les organisations et les collectifs « historiques » du mouvement de soutien à la Palestine qui ont défilé dans les rues de la capitale. Aucun incident n’a été déploré.

Cela n’a pas empêché de voir de nouveaux groupes parmi les manifestants. Ainsi, des militants de l’AKP, le parti islamiste au pouvoir en Turquie, ont pris part à cette manifestation. Les drapeaux turcs, les cigles de l’AKP et les portraits de l’ancien Premier ministre fraichement élu Président de la République turque, Erdogan, ne laissaient planer aucun doute sur leur appartenance politique.

Bien que la cause palestinienne soit devenue quasiment mondiale et capable de transcender les clivages idéologiques, voir des partisans d’un tyran (élu) n’hésitant pas à fermer les sites internet et les réseaux sociaux qui osent le critiquer se glisser dans une plateforme des progressistes est une scène surprenante !

Cette présence de militants AKP, certes marginale, au sein de cette manifestation, ne doit pas être négligée, dans la mesure où le leader suprême de l’AKP s’est distingué à plusieurs reprises par ses diatribes virulemment anti-israéliennes : il compare sans cesse les Israéliens aux nazis en accusant Israël de commettre un génocide contre les Palestiniens.

Même lorsqu’il est mis en difficulté sur des questions de politique intérieure, Erdogan puise souvent dans la rhétorique antisémite pour disqualifier ses opposants. Ainsi, il s’en est pris violemment à un mineur lui reprochant la mauvaise gestion d’une catastrophe minière en le giflant et en le traitant « d’espèce de sperme d’Israël ». Agité par la hantise du complot, il multiplie les sorties sur les ennemis « sionistes » de la Turquie.

Ses déclarations incendiaires flattent les bas instincts d’un public qui s’identifie à ce démagogue populiste. On a même pu le vérifier cet été à Istanbul où des caricatures antisémites ont été placardées sur les grillages autour de la Mosquée bleue, et aussi en Belgique, où un propriétaire turc de café a installé une affiche sur laquelle on pouvait lire « Dans ce commerce, les chiens sont autorisés, mais les Juifs jamais ». Tous ces incidents ne sont pas étrangers au discours agressif d’Erdogan.

Ce président turc hystérise la cause palestinienne et  impose une ligne politique menant à l’impasse. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur l’attitude calamiteuse de la Turquie dans la guerre en Syrie.

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