L’initiative de Fadila Laanan

Afin de donner l’impulsion nécessaire à l’émergence d’un projet fédérateur et efficace de lutte contre le racisme, la ministre de la Culture et de l’Egalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanan, a réuni ce vendredi 9 mars 2012 un certain nombre d’acteurs de terrain concernés par cette problématique. Une initiative qui n’est pas étrangère à la dérive du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX).

« J’ai été interpellée plus de dix fois par des parlementaires de la Communauté française sur les problèmes que rencontre le MRAX depuis plusieurs années », s’emporte Fadila Laanan. Mais ce n’est pas tout, Le Service général d’Inspection de la Culture et le Service de l’Education permanente ont également communiqué à la Ministre Laanan un rapport d’évaluation concernant les activités du MRAX pour l’année 2010. Ce rapport préconise une révision à la baisse des subsides attribués au MRAX. Et la Commission communautaire francophone (COCOF) de la Région de Bruxelles-Capitale a fait également valoir des manquements considérables du MRAX.

Une initiative s’impose et la ministre en charge de l’Egalité des chances a décidé de réunir un certain nombre d’acteurs associatifs impliqués et spécialisés dans la lutte contre le racisme. L’objectif de cette plateforme est double : réactualiser et redéfinir le cadre de référence de la lutte contre le racisme d’une part, et développer un plan d’action opérationnel pour 2013, d’autre part.

Pour éviter tout malentendu, Fadila Laanan a tenu d’emblée à préciser le cadre de cette plateforme. « Ce n’est pas moi ni mon cabinet qui allons définir le contenu de cette plateforme ni désigner les acteurs qui y participeront », déclare Fadila Laanan. « Comme l’opérateur de référence (MRAX) en matière de lutte contre le racisme ne fonctionne plus comme il faut, j’ai simplement pris l’initiative politique de rassembler des acteurs concernés par cette problématique. Je ne leur imposerai rien. Par ailleurs, c’est à eux, et rien qu’à eux, qu’il revient de définir et de décider ce que doit être un espace de lutte contre le racisme qui puisse agir de manière pluraliste et efficace ».

Les problèmes que connaît le MRAX (voir article « La triste victoire du MRAX« )  depuis plusieurs années sont présents dans tous les esprits, ce qui explique que personne dans la salle ne peut s’empêcher de lier cette initiative au naufrage du MRAX. Certains estiment même, à tort, que cette réunion n’est qu’un piège : le cadre est fixé d’avance et l’objectif réel est de liquider le MRAX. « Ce n’est pas un piège », réagit Fadila Laanan. « Il ne s’agit nullement d’enterrer le MRAX. Si ce mouvement n’était pas confronté à des problèmes et des dysfonctionnements, nous n’aurions jamais eu cette réunion. Le MRAX doit guérir de sa maladie et je me garde bien d’intervenir dans ce dossier. Aujourd’hui, je ne fais qu’observer un manque dans le paysage associatif antiraciste ».

Contrairement aux Assises de l’interculturalité, la plateforme de lutte contre le racisme ne sera pas sous surveillance ministérielle. Ni la ministre ni aucun membre de son cabinet ne participeront aux travaux de cette plateforme. Fadila Laanan s’est montrée très claire sur ce point en répétant à plusieurs reprises qu’elle ne cherche ni à instrumenter cette plateforme ni à en tirer les ficelles en désignant les associations qui y participent : « La liste est perfectible et si les participants souhaitent y associer d’autres acteurs associatifs, libres à eux de le faire ».

Cette initiative est nécessaire. Toute personne sensée en conviendra. Elle a surtout le mérite de donner une impulsion nécessaire au combat antiraciste qui, il faut le rappeler, mérite mieux que cette mauvaise pièce que nous présente depuis trop longtemps le MRAX. 

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