L’intifada des avant-postes

La nouvelle a de quoi surprendre : le gouvernement israélien n’a mis que 48 heures pour évacuer et détruire un « avant-poste », c’est-à-dire une colonie illégale* de Cisjordanie.

Installé ce vendredi 11 janvier, un campement illégal situé dans les territoires occupés a été évacué et rasé ce dimanche. Etonnant quand on sait qu’il a fallu, par exemple, treize ans pour démanteler l’implantation, tout aussi illégale, de Migron.

Et qu’il en existe une centaine d’autres qui vivent paisiblement en attendant d’être rasées… ou légalisées. Qui plus est, l’avant-poste en question se situait dans cette zone « E1 », où le Premier ministre israélien a décidé fin décembre de construire 7.000 logements. Alors ?  

Alors, cette colonie sauvage-là avait un léger défaut : elle n’avait pas été installée par des colons israéliens, mais par des Palestiniens. Des Arabes qui construisent en Cisjordanie ? Provocation ! Risque pour la sécurité ! a affirmé, au nom du gouvernement, le procureur général Yehuda Weinstein.

Cela risquait, selon lui, de « provoquer des émeutes aux conséquences nationales et internationales », sans parler des risques d’affrontements avec les « habitants légitimes », à savoir ceux des implantations israéliennes voisines.

L’endroit a donc été décrété « zone militaire interdite » et les « squatters » palestiniens évacués d’urgence. Force est restée à la force et la loi a été réaffirmée : seuls les colons israéliens ont le droit de s’installer illégalement en Cisjordanie.

Reste à savoir si, tout content d’avoir jeté son épée dans la balance, l’actuel gouvernement aura la capacité de s’apercevoir du danger qu’il court : s’ils persistent dans cette stratégie, les Palestiniens menacent bien davantage la colonisation que le Hamas et ses roquettes.

Car ce genre d’actions risque d’avoir un impact dévastateur à moyen et même à court terme sur les colons et leurs alliés d’extrême droite. Qu’ont fait les Palestiniens ? Non sans ironie, ils ont « colonisé » une terre de colonisation israélienne.

Ils se sont installé dans un campement de tentes, l’ont baptisé  « Bab esh-Shams », « la Porte du soleil », et ont convoqué la presse pour qu’elle constate que tout se passait dans le calme et la bonne humeur.

Pas d’armes, pas d’insultes, pas même de pierres, juste de la « résistance populaire non violente », comme ils disent. Et ils ne se sont pas davantage défendus quand les policiers israéliens les ont évacués. Résultat : aucun blessé ni d’un côté ni de l’autre.

Certes, cette fois, l’affaire n’a eu qu’un retentissement limité : il s’agissait d’une première et les journalistes ne se sont pas mobilisés. On peut gager qu’il en ira tout autrement si les Palestiniens continuent ces actions « à la Gandhi ».

Un hommage indirect à Israël

Cela aura bien sûr un impact dans le monde extérieur qui, de toute façon, penche de plus en plus en leur faveur. Mais de tels agissements  finiront aussi par atteindre, puis par modifier l’opinion de la société israélienne.

Celle-ci s’est peu à peu convaincue que « en face », on ne veut pas la paix. Non sans raison : il y a eu les attentats-suicides, les échecs répétés des négociations, les tirs de missiles… Le gouvernement israélien n’a plus eu qu’à exploiter ces peurs pour coloniser à tout va.

Et, ce faisant, rendre de moins en moins possible un accord dont il ne veut absolument pas. D’où le succès actuel des extrêmes droites laïques ou religieuses. Mais il en ira tout autrement si une alternative se dessine face aux ultra-nationalistes juifs.

Leurs violences, leurs discours haineux, leurs droits imaginaires, historiques ou divins, perdront de leur impact devant les combats pacifiques d’une population raisonnable. D’autant que, ce faisant, les Palestiniens rendront aussi un hommage indirect à Israël.

Car Gandhi lui-même admettait volontiers que ses méthodes non violentes ne pouvaient réussir que vis-à-vis de la démocratique Grande-Bretagne. Et il reconnaissait sans hésiter qu’elles n’auraient jamais fonctionné face à l’Allemagne nazie, par exemple.

On voit à quel point cette démarche, qui pourrait redonner vigueur au camp de la paix israélien, est porteuse d’espérance. Encore faut-il que les Palestiniens aient la patience -et le temps !- de la mettre en œuvre.

Car nous sommes au Moyen-Orient, hélas, et de tous côtés, les violents n’attendent qu’une occasion de céder à leur violence…

*Aux yeux du gouvernement israélien ne sont illégales que les colonies qu’il n’a pas autorisées. Pour le reste des Etats de la planète, aucune colonie n’est légale.

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