Ce ne sera sans doute pas pour cette fois-ci. Mais c’est un événement comme la mort d’Arafat Jaradat qui la déclenchera : le malheur de trop dans une situation à la fois insupportable et interminable. Peut-on encore éviter une 3ème intifada ?
Arafat Jaradat était palestinien. IL avait 30 ans et était membre des «Brigades des martyrs d’Al-Aqsa », un groupe armé proche du Fatah. Il a été arrêté le 18 janvier pour avoir jeté des pierres contre les colons de Kiriat Arba, près de Hébron.
Il a été incarcéré dans une prison israélienne en attendant d’être jugé. Il y est mort cinq jours plus tard, le 23 février. « Victime d’une crise cardiaque » selon les Israéliens. « Parce qu’il a été battu et torturé » clament les Palestiniens.
En guise de protestation, des manifestations ont eu lieu hier, 24/2, à Hébron, Naplouse, Jenine, Ramallah… Pierres, cocktails Molotov, pneus incendiés. Gaz lacrymogènes, tirs à balles de caoutchouc –et réelles, selon les Palestiniens. La routine…
Bilan : trois blessés dont un grave, côté palestinien, un soldat légèrement blessé chez les Israéliens. Par ailleurs, environ 3.000 Palestiniens, prisonniers en Israël ont observé une grève de la faim de solidarité.
Ses funérailles ont eu lieu cet après midi. Par crainte d’une multiplication de ces manifestations de solidarité, Benjamin. Netanyahou a, selon un communiqué officiel, « transmis une demande sans équivoque à l’Autorité palestinienne de calmer le territoire»
« Et, poursuit le communiqué, « afin que le non-paiement des taxes qu’Israël collecte pour les Palestiniens ne serve pas d’excuse à l’Autorité palestinienne, le Premier Ministre a donné des consignes pour le transfert des fonds de janvier*».
Cela devrait permettre de payer les salaires des forces de police palestiniennes qui seraient donc plus motivées pour juguler les émeutes… Au-delà de cette démarche emplie de psychologie, reste LA question : peut-on éviter une nouvelle intifada ** ?
A priori, tous les ingrédients sont réunis pour qu’elle éclate : depuis plus d’une décennie, les territoires occupés n’ont jamais été vraiment calmes, même lors du « boom » économique 2008-2010. La tension est nettement remontée depuis l’opération « Pilier de défense » en novembre 2012
La colonisation n’a cessé de se poursuivre et avec elle, les « ratonnades » des colons. Dernière en date : trois Palestiniens ont été blessés par balles près de Shilo (nord de la Cisjordanie) ont blessés par balles la semaine passée
« Le comportement irresponsable du gouvernement israélien »
D’autre part, tant la population que l’Autorité palestinienne (AP) tirent un bilan négatif de la 2ème intifada : le recours à la violence et surtout les vagues d’attentats-suicides, s’ils ont durement fait souffrir la population israélienne, n’ont fait qu’aggraver leurs problèmes.
La répression s’est aggravée, les Israéliens ont construit le « mur de séparation », annexant de facto 10% de la Cisjordanie et ont poursuivi de plus belle la construction de colonies.
La nouvelle stratégie de l’AP a donc consisté à multiplier les manifestations en limitant, autant que faire se peut, leur violence. Jibril Rajoub, un des conseillers de Mahmoud Abbas a donc affirmé voici deux jours à la télévision israélienne :
« Ce n’est pas le début d’une nouvelle intifada, mais une protestation généralisée contre le comportement irresponsable du gouvernement israélien ». Sauf que ce rejet répété de la violence n’a rien apporté non plus à la cause palestinienne.
Sauf surtout que, quoiqu’en disent les autorités de Jérusalem, les dirigeants palestiniens n’exercent qu’un contrôle limité sur leur jeunesse. En 1987, la 1ère intifada a commencé lorsqu’un camion israélien a tué par accident 4 Palestiniens.
La 2ème a explosé au prétexte d’une visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées de Jérusalem. Mais, dans les deux cas, une génération de jeunes, exaspérée par l’occupation n’attendaient qu’un incident pour se révolter.
Aujourd’hui (comme hier) près de 40% de la population palestinienne a moins de 20 ans. Pour eux, rien n’a changé, sinon en pire. Comme leurs aînés, ils n’ont ni présent ni avenir. Alors, oui, les manifestations pour les funérailles d’Arafat Jaradat auraient pu dégénérer.
Mais si cela n’a pas été le cas cette fois-ci, ce n’est que partie remise. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : l’occupation suscite inéluctablement la violence. Et, là comme ailleurs, le gouvernement israélien se trompe en jouant la montre.
Le temps ne court pas en sa faveur : la 3ème intifada viendra. Et on sait déjà de qui elle fera le bonheur : des extrémistes des deux camps qui rejettent toute solution pacifique.
*Le gouvernement israélien avait interrompu ces paiements en décembre 2012 en guise de représailles contre l’entrée de la Palestine à l’ONU. Gesticulation qui a cessé dès la fin des élections législatives…
**La 1ère intifada a éclaté en 1987, la 2ème en l’an 2000
]]>