L’obstruction des banques

Suite aux travaux des historiens de la commission Buysse, les autorités belges ont enfin pris des mesures pour rendre justice aux victimes juives du nazisme en Belgique. La loi du 20 décembre 2001 décidant des restitutions et de la création d’une fondation du judaïsme avec les biens spoliés non réclamés prévoit que les indemnisations seront réalisées avec les contributions de l’Etat, des banques et des assurances. Ces institutions avaient jusqu’au 19 juin 2002 pour arriver à un accord avec la commission de la communauté juive sur les montants des sommes à restituer. Tout s’est bien passé avec l’Etat, mais il n’en va pas de même avec les banques et les assurances qui ne prennent pas au sérieux les revendications juives.
Dans sa conférence de presse du 18 juin, le comité exécutif de la commission nationale de la communauté juive de Belgique pour la restitution (C.N.C.J.B.R.)a fait le bilan des négociations sur la restitution des biens juifs spoliés et la reconnaissance des droits des victimes juives de la Seconde Guerre mondiale. Le rapport final de la commission Buysse en juillet 2001 a établi le caractère systématique de la spoliation des Juifs résidant en Belgique au moment de l’occupation et fixé le total des montants spoliés à plus de 173 millions de francs belges de 1945 dont la restitution incombe à l’Etat, aux banques et aux assurances. Ce rapport a aussi révélé le caractère discriminatoire des réparations faites aux victimes belges du nazisme suite à l’accord belgo-allemand de 1960 : seuls les prisonniers politiques belges ont été indemnisés et pas les Juifs, pour la plupart déportés raciaux ne possédant pas la nationalité belge en 1940.
Comme l’a déclaré David Susskind, coprésident (avec Elie Ringer) de la commission de la communauté juive, il s’agit de régler enfin une question de justice. La Belgique est le dernier pays où un accord de restitution des biens spoliés n’a pas encore été conclu. C’est avant tout un problème moral : la reconnaissance des droits des victimes juives de la Seconde Guerre mondiale! Les enfants cachés n’ont jamais été indemnisés pour la perte de tous leurs biens et ne bénéficient toujours pas de pensions car ils ne sont pas encore reconnus comme victimes de guerre. Il faut mettre fin à la discrimination, nous aider à ne plus porter l’étoile! Déplorant l’attitude scandaleuse de l’Association des banques qui conteste les chiffres de la commission Buysse et chicane sur le coefficient à fixer pour convertir le franc belge de 1945, David Susskind a émis l’espoir d’une décision rapide du gouvernement s’il s’avère impossible de parvenir à un accord avec les banquiers, ceci afin de trouver une solution «belgo-belge» au contentieux sans devoir faire appel au soutien des organisations juives américaines.
Un accord a finalement été conclu avec les assurances… Dans le débat avec les banques, c’est le gouvernement qui tranchera par arrêté royal, révisant aussi le statut des enfants cachés et la question des réparations belgo-allemandes… avant le dernier conseil des ministres le 18 juillet…

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