L’occupation de la Cisjordanie : chronique d’un suicide annoncé ?

Paradoxe en Israël : alors que le pays est résolument engagé dans le XXIème siècle, son gouvernement mène une politique d’annexion du XIXème. Un anachronisme dangereux sinon mortel.

Tiens : ce 31 aout, quelques jours après le cessez-le-feu à Gaza, le gouvernement israélien a annoncé l’annexion de 400 hectares de terres en Cisjordanie : dans sa sagesse, il voulait que le monde sache que telle la punition pour l’assassinat de trois adolescents israéliens le 12 juin.  

Mais, en réalité, la colonisation ne s’est pas arrêtée durant les combats dans la bande de Gaza. Elle s’est juste faite plus discrète afin de ne pas augmenter les risques de révolte dans les territoires occupés.

En fait qu’il se batte ou négocie, ce gouvernement entend la poursuivre  jusqu’à l’annexion totale de ce qu’il appelle « Judée-Samarie » moins quelques morceaux épars qu’il devra bien laisser aux Palestiniens

Etrange paradoxe : dans tous les domaines, Israël est à la pointe de la modernité.  Son économie, son système politique, son niveau de vie et même les droits des minorités sexuelles*, tout en fait un pays inséré dans la mondialisation du XXIème siècle. (Que ce soit ou non un bon système est un autre débat)

Tout, à une exception : la droite et l’extrême droite qui dirigent en ce moment l’Etat juif mènent une politique résolument archaïque. Comme si elles étaient encore au XIXème siècle, « au temps béni des colonies » cher au chanteur Michel Sardou.

En ce temps là, le monde était simple : le plus fort battait le plus faible, s’emparait de tout ou partie de son territoire et les populations locales se soumettaient  docilement  à leur nouveau maître.

Mais ce mode de fonctionnement a pris fin après les grandes décolonisations (vers les années 1970) quand les populations se font faites peuples. Depuis, si on peut toujours les avaler par la force, on ne peut plus les digérer.

En général, parce que les principaux concernés ne l’acceptent plus. Et même si d’aventure, ils l’acceptent, c’est le reste du monde s’y oppose. Comme s’en aperçoit en ce moment même la Russie.

Elle aussi a accompli un retour vers le passé en annexant voici six mois la Crimée qu’elle à arrachée à l’Ukraine, avant de tenter de contrôler l’Est de ce pays. Le rapport avec la Cisjordanie ? Le site Slate** a listé plusieurs ressemblances entre les justifications russes et israéliennes

Une obsession anachronique

Les Israéliens estiment avoir des droits sur la Cisjordanie parce qu’elle leur a appartenu durant des siècles. Moscou rappelle que la Crimée a été russe durant 400 ans. Et que ses actions visent à « protéger » les centaines de milliers de russophones installés dans l’est de l’Ukraine.

De même, Jérusalem ne saurait laisser sans protections les colons de de Cisjordanie. Si les séparatistes pro-russes ont cherché à s’emparer de la ville portuaire de Marioupol, c’est afin de se relier à la Crimée.

Tout comme les Israéliens avancent une autre explication à l’annexion des 400 ha : elle serait indispensable pour relier leurs avant-postes à Israël.  Ressemblance encore dans leurs discours lénifiant

Russes et Israéliens affirment rechercher la paix, les colonisations des uns et les conquêtes  des autres n’étant que des arguments de négociation… Mais il y a bien sûr une différence notoire : dans le cas russe, ni les Etats-Unis ni l’Europe n’acceptent l’utilisation de la force pour s’emparer de territoires ou modifier les frontières.

C’est ce déclarait voici peu encore le président Obama : « Les nations ne redessinent pas les frontières ni ne prennent de décisions aux dépens de leurs voisins simplement parce qu’elles sont plus grandes ou plus puissantes ». 

Et, quoi que prétende Moscou,  la Russie va souffrir des sanctions économiques et financières des Etats-Unis et de l’UE.  Pour Israël, les mêmes puissances se contentent, pour l’heure, de protestations ou de condamnations verbales. Mais pour combien de temps encore ?

Le capital de sympathie dont jouit l’Etat (et le peuple) juif  s’épuise rapidement, un processus que le gouvernement actuel, en s’essuyant les pieds avec méthode sur ses alliés occidentaux semble résolu à accélérer de son mieux.

Ainsi, par leur obsession anachronique pour un territoire de 5.860 km 2  dont ils n’ont aucun besoin,  les dirigeants israéliens mettent-ils en péril de toutes les façons possible l’existence du seul Etat juif du monde.  

-Au contraire de la Russie qui demeure malgré tout une superpuissance, en cas de sanctions, Israël ne saurait longtemps tenir sans relations économiques, technologiques ou militaires avec l’Europe et les Etats-Unis.

-La non-résolution satisfaisante de la question palestinienne empêche Israël d’entretenir des relations sérieuses et durables avec les pays arabes modérés qui, pour l’heure, ne demanderaient pas mieux. Une acceptation que le sionisme recherche pourtant depuis sa naissance.

-L’occupation de la Cisjordanie entraîne un cycle sans fin de guerres contre les ennemis de l’Etat juif  (Hamas, Hezbollah, Al Qaïda, « Etat islamique » dont Israël peut freiner la montée en puissance mais non détruire.

-Le tout pour aboutir, une fois cette annexion réussie, à la création d’un Etat binational dans lequel demain la majorité juive se retrouvera dans la situation actuelle de la majorité chrétienne du « Grand-Liban » créé par les Français dans les années 1920.  

Est-ce donc vraiment là l’avenir que désirent les Israéliens du XXIème siècle : un suicide organisé par une politique de colonisation datant du XIXème siècle ?

*Depuis le mois d’aout, par exemple, les conjoints non juifs d’homosexuels juifs peuvent obtenir la nationalité israélienne, comme c’était déjà le cas pour les couples hétérosexuels.

** http://www.slate.fr/story/91861/israel-russie-annexion-territoire

 

 

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