Dans le cadre du « Mois de la Photo », la Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB), proche de la gare Montparnasse, expose le photographe juif Moshé Raviv, alias Moï Wer (1904-1995), génie artistique à l’itinéraire insolite, de Vilna à Safed en Israël en passant par Paris.
Né le 5 décembre 1904 dans le shtetl de Lebedevo, Moj?esz Worobejczyk, futur Moshé Raviv, étudie la peinture à l’Université de Vilna, puis suit les cours de Joseph Albers, Paul Klee et Kandinsky au Bauhaus de Dessau. Grand admirateur des travaux de László Moholy-Nagy, attiré par les films d’Eisenstein, les photomontages de John Heartfield et El Lissitzky, il se tourne vers la photographie et part à Paris.
Au Louvre, il copie les peintures des grands maîtres et suit les cours de l’Ecole technique de photographie et de cinématographie,rue Vaugirard, ainsi que l’enseignement de Fernand Léger à l’Académie Moderne. Devenu photographe indépendant, avec désormais le nom de « Moïse Vorobeichic », il retourne à Vilna en mars 1929 pour un reportage sur le quartier juif. Exposé au Congrès sioniste de Zurich, son travail est publié par Emil Schaeffer aux éditions Orell-Füssli : Ein Ghetto im Osten, Wilna(1931). Mise en page et montages photographiques de cet ouvrage documentaire s’inspirent du cinéma et témoignent de la Nouvelle Vision caractéristique des nouveaux courants de la photographie.
Publié la même année aux éditions Jeanne Walter, avec une préface de Fernand Léger, Paris livre la vision avant-gardiste de Moshé Raviv alias « Moï Wer », dont les cadrages insolites, les surimpressions et le graphisme de la mise en page traduisent admirablement le rythme trépidant de la grande métropole. Photographe de presse à l’agence Globe-Photo, Moï Wer publie ses travaux dans Vu, Paris Soir, Arts et Métiers graphiqueset Bifur. Son nouveau grand projet photo, Ci-Contre, doit paraître en Allemagne avec le soutien de l’historien d’art Franz Roh, mais l’arrivée au pouvoir d’Hitler empêche la sortie de ce nouvel ouvrage novateur.
En 1932, Moï Wer couvre les premières Maccabiades à Tel-Avivet expose ce reportage à la Galerie d’art contemporain à Paris. Installé en Palestine en 1934, Moshé Raviv travaille comme graphiste publicitaire et photographe indépendant. En 1937, il réalise en Pologne un reportage photo sur les fermes collectives de la jeunesse ouvrière sioniste : à Lodz, Baranowich, Grochow, Jozefow, Czestochowa, Bedzin, etc., l’œil du photographe saisit la vie quotidienne au kibboutz, immortalisant l’enthousiasme des futurs pionniers en attente de leur émigration vers la Terre d’Israël. Combattant de la guerre d’indépendance, Moshé Raviv réalise des affiches et illustre des livres destinés à la jeunesse. Au début des années 50, il se voue entièrement à la peinture et participe à la fondation d’une colonie d’artistes à Safed.
En 1968, un couple de collectionneursallemands, Ann et Jürgen Wilde, achètent la maquette originale de Ci-Contre, envoyée à Franz Roh et que Moshé Raviv croyait perdue. Dans les années 80, le travail de Moï Wer est présenté dans des expositions sur l’art du Bauhaus. C’est l’ensemble des photographies du livre Ci-Contre, composé de 110 tirages en vis-à-vis, qu’expose la Fondation HCB, ainsi qu’une série de photos tirées du reportage à Vilna et un ensemble d’épreuves réalisées lors du travail documentaire sur les kibboutz de Pologne. Enfin, une série de livres, revues et documents divers illustrent la carrière mouvementée de ce photographe légendaire à l’œuvre captivante.
Moï Wer : « Ci-Contre », jusqu’au 23 décembre 2012
Fondation HCB, 2 Impasse Lebouis, 75014 Paris
Ouvert ma.-di. 13h-18h30 (me. nocturne gratuite 18h30-20h30)
Infos : www.henricartierbresson.org
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