Une fois encore notre pays qui se pose en éternel champion des droits de l’Homme s’est totalement défaussé en ratant le rendez-vous du Centenaire du génocide arménien. Si vous ne le savez pas, notre vertueux pays ne fut représenté, le 24 avril dernier, à Erevan, que par un obscur ambassadeur.
La Belgique serait-elle anti-chrétienne ? Loin s’en faut : notre politique des droits de l’Homme n’est qu’une politique du « moindre mal » pour ne jamais s’opposer qu’à des pays à faibles valeurs commerciales et électorales ajoutées. « L’Arménie, combien de divisions ? », aurait glissé Staline. Peu, si l’on en juge par la reculade du gouvernement belge, mais aussi américain et, faut-il le souligner, israélien. 80% des Israéliens ont beau reconnaître la réalité de l’arménocide, Netanyahou, qui ne cesse de dénoncer la politique du moindre mal des Européens, s’est tout autant interdit de déplaire au Grand Turc. Comme quoi, aucune capitale, fut-elle de Judée, n’est jamais éloignée de Munich.
Mais revenons à notre pays dont les enjeux géostratégiques sont autrement moins astreignants. Qu’en dire, sinon qu’il n’y a qu’à espérer que nos élites se rachèteront lors du prochain examen au Parlement du projet de loi reconnaissant enfin le génocide des Arméniens. Il ne sert à rien d’organiser des voyages scolaires à Auschwitz si, dans le même temps, l’on en vient à sacrifier la question arménienne. L’heure ne doit plus être aux calculs d’apothicaires, mais à la réaffirmation des valeurs et des serments qui fondent l’Europe depuis 1945.
Un seul homme politique l’a bien compris… François Hollande. Oui, vous avez bien lu. Celui qui n’en finit pas de baisser dans les sondages est peut-être le dernier homme d’Etat de notre continent pour pratiquer une politique extérieure à la hauteur des enjeux internationaux. Sa soi-disant mollesse, d’où cet absurde surnom de Flamby, ne l’a empêché ni d’intervenir au Mali, ni de renoncer à la vente de deux super-frégates à la Russie, ni de proposer de bombarder la Syrie. N’était-ce Obama, des frappes aériennes occidentales auraient peut-être permis d’abattre le régime sanguinaire d’Assad et ce, bien avant l’émergence des islamo-fascistes syro-irakiens. Pour ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est surtout ce même chef d’Etat qui choisit, seul Européen contre tous, de se rendre, un certain 24 avril à Erevan. Rappelons que d’autres, et non des moindres, préférèrent se pavaner, sans la moindre vergogne, à Gallipoli aux côtés du négationniste Erdogan.
Le plus étonnant de l’histoire est que le geste fort de François Hollande n’a rien coûté à la France. Que du contraire ! Sans même souligner la faible réaction turque, l’hommage rendu aux victimes de la barbarie jeune-turque n’a pas empêché la France de vendre des Rafales, jusqu’alors invendables, au monde arabe. L’on ne respecte jamais que les Etats qui entendent se faire respecter. Il en est des Etats comme des partis politiques. J’en veux pour preuve toujours ce même Parti socialiste français qui, tout en s’affirmant à juste titre partisan de la reconnaissance de la Palestine, n’entend nullement renoncer à son amitié avec Israël. Le PS se refuse jusqu’à aujourd’hui à jouer le jeu de l’antisionisme électoraliste, comme l’avait proposé naguère Pascal Boniface. Il suffit de songer à la présence d’Anne Hidalgo (PS) aux côtés de Netanyahou, lors de l’ouverture du 5e Forum global contre l’antisémitisme le 12 mai dernier.
Alors que tout ou presque les oppose (et pour cause), la maire de Paris a choisi de venir à Jérusalem pour témoigner de sa solidarité avec les Juifs et Israël, à cinq mois des attentats de Paris. Après avoir lancé qu’elle était « vraiment heureuse d’être en Israël », Anne Hidalgo n’a pas cherché à nier les évidences, confirmant le doublement des actes antisémites entre 2013 et 2014. C’est son vibrant plaidoyer en faveur du maintien des Juifs en France qui a constitué, à mes yeux, la partie la plus intéressante de son discours. Anne Hidalgo n’a pas manqué de rappeler par trois fois que l’histoire de Paris était « façonnée par la communauté juive, qui y est chez elle depuis très longtemps ». « L’âme juive imprègne notre ville », a-t-elle confié. Pour la Maire de Paris, « la communauté juive doit rester et se sentir chez elle et rassurée ». D’où la décision du gouvernement de maintenir les quelque 5.000 militaires et policiers chargés de protéger, notamment, les écoles juives et les synagogues. Anne Hidalgo -qui s’était rendue auparavant au Mémorial de Yad Vashem et au cimetière Givat Shaul à Jérusalem où sont enterrées les victimes de l’attentat de l’Hyper Cacher, Ilan Halimi et les victimes de l’école Ozar Hatorah de Toulouse- a ensuite rencontré des étudiants francophones à l’Université de Tel-Aviv, où elle a tenu à visiter l’incubateur de l’Université. La responsable socialiste a profité également de son séjour israélien pour rencontrer les leaders de l’opposition, tels Itzhak Herzog, chef de l’Union sioniste, Tzipi Livni, ex-ministre de la Justice, Ron Houldaï, maire de Tel-Aviv, ainsi que Shimon Peres, l’inoxydable ancien président israélien.
Comme quoi l’on peut être socialiste, hostile à Netanyahou, et néanmoins pro-sioniste. Tout comme on peut être soucieux de la Palestine, sans devoir pour autant s’afficher anti-israélien. Notre PS belge,
oublieux du soutien d’Emile Vandervelde à la cause sioniste, devrait s’en inspirer. I have a dream : dans deux ans, ce sera notre Bourgmestre de Bruxelles-Ville qui viendra ouvrir le 6e Forum sur l’antisémitisme… à moins bien sûr que l’antisémitisme ait disparu d’ici là.