Organisation – Reconstruction – Travail, trois mots pour une mission ambitieuse : permettre aux jeunes Juifs, enfants cachés pendant la guerre, de retrouver grâce au travail une autonomie financière. Avec 250.000 élèves par an sur les cinq continents, et plus de trois millions de diplômés, l’ORT peut se targuer d’avoir concrétisé son rêve : l’éducation pour tous. Un défi salué par le Secrétaire général de l’ONU en novembre dernier.
La conférence intitulée « La manipulation des médias au Moyen-Orient » par Daniel Seaman, directeur du Centre de Presse du gouvernement israélien, le 3 mars 2010 au Parlement européen, était proposée par l’ORT Belgique. Peu l’auront noté. C’est pourtant bien la présidente nationale de l’organisation, Charlotte Gutman, qui en est à l’origine. Comme elle avait déjà invité en décembre le professeur Emmanuel Navon, pour convaincre la communauté juive belge d’aider à la réhabilitation de l’image d’Israël. Les écoles de l’ORT fermées en Belgique en 1965 auraient-elles cédé la place à d’autres préoccupations ? « Pas du tout » estime la présidente. « Il s’agit toujours d’éducation » !
Tout commence en 1880, à Saint-Pétersbourg. Une poignée de riches industriels et financiers de la communauté juive russe réagissent à la décision du Tsar Alexandre II de retirer aux paysans juifs le droit de travailler la terre, en créant des écoles pour les aider à se reconvertir dans de nouveaux métiers. Le 10 avril 1880, un appel signé de la main de cinq hommes, Samuel Poliakov, Horace de Gunzburg (dont l’actuel président Jean de Gunzburg est un descendant), Abram Zak, Leon Rosenthal et Meer Fridland, est envoyé à 10.000 Juifs à travers l’Empire tsariste pour soutenir le fonds de charité qu’ils viennent de lancer : 204.000 roubles seront ainsi récoltés. Cent trente ans plus tard, l’image d’écoles techniques a évolué, et l’organisation internationale, dont le siège se trouve désormais à Londres, est active dans 60 pays, en Afrique, dans les Pays Baltes, en Amérique du Sud (l’Université ORT de Montevideo en Uruguay compte 5.000 étudiants), et en Europe (huit centres de formation rien qu’en France). Son objectif demeure inchangé : donner à chacun selon sa personnalité, les moyens de la réussite scolaire, universitaire et professionnelle.
Reconnue pour ses qualités dans les nouvelles technologies, l’organisation gère des projets de coopération avec les prestigieux Technion de Haïfa, l’Institut Weizmann à Rehovot, et l’Université de Haïfa via l’équipe de World ORT en Israël. Le pays compte quelque 165 écoles.
L’accès pour tous
En Belgique, trois écoles ORT créées par l’AIVG (Aide aux Israélites victimes de la guerre) et dirigées essentiellement par des représentants des grandes institutions sociales et culturelles juives, verront le jour après la guerre : deux à Bruxelles, une à Anvers. En 1944, Léon Pergericht revient de France où il s’est caché avec sa famille. Il a pris beaucoup de retard à l’école et doit trouver un métier au plus vite.
Hébergé au Home d’Auderghem, il s’inscrit à l’ORT de la rue Van Soust à Anderlecht, en section menuiserie. Il se rappelle de ces trois années d’études, avec son professeur Monsieur Lemarc, et ses copains de classe, Georges, Bernard, Salomon… « Le midi, on allait manger à la cantine du 61 rue de la Victoire, à Saint-Gilles. Solidarité juive y proposait des repas pas chers ».
Elle aussi ancienne de l’ORT, Bella Wajnberg fréquentera l’Ecole professionnelle pour jeunes filles du Boulevard de la Cambre, de 1946 à 1949. Son diplôme reçu avec grande distinction se trouve en bonne place dans son album photo : « Orpheline après la guerre, j’ai quitté les environs de Charleroi où j’étais cachée pour rejoindre le Home des Hirondelles, à Anderlecht. Née en 1929, trop âgée pour entrer à l’école normale, je devais absolument apprendre un métier. Entre infirmière, secrétaire, couturière, j’ai choisi la coupe et couture. J’avais vu ma mère travailler comme tailleuse. L’ORT donnait sa chance à tout le monde, même à ceux qui ne parlaient presque pas français. Il y avait quelques Hongroises dans ma classe dont c’était le cas, alors on s’entraidait ». A la difficulté des études qui lui vaudront personnellement de devenir le bras droit de son professeur, s’ajoutent les soucis financiers. « Il nous revenait de trouver la marchandise » raconte Bella. « L’Amérique nous envoyait des colis de vêtements, alors nous coupions dans ce qui ne nous convenait pas… ».
En plus des cours pratiques, les jeunes gens suivent des cours de culture générale. « C’est vraiment Louise Struelens, ma professeur de français et de théâtre, qui m’a redonné confiance en moi ! » insiste Bella. Louise Struelens-Lacharon, la professeur en question, n’avait que quelques années de plus que beaucoup de ses élèves. « Institutrice diplômée, jeune maman, j’étais moi-même étudiante en philo romane à l’ULB. Je faisais ça en plus, parce que ce n’était pas loin et que je me sentais prête à les aider » précise-t-elle. « L’école comptait une quarantaine d’élèves, tous juifs, mais les professeurs ne l’étaient pas. J’étais progressiste, communiste, et je découvrais tout ça. A l’époque, il était possible de passer la guerre en ignorant toute son horreur. Tout nous paraissait rumeurs et propagande. Suzanne Delcroix-Pirart, rentrée des camps, était venue témoigner lorsque j’étais à l’école Emile André. Je l’ai retrouvée comme directrice à l’ORT».
Pays donateur
Si ces études constituent une réelle motivation pour ces jeunes au parcours souvent tragique, les débouchés s’avé-reront malheureusement peu rentables. Léon Pergericht travaillera quelques années comme menuisier, avant de devenir représentant en biscuits. Il fera ensuite carrière pendant 27 ans dans la sécurité de la communauté, échappant de justesse à l’attentat de la Grande synagogue, rue de la Régence, en 1982. Bella Wajnberg sera elle engagée chez un tailleur de la chaussée de Charleroi pour 1 franc de l’heure. Elle arrêtera son activité en 1962 pour entrer chez Pirelli, spécialiste des pneus et chambres à air, bien éloigné d’une époque qui confinait les femmes aux occupations du foyer. Bella ne cessera en revanche jamais le théâtre, elle se lancera même dans le cinéma (Alice et moi de Micha Wald).
En 1965, les écoles belges de l’ORT ferment leurs portes, l’objectif premier de réinsertion des jeunes Juifs au sortir de la guerre étant atteint. Professeur de chimie, de physique et d’histoire juive dans les écoles ORT pendant ces années, Georges Schnek est resté le président d’honneur de l’organisation.
En 2006, Charlotte Gutman reconnaît son éducation dans les missions de l’ORT et accepte d’en devenir la présidente en Belgique. Dans un pays désormais consacré aux donations, comme le sont l’Allemagne et la Hollande, son travail consiste aussi à communiquer sur l’organisation et à envisager des actions qui pourraient l’aider à remplir ses
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