Une fois n’est pas coutume, une cour rabbinique a autorisé la dénonciation publique d’un mari qui refuse depuis quatre ans à son épouse le divorce religieux.
Depuis plusieurs jours, son nom et sa photo circulent sur Facebook et autres réseaux sociaux : Oded Guez, un Israélien coiffé d’une kippa tricotée qui depuis quatre ans, refuse d’accorder le divorce religieux (« guet ») à son épouse. Cette dernière, titulaire d’un doctorat en biologie et mère de deux enfants, a dû se réfugier dans un abri pour femmes religieuses, après avoir subi des violences physiques graves et des sévices moraux.
Devenue virale, son histoire a provoqué l’ire des internautes sur Facebook, mais aussi sur Whatsapp ou Twitter, avec le soutien du monde orthodoxe. Fait exceptionnel : la Haute Cour rabbinique qui, en Israël, gère les mariages et les divorces, et a exigé le mois dernier du mari qu’il accorde le « guet » de son plein gré, vient en effet de donner son feu vert à une campagne de « Shaming » (dénonciation publique) contre l’époux récalcitrant.
En parallèle, la Haute Cour rabbinique, présidée par le Grand Rabbin David Lau, a exercé des pressions auprès de plusieurs responsables d’institutions académiques ayant employé Oded Guez, un physicien de formation. Au point que l’Université de Bar Ilan (près de Tel-Aviv), où il exerçait comme responsable d’un Institut d’études talmudiques approfondies, a annoncé vendredi qu’elle le suspendait de ses fonctions !
Enfin, l’institution rabbinique a appelé la communauté à exclure Oded Guez de toute activité sociale et surtout religieuse, en le tenant à l’écart des synagogues du pays. Cette série de décisions fera-t-elle avancer la cause des agunot, ces « enchaînées du mariage » ? Une chose est sûre, les tribunaux religieux n’hésitent plus à sévir : sur les 209 dossiers instruits pour des agunot, plusieurs douzaines de maris récalcitrants ont fait l’objet de sanctions. « Même si le rabbin Lau refuse par exemple d’envoyer ces époux en prison, ce que la loi israélienne permet », déplore Batya Kahana-Dror, la directrice de l’association Mavoi Satum (Impasse), spécialisée dans le conseil juridique aux agunot.
Journée des agunot
Chaque année, à l’occasion du jeûne d’Esther, qui tombe ce jeudi 23 mars, le monde juif a pour habitude de marquer la journée des agunot. En Israël, dans une société pourtant libérale, des milliers de femmes sont concernées* et se voient parfois soumises à un chantage affectif et financier. Sachant que les tribunaux religieux ont plutôt tendance à donner raison aux maris.
Pour autant, la situation est en train d’évoluer grâce à la mobilisation d’une poignée d’associations israéliennes à la pointe du combat. C’est notamment à l’initiative d’ICAR, une organisation ombrelle basée à Jérusalem, que la journée des agunot a été créée en 1990, afin de sensibiliser l’opinion et mettre le sujet à l’agenda public. Cet organisme rassemble pas moins de 27 associations dont le Centre pour la Justice des femmes (CWJ) et Mavoi Satum qui aide chaque année environ une centaine de femmes à obtenir un divorce religieux. Dans 70% des cas, cette bataille est menée de front au tribunal rabbinique comme au tribunal civil.
Le plus souvent, ces associations s’efforcent du reste de promouvoir des solutions conformes à la « loi juive ». Elles encouragent notamment la signature d’un « accord prénuptial », protégeant la femme d’un refus de divorce religieux. Un document dont la valeur légale a été -pour la première fois- reconnue voilà quelques années par les tribunaux américains. Dans cette affaire, la plaignante, Rachel Light, avait signé -voilà vingt ans- un accord prénuptial validé par le rabbinat orthodoxe (« Beit Din of America »), qui lui a permis de réclamer 100.000 dollars de dommages et intérêts à son mari pour refus de « guet ».
* Le nombre des agunot est estimé à 100.000 depuis la création de l’Etat d’Israël, selon une enquête de l’Université Bar-Ilan publiée en 2004.
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