L’OSE, une ONG avant l’heure

Le 20 février prochain, à 19h30, le CCLJ aura le plaisir de vous proposer une soirée spéciale consacrée à l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) qui célèbre cette année ses 100 ans. La conférence de l’historienne Katy Hazan reviendra sur le sauvetage pendant la guerre de ces milliers d’enfants juifs, avant le vernissage de l’exposition « L’OSE, une ONG avant l’heure : Des médecins juifs témoins et acteurs d’un siècle tourmenté », qui se tiendra au CCLJ jusqu’au 6 mars 2013.

L’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) a été créée à Saint-Pétersbourg en 1912 par une poignée demédecins juifs, à l’intention des populations juives exclues du système de santétsariste. L’organisation qui fête aujourd’hui son centenaire a survécu à toutes les turbulences du 20esiècle, happée par les pogroms et la guerre civile, se retrouvant jusque dans le ghetto de Varsovie ou même sur l’Exodus !

« L’OSE a très vitecompris les enjeux auxquels les Juifs devaient faire face », explique Katy Hazan.« Elle démontre aussi que les Juifs, qui en avaient assez de dépendre de la charité, sont parvenus à prendre leur destin en main, contrairement à ce qu’on leur a souvent reproché ».L’historienne de l’OSE a consacré son mémoire aux orphelins de la Shoah et s’est naturellement intéressée aux organisations qui se sont occupées du sauvetage des rescapés. « Ce qui fait la particularité de l’Œuvre de Secours aux enfants, c’est qu’elle a perduré et s’est transformée, avec une remarquable capacité d’adaptation, tout en gardant les objectifs et les valeurs qui l’ont vu naître », affirme-t-elle. « On peut parler d’une véritable ONG qui, dans les années 50, était présente dans plus de 30 pays ! ».

En 1923, l’Union OSE, qui fédère de multiples branches en Europe centrale et dans le reste du monde, s’établit à Berlin, présidée par Albert Einstein. Mais en 1933, elle se voit contrainte de quitter l’Allemagne pour se réfugier en France. La Société pour la protection sanitaire de la population juive (l’abréviation OZE, en russe) devient l’Œuvre de Secours aux Enfantset fixera son siège à Paris pour ne plus le quitter.

Dans toutes les grandes villes de France s’ouvrent dès 1936 des maisons d’enfants et centres médico-sociaux, dont bénéficieront des réfugiés d’Autriche, d’Allemagne, mais aussi de nombreuses familles juives belges en exode et plusieurs personnalités, tels Ivan Levai, Popeck ou Elie Wiesel. L’OSE organise clandestinement le sauvetage des enfants menacés de déportation et en sauve plus de 5.000, se chargeant d’enfants rescapés de Buchenwald, à la Libération, comme plus tard de familles exilées d’Egypte et d’Afrique du Nord.

Ouverte à tous

« L’histoire de l’OSE rejoint l’histoiredu peuple juif », relève Katy Hazan. « Elle était présente là où les Juifs avaient besoin d’elle, que ce soit pour remédier au problème des réfugiés ou pour aider les rescapés et les orphelins de guerre à se reconstruire ».

Reconnue en 1951 « association d’utilité publique », « pour son savoir-faire dans la réparation des fractures identitaires », l’OSE emploie aujourd’hui quelque 650 salariés dans 23 établissements et services installés en région parisienne : 60% de son travail est consacré à l’enfance, le reste au grand âge, aux malades atteints d’Alzheimer ou d’un handicap, sans oublier son département archives et histoire, ainsi que l’Amicale des anciens. Ses centres médico-sociaux sont ouverts à tous, Juifs et non-Juifs, l’association s’inscrivant désormais dans l’esprit de la laïcité française. Un appel à projet remporté récemment lui a permis d’ouvrir un foyer pour jeunes mineurs en difficultés, tandis qu’un nouveau projet viendra bientôt en aide aux ados en décrochage. « Nous travaillons avec les autorités locales, mais aussi le monde associatif, les hôpitaux et les juges qui s’adressent à l’OSE pour le placement des jeunes dans nos familles d’accueil », complète Katy Hazan.

L’exposition, déclinée à travers 23 panneaux, s’est déjà arrêtéeà St Petersbourg, Varsovie, Rome, « et bientôt Berlin », espère l’organisation. Du 21 au 25 janvier, elle était pour quelques jours au Parlement européen et sera visible au CCLJ dès le 20 février prochain. « Au vu de sa pratique intellectuelle, morale, éducative, médicale, scientifique et sociale, reconnue au niveau national, on peut se demander jusqu’où une association privée peut aller pour ne pas se substituer à l’Etat », note encore Katy Hazan. Une question qui mérite débat.

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