Lucy Aharish, l’Arabe israélienne qui défraye la chronique

La présentatrice vedette fait partie des quatorze Israéliens qui ont été choisis pour allumer des flambeaux lors de la cérémonie officielle du jour de l’Indépendance (Yom Haatsmaout), ce 22 avril 2015, au  Mont Herzl à Jérusalem.

Présentatrice vedette –en prime time- de l’édition anglophone de la chaîne tout infos i24news, basée à Tel-Aviv, Lucy Aharish s’est vue décerner le titre de journaliste de l’année 2014 par le quotidien Haaretz. Elle fait aussi partie des quatorze Israéliens qui ont été choisis pour allumer des flambeaux lors de la cérémonie officielle du jour de l’Indépendance (« Yom Haatzmaout »), ce 22 avril au soir, au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem. Pour son combat contre le racisme, et son statut de pionnière, en tant que femme arabe et journaliste en Israël.

Native de Dimona (dans le Néguev), et issue d’une famille de confession musulmane originaire de Nazareth (en Galilée), la jeune femme de 34 ans au look de top model et à l’anglais impeccable est en effet la première Arabe israélienne (une « minorité » qui représente 20% de la population nationale) à avoir travaillé pour des médias « mainstream » israéliens (les chaînes de télé 1, 2 et 10 notamment).

Du coup, Lucy Aharish est la voix des Arabes israéliens qui veulent s’intégrer dans la société israélienne sans pour autant renoncer à leurs convictions. Une position qu’elle a pu exprimer sur le plateau d’i24news pendant le dernier conflit militaire. En prenant à partie le journaliste Al-Masharawi avec la question : « pourquoi les habitants de Gaza ne se révoltent-ils pas contre le Hamas, qui les a placés dans une situation aussi inextricable ? »

Comme de nombreux Arabes israéliens, Lucy Aharish vit entre deux mondes. A l’âge de 6 ans, elle est légèrement blessée par un cocktail Molotov, lancé par des militants palestiniens, alors que sa famille conduisait dans la Bande de Gaza. A Dimona, elle grandit « au milieu de Juifs marocains », se laisse un temps tenter par la pratique religieuse, devient fan du Beitar, le club de foot de Jérusalem. C’est aussi dans la ville trois fois sainte qu’elle décide de mener des études de sciences sociales et de théâtre à l’Université hébraïque. Avant de s’installer à Tel-Aviv, et de rejoindre l’école de journalisme Koteret.

Son credo ? « Nous avons d’autres choses à faire que combattre l’occupation et la discrimination (…) Nous étions trop polis, mais nous avons appris la Houtzpa israélienne », se plait-elle à pointer. Pour autant, celle qui a récemment posé en robe longue blanche avec un rameau d’olivier à la main en couverture d’un cahier hebdomadaire du journal gratuit Israel Hayom (Ndlr. financé par le milliardaire américain et républicain Sheldon Adelson, un ami de Benyamin Netanyahou) n’a pas sa langue dans sa poche.

Elle n’a pas hésité à exprimer son indignation lorsque le chef de file du Likoud, qui briguait un quatrième mandat de Premier ministre, a mis en garde les électeurs contre le « vote massif » des citoyens arabes israéliens à la veille du scrutin législatif du 17 mars. Reste que l’apparition du nom de la journaliste dans la liste des « heureux élus » de la cérémonie du jour de l’Indépendance n’a pas été au goût de tous.

Cet honneur a par exemple inspiré l’éditorialiste du quotidien libéral Haaretz Gideon Levy, que l’on ne peut suspecter de racisme anti-arabe, intitulé « En Israël, un bon Arabe est un Arabe invisible ». Et d’argumenter : « Le deal est évident. Si vous vous comportez comme un Juif, parlez comme eux, vous serez considéré comme de bons Arabes et peut-être même comme des Israéliens ».

Mais Lucy Aharish se moque du « qu’en-dira-t-on ». La journaliste a ainsi fait preuve d’un certain courage en vilipendant la parlementaire du parti Balad, Hanin Zoabi, détestée par une partie non négligeable de la communauté arabe d’Israël, lors d’une récente conférence sur la démocratie. Même si elle n’en revient toujours pas d’avoir été sélectionnée parmi les « quatorze » du Mont Herzl.

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