« Ma revanche sur Hitler », et l’histoire de Michel Kichka prend vie

Un dessin animé inspiré de sa BD Seconde génération. Ce que je n’ai pas dit à mon père (Dargaud), Michel Kichka ne pouvait rêver meilleur avenir. Réalisé par Vera Belmont, le film prévu pour décembre 2016 fait pour quelques jours encore l’objet d’une campagne de promotion sur Kickstarter. Entretien avec le dessinateur belge.

Le projet d’un dessin animé est-il prévu au départ ?

Pas du tout, non. En réalité, c’est quelques mois après que le livre soit sur le marché, il y a déjà trois ans, que Vera Belmont m’a contacté. Cette grande dame du cinéma français elle est la réalisatrice entre autres du film autobiographique Rouge Baiser avec Lambert Wilson. Elle a produit La Guerre du feu, un des plus grands succès cinématographiques en France, mais aussi Pialat, Truffaut, une filmographie impressionnante. Elle voulait depuis toujours faire un film lié la Shoah. Elle avait  voulu adapter Maus, mais Art Spiegelman refusait toute adaptation de son œuvre. Le film Survivre avec les loups a été une gifle, puisqu’elle s’est fait rouler par une femme qui racontait un mensonge. Quand elle a découvert ma BD dans un article du Monde où Plantu en parlait, elle s’est adressé à Dargaud et moi pour acheter les droits d’adaptation, et j’ai immédiatement accepté, très curieux de voir ce qu’un dessin animé pouvait donner. Elle a passé une année à écrire le scénario. Il m’a fallu digérer certains changements de mon autobiographie, mais l’échange a été très intéressant, pour arriver finalement à une adaptation libre de ma BD.

Vous avez donc travaillé en étroite concertation ?

Tout à fait. Véra Belmont n’avait jusqu’à présent jamais fait de dessins animés. Ce qui l’avait touchée, c’était le style du dessin par rapport à la gravité de l’histoire, et c’est pour cela qu’elle voulait un dessin animé dans l’esprit de ce que j’avais raconté, mais aussi dessiné. L’écriture du scénario nous a satisfaits, après quoi elle a commencé à développer avec des animateurs français le design des personnages, un storyboard, un travail qui a de nouveau pris une année environ. Deux fois par an, elle me montrait où elle en était. Je n’avais pas mon mot à dire dans la mesure où je ne fais pas partie de la production, mais j’aime beaucoup la forme que prend cette aventure. Le travail d’animation et de montage devrait être terminé pour la fin décembre 2016. 

Quel est l’objectif de la campagne faite actuellement sur Kickstarter ?

Kickstarter est une plateforme qui permet un appel au soutien participatif. C’est le producteur Philippe Mounier qui a décidé de lancer cette campagne pour obtenir des financements supplémentaires, mais surtout pour faire connaitre le film. Tous ceux qui se sont investis dans cette aventure croient beaucoup en ce projet, parce que c’est la première fois qu’un long-métrage en dessin animé est fait sur ce thème. Dans le contexte actuel, 70 ans après la libération des camps, et avec cette interrogation « comment va-t-on témoigner après la disparition des témoins ? », ils pensent que ce film peut constituer un outil éducatif efficace en plus pour montrer ce qui s’est passé à la jeune génération grâce à une histoire qui la touche. Les producteurs sont d’ailleurs déjà très contents des résultats de Kickstarter qui a permis de faire connaitre le film à un très large public de façon extraordinaire. A part ceux qui mettent de l’argent dans le film, beaucoup de gens s’intéressent et contactent les producteurs pour eux-mêmes peut-être faire partie de la production dans le futur.

A qui s’adresse ce dessin animé ?

Les producteurs ont choisi de s’adresser au grand public, y compris aux enfants. Il y a pour cette raison des éléments de la BD qu’ils ont dû adoucir, d’autres qu’ils ont dû développer. La grosse différence, en dehors du fait que la succession des événements a été condensée sur un an et non cinquante, c’est qu’au cœur du dessin animé, il y aura mon frère et moi. Nous deux, face à notre père. Cela donne lieu à des choses très marrantes, parce qu’on a fait les 400 coups ensemble, et à des choses dramatiques aussi. C’est la même histoire, mais d’un autre point de vue, et ça me plait beaucoup. Pour ce qui est des voix, on ne connait pas encore leurs noms, mais ce seront des voix très fortes qui porteront le film.

Vous êtes allé pour la première fois à Auschwitz avec votre père en avril dernier. Cela a-t-il changé votre perception des choses ?

Dans l’écriture, bien avant que je ne parte, Véra Belmont avait déjà prévu que nous nous retrouvions à Auschwitz à la fin. Je l’ai laissé faire, et c’est devenu la réalité. C’est intéressant, elle pensait que ça devait se passer comme ça. Quand j’ai écrit le livre aussi, je me suis senti prêt, il fallait juste trouver le moment propice. Mon père aura eu la satisfaction d’avoir sur une même année trois générations de Kichka là-bas.

Que pense justement votre père Henri Kichka du dessin animé ?

Le livre fait déjà partie de sa vie. Il signe d’ailleurs les dédicaces pour moi quand je ne suis pas en Belgique. Il a fini par beaucoup l’aimer, même si cela n’a pas été facile. Il a juste vu la bande de lancement du film et il a été sidéré. C’est vrai que c’est impressionnant. L’animateur qui s’est occupé de la réalisation graphique et esthétique du film s’est beaucoup documenté sur la Belgique des années 60 pour la reconstituer en couleurs et avec des plans plus complets. J’avais moi aussi fait un gros travail, mais avec des documents et photos de famille sous la main, en plus de Google. Ici, il y a des travelings, des vues panoramiques, ils ont forcément dû ajouter des angles que je n’avais pas dessinés. L’enthousiasme débordant et l’investissement de toutes les personnes liées à ce film me touchent énormément. Et moi, j’ai l’impression de me voir vivre en dessin animé, c’est très émouvant.

Sortie prévue en décembre 2016 en France, Belgique, Etats-Unis, avant le reste du monde.

Retrouvez ici la campagne de Kickstarter

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