Ceci est un article étrange : on ne comprend pas la moitié du sujet traité et l’autre est secrète. N’empêche qu’on est contre.
Google : le plus important moteur de recherches du Web, utilisé par près de 70% des internautes. Un des plus gentils aussi : même si on ne lui demande rien, il fait tout ce qu’il peut pour vous rendre service. Avec « Google Suggest », par exemple.
C’est l’outil qui propose des suggestions en rapport avec le mot que vous cherchez. De l’autocomplétion, ils appellent ça. Déjà, le mot n’existe même pas. Et, en plus, disons le tout net (amusant, non ?) : ça ne marche pas fort.
On tape au hasard « Wesoly ». On s’attend à des suggestions comme « génie », « Académie française », « Prix Nobel de la paix »… Bernique. Tout ce que Google autocomplète, ce sont trois interminables mots polonais qu’on ne comprend même pas.
Plus vexant encore : il n’y associe même pas le nom à « juif » alors qu’il le fait pour Benoît XVI, Ahmadinedjad, Patrick Sébastien et bien d’autres éminentes personnalités. C’est au demeurant là qu’est le problème, selon plusieurs organisations antiracistes.
Le MRAP, la LICRA, SOS Racisme, etc. ont en effet déposé plainte à la mi-mai 2012 contre le moteur de recherche qui unirait systématiquement le mot « juif » à toute personne peu ou prou célèbre.
A noter que ce ne sont pas les premiers à protester : Google a déjà été condamné à plusieurs reprises, entre autres par deux sociétés dont le nom était associé à « secte » ou un particulier, autocomplèté par « escroc » et « violeur ».
De son côté, Jacques Cheminade, candidat quelque peu malheureux à la dernière présidentielle, a sommé Google de cesser de le relier à « extrême droite ». Différence avec ceux-là : en théorie, « juif » n’est pas un terme insultant ou péjoratif.
Ce n’est donc pas de cela dont les associations se plaignent. C’est de ce que, d’une part, si on clique sur, par exemple, « Tino Rossi juif », on se retrouve sur des sites antisémites ou conspirationnistes.
Et d’autre part, de ce que Google constitue ainsi « le plus grand fichier ethnique du monde ». Lesquels sont interdits par la loi française. Et que répond le moteur de recherches à ces accusations ? En résumé : « C’est pas moi, c’est mon algorithme ».
Sur Internet, seuls les plus paranoïaques survivent
Ah, sur l’instant, le sens exact du mot vous échappe ? Normal, personne ne le connait vraiment. Les dictionnaires normaux se défilent en prétendant qu’il s’agit d’un « ensemble d’instructions pour résoudre un problème ».
Heureusement, il y a le « Dico du Net » : « Un algorithme est une suite finie de règles à appliquer, dans un ordre déterminé, à un nombre fini de données, pour arriver, en un nombre fini d’étapes, à un résultat, et cela quelque soient les données traitées ».
Quoi qu’il en soit, c’est lui le responsable. Ce n’est pas un choix des gens de Google de fourrer du juif tout partout : « les suggestions sont générées par l’algorithme, sur la base de critères purement objectifs ». Et lesquels, je vous prie ?
Les demandes des internautes, tiens. Si l’algorithme associe « juif » à tant de noms, c’est parce que des millions de gens ont « googlisé » les deux mots ensemble. Les vrais coupables, ce sont eux.
Mouais, ce n’est pas clair, cette histoire… Il marche comment votre machin « purement objectif » ? Crise cardiaque chez Google : interdit. Verboten. Secret. On ne communique pas sur l’algorithme. Ce serait donner des armes aux innombrables tricheurs qui nous guettent.
Tout ce qu’ils peuvent dire, c’est que le système est neutre : « On ne touche rien à la main ». Ricanements dans la salle : qui ignore encore que, sur Internet, seuls les plus paranoïaques survivent ?
Il se peut qu’aucun humain n’ajoute de mots sur « Google Suggest », mais il y en a certainement qui filtrent. Les termes haineux ou pédo-pornographiques, entre autres. Le processus n’est donc pas tout à fait algorithmique et la main de l’homme y met bien le pied.
On peut donc filtrer ces associations intempestives, soutenaient les plaignants. Discussions à l’amiable entre avocats. Et ce 5 juin 2012, bingo : Google va revoir son algorithme de recherche qui, de toute façon, se faisait vieux et éliminera au passage l’adjectif litigieux.
Maintenant, est-ce que cela diminuera le nombre de suspicieux qui voient des Juifs partout ? Ou, au contraire, cela les renforcera-t-il dans leurs convictions que ceux-ci dominent le monde ? Si l’algorithme pouvait… En toute objectivité, bien sûr.
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