En ce moment, le nom de Gilo est dans toutes les bouches. En cause, bien sûr, les 1.100 logements que le gouvernement israélien entend y construire. Mais où se trouve exactement cet endroit ? Est-ce une colonie ? Un quartier de Jérusalem ? Les deux ?
Venant juste après l’émouvant discours du Premier ministre Netanyahou à l’ONU (« Président Abbas, avancez à mes côtés. Négocions la paix »), l’annonce de la construction de 1.100 logements à Gilo a… surpris.
Les Etats-Unis se sont dit « profondément déçus », le coordinateur spécial de l’ONU a estimé que cela « nuit aux chances de reprise des négociations », la France a parlé de « provocation », la Grande-Bretagne a demandé l’abandon du projet, et ainsi de suite.
Là-dessus s’est greffée une de ces diversions dont les droites israéliennes et juives sont friandes : le monde entier, médias en tête, s’est trompé sur Gilo, en évoquant « une colonie située à l’est de Jérusalem ».
Et, miracle, les droites ont raison : Gilo est effectivement située au sud de la partie arabe de Jérusalem et non à l’est. Quant à son statut… Comme on le voit sur la carte ci-jointe, elle est située hors des limites du 4 juin 1967, c’est donc une colonie juive.
Mais elle fait partie des terres annexées par Israël juste après la guerre des Six-Jours, c’est donc un quartier de la « capitale éternelle et indivisible d’Israël et du peuple juif », selon la terminologie en vigueur.
On peut polémiquer sur la question, on peut aussi constater que, comme disait à peu près Confucius : « Lorsqu’on lui montre la lune, la droite regarde le doigt ». Logique : s’en prendre aux erreurs de la presse évite de considérer le fond de l’affaire.
A savoir qu’aux yeux de ceux qui en doutaient encore, M. Netanyahou a confirmé le peu de poids de la parole du Premier ministre de l’Etat d’Israël. Son leitmotiv est « négociations sans conditions préalables ». Quoi de plus raisonnable ?
Sauf si, en même temps, on ajoute sans cesse des conditions préalables… sur le terrain. Bâtir sur un emplacement au minimum « contesté », et précisément à Jérusalem, cœur du conflit, tout en parlant de négocier, est soit une maladresse soit une stratégie.
Comme on ne fera pas au Premier ministre l’insulte de le considérer comme un maladroit, on ne peut qu’en conclure qu’il persiste dans cette méthode à quoi se résume sa carrière politique : gagner du temps par tous les moyens. Y compris en galvaudant sa parole.
Un système qui n’est pas sans rappeler celui de l’excellent M. Prud’homme* pour qui « la stratégie consiste à continuer à tirer pour faire croire à l’ennemi qu’on a encore des munitions. »…
*Personnage du satiriste Henri Monnier (1799-1877)
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