C’est une soupe bien aigre et rancie que le Sénat a accepté de goûter ce 12 mai 2011 en votant par 30 voix contre 26, la « prise en considération » d’une proposition de loi du Vlaams Belang. Sur quel sujet ? Sur l’amnistie, quoi d’autre ?
Le Vlaams Belang radote, c’est là son moindre défaut. Certains ont pourtant tenté de lui expliquer avec ménagement que la Seconde Guerre mondiale était finie et que c’était l’extrême droite qui l’avait perdue, mais rien n’y a fait.
Chaque année, ses élus rappliquent avec le même texte de loi, beau comme un collabo : il faut amnistier les pauvres fascistes flamands, faussement accusés d’avoir aidé les nazis à opprimer, torturer et massacrer la population belge.
Et chaque année, les autres partis, flamands ou francophones, rejetaient la proposition avec un haussement d’épaule méprisant ou distrait. Mais pas cette fois. Cette fois, il s’est trouvé une majorité pour accepter de la « prendre en considération ».
Et cela, suivant un clivage non pas politique, mais communautaire : à la notable exception des écolos de « Groen ! », tous les partis flamands (Open Vld, CD&V, N-VA et sp.a) ont voté pour. A l’unanimité.
De même, tous les partis francophones, PS, MR, cdH et Ecolo, ont-ils voté contre. Bien sûr, ce n’est là que la première étape du processus institutionnel, et le texte n’est pas près de passer, ni au Sénat ni à la Chambre. Pas cette année, en tout cas. Mais demain ?
Tout cela pose question. Plus d’une. Non pas au VB : il ne saurait rien y avoir entre nous et un parti fascisant, négationniste et raciste. Mais les partis flamands normaux ? De droite ou de gauche, leurs dirigeants ne sont-ils pas des gens intelligents et honorables, dévoués au bien public et à la démocratie ?
Faut-il mettre tout cela à l’imparfait ? Sont-ils devenus incultes au point de ne plus comprendre que s’ils donnent raison aux collabos, c’est que les résistants avaient tort ? Et avec eux, tous ceux qui, dans le monde entier, ont lutté contre le nazisme ?
Et si ces dirigeants savent cela, pourquoi ont-ils agi de la sorte ? La seule -et il faut bien le dire- assez misérable réponse qu’on a entendue jusqu’à présent, c’est que leur vote portait seulement sur « la recevabilité technique » du texte.
Pourtant, les fois précédentes, c’était le même texte -ou un autre similaire- qu’ils n’avaient pas jugé « techniquement recevable ». Qu’est ce qui a donc changé, sinon eux-mêmes ? Et pourquoi ce changement, sinon pour donner des gages à l’actuelle vague nationaliste flamande ?
Comment ne pas croire qu’au lieu d’assumer leurs convictions, ils préfèrent hurler avec les loups sur un point somme toute mineur à leurs yeux ? Et tant pis si c’est la mémoire et l’honneur de la Flandre qu’ils bradent…
En 1932, le député social- démocrate Karl Schumacher déclara devant le Parlement allemand : « Le fascisme est un appel au salaud qui dort dans tout homme ». Une remarque qui lui valut de passer 12 ans dans un camp de concentration quand les nazis vinrent au pouvoir. Devons-nous croire qu’elle est toujours d’actualité ?
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