Mais que font donc ces Israéliens au Kenya?

Alors que les combats continuent dans la capitale du Kenya pour éliminer les terroristes qui ont attaqué le centre commercial « Westgate Mall », on évoque beaucoup le rôle des Israéliens dans ce drame. Sans toujours bien savoir de quoi on parle

Dès le début de la sanglante attaque des « Shebab » somaliens, liés à Al-Qaïda contre un centre commercial de Nairobi ce samedi 21 septembre, les médias ont évoqué la présence ou le rôle des Israéliens.

Ainsi, ces derniers possèderaient  le centre Westgate Mall. Son service de sécurité aurait été assuré par d’anciens militaires israéliens. On compterait trois citoyens israéliens parmi les victimes Après quoi, les médias ont annoncé la venue  de « forces spéciales israéliennes ».

Tsahal serait donc venu secourir les otages et les blessés. Ou « conseiller » l’armée kenyane. A moins que ce ne soit pour lui apporter une assistance technique avant  son assaut final contre les terroristes.

Sauf que, avec l’hystérie généralisée qui prévaut dans ce genre de drame, on passe vite d’un prudent conditionnel à l’affirmation catégorique. Or à ce stade, on ne dispose que de très peu d’informations certaines.

Par exemple, certains magasins du Westgate Mall appartiennent bien à des Israéliens. Ce sont non pas trois mais six Israéliens qui ont pu fuir. Aucun n’a été tué et un seul légèrement blessé. Enfin, en ce qui concerne ces « forces spéciales », on ignore si ce sont vraiment des troupes d’élite de Tsahal.

Ou, si cela ces hommes font simplement partie d’une société de sécurité israélienne privée. Ce qui fait tout de même une sacrée différence. Par contre, on peut répondre à la question à 100 shekels : que font donc tous ces Israéliens au Kenya ?

Pour le comprendre, il faut en revenir à la « grande politique » d’Israël vis-à-vis du continent noir. A la base, il y a ce rude échec que fut en 1975 l’adoption de la résolution de l’ONU (révoquée en 1991) affirmant que « le sionisme était une forme de racisme »

Après quoi, 27 des 30 pays africains qui entretenaient des relations diplomatiques avec Israël  les avaient rompues. Mais, dès les années 80, l’Etat juif avait, avec patience et discrétion, renoué les fils avec le continent noir.

C’est que, si mal développée et mal gouvernée soit-elle, l’Afrique est une puissance économique incontournable : premier exportateur mondial de cacao, de thé, de tabac mais surtout d’’or, de platine, de diamant, etc. Sans parler de son pétrole ou de son uranium…

De son côté, Israël avait beaucoup à offrir grâce à son expertise reconnue dans de nombreux domaines : l’agriculture, la santé et la sécurité. Mais aussi l’énergie solaire, le dessalement de l’eau de mer.

Depuis l’Opération Entebbe » de 1976

A quoi se sont ajoutés ces dernières années, la téléphonie, l’informatique et la cyber défense. Le tout sans rechigner, comme d’autres Etats, à des transferts de technologie. Résultat : en deux décennies, l’Etat juif a renoué avec la quasi-totalité des pays non-musulmans du continent  

Y compris avec la principale puissance économique d’Afrique de l’Est : le Kenya, ce pays de 44 millions d’habitants, chrétiens à 83%. . D’autant que des deux côtés, on n’a pas oublié qu’en 1976,  Nairobi  avait accepté de servir de «  base arrière » aux Israéliens lors de «l’Opération Entebbe » de 1976.

En 1989, les deux pays conclurent donc assez facilement des accords de coopération : les Israéliens apportèrent leurs techniques agricoles, aidèrent au développement du secteur de la sauté publique comme de l’énergie géothermique, du solaire, des télécoms, etc.

Et petit à petit, à côté de la minscule communauté juive (une trentaîne d’âmes) s’installèrent plusieurs milliers d’Israéliens.  Certains participèrent aussi à la formation des services de sécurité ou des unités-antiterroristes.

Ce qui leur valut de devenir les cibles d’attentats sanglants : en 2002, Al Quaïda revendiqua un attentat suicide à Mombasa contre un hôtel appartenant à un Israélien. (13 morts)  

Au même moment, deux missiles furent tirés contre un avion israélien qui venait de décoller de la ville.  Fort heureusement, le pilote parvint à les éviter sauvant ainsi la vie de ses 260 passagers. Mais c’est en 2011, que la sécurité devint un enjeu majeur pour le Kenya.

Le pays avait décidé de participer à la force africaine chargée de soutenir le gouvernement de la Somalie, son voisin du sud, contre les « Chebab », des djihadistes  qui y semaient la terreur. En représailles, ceux-ci lancèrent plusieurs attaques contre le Kenya, causant des centaines de morts.

Le 1er ministre de l’époque, Raïla Odinga se rendit alors à Jérusalem et les deux pays décidèrent d’établir une alliance contre la progression de l’islam fondamentaliste. Non seulement, entre eux mais avec les autres nations africaines à prédominance chrétienne :

L’Ethiopie, la Tanzanie, le Sud-Soudan… .Et, pour commencer, Israël fournit donc le Kenya en matériel antiterroriste : drones, équipements de surveillance électronique, véhicules blindés…

C’est dans ce contexte qu’il faut remettre le massacre actuel. Dirigé contre la politique kenyane à coup sûr, contre Israël peut être, il participe d’un affrontement beaucoup plus vaste, l’Afrique et, si on va par là, le monde entier.

De quoi justifier l’intervention d’un commando de Tsahal déguisé en agents de sécurité privés ? C’est possible. Ou pas. En tous cas, en ce moment précis (des combats sont toujours en cours dans le centre), au moins une soixantaine de personnes ont été assassinées.

Et ce n’est pas fini : si vain et dénué d’avenir que soit leur combat, les tueurs islamistes ont tout de même un grand avantage : la planète est emplie d’innocents sans défense à massacrer… Pour la plus grande gloire d’Allah, prétendent-ils. 

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