Mais si, Benjamin Netanyahou veut la paix !

Il faudrait être aveugle pour ne pas l’entendre : chaque fois qu’il prend la parole, le Premier ministre israélien martèle sa volonté d’aboutir à un accord avec les Palestiniens.

Comment en douter ? Bien sûr que le Premier ministre actuel cherche, veut, réclame la paix avec les Palestiniens. Il le clame, le proclame et en fait le serment chaque fois qu’il prend la parole. D’autre part, il faut bien comprendre que Benjamin Netanyahou est aussi un homme d’action.

Il n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Les Palestiniens lui ont manqué à l’ONU ? Sa riposte a été fulgurante : d’abord, il les a mis à l’amende. Ce mois-ci, ils se passeront des taxes qu’Israël prélève pour eux (80 millions d’euros, tout de même).

Et surtout, il a relancé la colonisation : 3.000 nouveaux logements vont être mis en chantier en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Notamment, dans le secteur « E1 », entre la colonie de Ma’aleh Adumim et Jérusalem.

Une fois construits dans cette zone-là, ils couperont en deux la Cisjordanie là où, dans le cadre de la paix que réclame tant le Premier ministre, devrait être créé un Etat palestinien. Les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ont condamné ces projets.

Tant William Hague, secrétaire britannique au Foreign Office que Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, ont déclaré que « cela saperait la réputation internationale d’Israël et jetterait le doute sur sa volonté d’obtenir la paix avec les Palestiniens ».

Ces deux pays envisageraient même, selon des sources diplomatiques citées par le quotidien israélien Haaretz, de rappeler leurs ambassadeurs en Israël « pour consultations ». Cela n’arrivera sans doute pas. Du moins pas tout de suite.

Mais rien que l’évoquer équivaut, en langage diplomatique, à taper du poing sur la table. A croire que ces gens n’écoutent pas les discours de paix de M. Netanyahou. Celui-ci a donc, une fois de plus, réitéré sa position : « Nous continuerons de construire à Jérusalem et dans tous les endroits qui figurent sur la carte des intérêts stratégiques d’Israël ».

Peut-on être plus clair ? Il s’agit de stratégie. Aucun rapport avec la diplomatie du gouvernement israélien qui, hier comme aujourd’hui, comme demain, explore tous les chemins concevables pour aboutir à la paix avec les Palestiniens.

 Chères, très chères colonies       

Nul ne le sait mieux que Youval Steinitz, l’actuel ministre israélien des Finances : l’économie israélienne bat de l’aile ces dernières années et chacun a dû y mettre du sien pour la redresser. Des efforts qui, comme de juste, ont été répartis avec équité entre toutes les couches de la population.


Toutes ou presque. C’est ce qu’a révélé le Ministre, ce 12 novembre, sur une radio des colons de Cisjordanie dans le cadre de la campagne électoral en cours. Il a expliqué que B. Netanyahou les avait bien davantage soutenus qu’on ne le savait.             

En fait, entre 2009 et 2011, le gouvernement a doublé la part du Budget consacrée aux « implantations », mais « nous l’avons fait en gardant profil bas… En silence, afin que des éléments en Israël et à l’étranger ne viennent pas contrecarrer nos initiatives ».            

Ainsi, rien qu’en 2011, au coeur de la crise, le budget alloué aux colons a-t-il augmenté, en toute discrétion, de 37%, alors que celui de l’Etat ne croissait que de 2,7%. Voilà des propos qui méritent vraiment d’être relus.                

Il est tout de même rare qu’un  ministre avoue publiquement que son gouvernement dépense l’argent de l’Etat en se cachant de ses propres citoyens. Et, concrètement, on parle de quelles sommes, là ?                             

Le quotidien Yediot Aharonot l’a chiffré : de 1992 à 2011, l’Etat d’Israël a investi 5,5 milliards d’euros dans des territoires non-israéliens. Si on y ajoute les 14 milliards dépensés de même depuis 1967, on arrive sans se forcer à près de 20 milliards d’euros.

    
Des âmes simples feraient un parallèle avec les chiffres de la pauvreté de 2011 : 1.830.000 Israéliens dont 861.000 enfants -un quart de la population- vivent sous le seuil de pauvreté. Mais, en réalité, cela n’a aucun rapport : ce sont des postes tout à fait différents du Budget.
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