Manifestations : le ras-le bol des gens normaux

Ce week-end, les manifestations se sont poursuivies et amplifiées dans toutes les grandes villes israéliennes, Qui plus est, selon un sondage récent, ces « Indignés » sont soutenus par  80% des Israéliens….  Le gouvernement en tirera-t-il les conséquences ?

C’est l’ensemble de la population, toutes opinions confondues, et classe moyenne en tête, qui n’en peut plus de travailler pour des salaires qui ne couvrent plus ses besoins élémentaires : se loger, se nourrir, se soigner, élever les enfants.

Sans même parler de se faire plaisir de temps en temps. Des gens, qui, comme l’indique non sans humour un de leurs panneaux, ont découvert que « les prix élevés ne sont pas une loi de la nature ».

Face à cette contestation, le gouvernement israélien avait d’abord brandi son bilan : croissance de 5% pour 2011, Chômage à 5,7%. Sauf que ces chiffres qui ne remplissent pas leurs assiettes ont laissé les manifestants indifférents.

Benjamin Netanyahou a alors annoncé la nomination d’une « équipe interministérielle chargée de présenter un plan pour alléger le poids économique qui pèse sur les citoyens » tout en précisant : « Il nous incombe d’éviter de prendre des mesures irresponsables, précipitées et populistes » 

Cela allait sans dire quoique le ministre des Finances, Yuval Steinitz (Likoud) ait cru bon de préciser : « Nous nous ne départirons pas de nos principes. Nous ne laisserons pas la place à l’anarchie ».

Qu’est-ce que « l’anarchie »  selon Son Excellence  ? Et bien, par exemple,  de s’en prendre aux « tycoons », ces centaines de familles qui, en 2010, disposaient d’une fortune équivalente à 35% du PIB de l’Etat.

Des gens qui contrôlent tous les secteurs importants du pays depuis la construction jusqu’à la désalinisation de l’eau en passant par les banques, les supermarchés, les médias, etc. et qui ne cessent de faire monter les prix afin d’accroître leurs bénéfices

Pas touche, a asséné Son Eminence : « Nous n’allons pas transformer les riches, les hommes d’affaires, les investisseurs et les industriels en ennemis du peuple, parce qu’ils contribuent à créer une économie saine »

Trois milliards pour reloger les colons de Gaza

Il a raison, cet homme.  Si le gouvernement était là pour s’occuper du bien être de la population, cela se saurait, depuis le temps. D’autant plus que, si on écoutait tous ces gueux, le budget de l’Etat serait dans le rouge et, cela, c’est vraiment malsain…

Car, selon le Trésor, céder aux revendications des manifestants (logements sociaux, éducation gratuite à partir de 3 ans,  rallongement du congé de maternité, etc.) coûterait  60 milliards de NIS *, soit 15% des dépenses annuelles de l’Etat.

Gag marrant, cette somme équivaut exactement au montant des coupes effectuées dans les budgets sociaux entre 2003 et 2006. C’est à cette époque que la droite a commencé à prendre l’argent de tous pour enrichir quelques uns…

Notons que le ministre des Finances sait tout de même dépenser des sous  pour les gens qui le méritent vraiment : ce même week-end, il a débloqué une nouvelle tranche de 300 millions  de NIS  pour le relogement des 9.000 colons évacués de Gaza en 2005.

Lequel aura coûté en tout trois milliards en indemnisations diverses.  Des milliards pour  les installer  hors du pays, des milliards pour les reloger dans le pays, c’est cela « l’économie saine » et c’est aussi ce que les manifestants ne supportent plus.

Car, ce à quoi on assiste en ce moment, c’est à une révolte des gens normaux  contre ce « gouvernement ultra » qui ne s’intéresse pas à eux. Contre ces  ministres ultralibéraux qui ne soucient que du bien-être  des ultra-riches, ceux  qui spéculent et ne produisent rien.

Et contre ces ministres ultra-orthodoxes pour qui « travail » est un gros mot. Contre ces ministres ultra- nationalistes qui travaillent à la prospérité…   des colons de Cisjordanie.

A l’extérieur, ce gouvernement  a mené le pays à un isolement et des dangers jamais vus. A l’intérieur, il a tiré la majorité de la population vers  la ruine. Lui reste-il assez de lucidité -et de décence- pour tirer les conséquences de ses échecs et s’en aller ?

* Pour rappel : le « NIS » (« Nouveau Shekel Israélien ») équivaut à 1/5 d’euro 

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