Marc Filipson a choisi le week-end du 11 novembre 2013 pour fêter les 30 ans de Filigranes, « la plus grande librairie de plain-pied du monde ! », affirme-t-il. De directeur de la Colo Amitié à CEO d’une entreprise en développement constant, la progression de ce manager visionnaire a été fulgurante. La librairie Filigranes est désormais une institution. Un succès qui ne doit rien au hasard.
En cette ère du numérique et alors que nombre de librairies subissent de plein fouet la crise, Marc Filipson est l’un des rares à avoir le vent en poupe. En 1983 déjà, c’était le temps de « La Providence », cette petite enseigne de 25 mètres carrés qu’il reprenait en tentant de transmettre à ses clients la passion du livre. Marc Filipson a tenu le cap… et ses promesses. Celui qui se voyait vivre dans dix ans « sur une ile déserte » vogue sur « un bateau de plus en plus grand », mais se révèle surtout aujourd’hui un cas à part. 1983-2013. Trente ans ont passé, comme l’époque du « satisfait ou remboursé » : si les techniques commerciales se sont modernisées, le message de l’actuel CEO est aujourd’hui relayé par 62 employés, sur un espace de 2.600 mètres carrés ! Expropriée de la rue de l’Industrie en 1988 et réinstallée sur l’avenue des Arts, la librairie Filigranes s’est agrandie progressivement en occupant désormais les numéros 39 à 42. En faisant aussi des petits : à Uccle (Petit Filigranes, parvis St Pierre) et à Ixelles (Filigranes Corner, avenue Lepoutre), sans oublier l’ouverture d’un Filigranes à Megève en 2011 ou le rachat de la librairie Corman à Knokke (Corman by Filigranes) en 2012.
Comment ce fils d’immigrés juifs (Philipsohn sera transformé en Filipson), investi depuis tout jeune dans la communauté juive bruxelloise, en est arrivé là ? « Je ne serais certainement pas ce que je suis sans avoir connu Charles Knoblauch et David Susskind », aime-t-il répéter. « Grâce à la Colonie Amitié, j’ai appris à gérer une équipe et je me suis fait des amis. Mon diplôme d’enseignant a fait le reste. Mon plaisir a toujours été de partager ».
Marc Filipson, c’est vrai, est de toutes les associations et leur apporte une aide précieuse lors des soirées caritatives qu’il organise chaque fin d’année à Filigranes, reversant 25% de la recette aux œuvres mises à l’honneur. Une bienveillance que lui a probablement transmise sa mère, Nelly Filipson, décédée en 2012 et qui présidait la Ferme Nos Pilifs, entreprise de travail adapté occupant 140 personnes handicapées.
« Ma force ? La différence », assure celui qui peut se targuer aujourd’hui de quelque 180.000 références en magasin, quand la plus grande librairie française Mollat en compte 130.000.
Le livre a un avenir»
Avec pour maitres mots, « l’accueil, la convivialité, le choix et le conseil », Marc Filipson n’a jamais caché ses origines juives. Outre les « Joyeux Chrisnoucca » annoncés partout dans le magasin en ces périodes de fêtes, le lecteur, dès l’entrée, sera assailli de livres traitant du judaïsme et d’Israël, mais aussi de la Shoah, d’Hitler, et de tous les autres. « Cela fait partie de notre histoire et ce sont des bouquins qui se vendent », reconnait l’intéressé qui dit volontairement jouer sur la provocation et la mise en avant, « critique, sans donner la parole aux révisionnistes », insiste-t-il. « J’ai du Céline bien sûr parce que je suis tout de même libraire ! Comme je vends Alexandre Jardin qui parle de son grand-père collabo ».
Ouvert 365 jours par an, 7 jours sur 7, pour répondre à la demande des bureaux, des ambassades et des ministères établis dans le quartier, mais aussi des nombreux fidèles, Filigranes et Filipson ne comptent pas en rester là. Si le projet ne semble pas se concrétiser en Israël, « faute de subsides accordés par l’Etat », la piste d’un partenariat à Miami (Mitchell Kaplan) semble elle en bonne voie. « Le livre a un avenir », affirme Marc Filipson, « dans les lieux qui vivent, partagent et donnent, favorisant la rencontre et le lien social ».
Au beau milieu des livres, la librairie Filigranes proposait déjà petite restauration et piano-bar, lecture de contes pour enfants, rencontres d’auteurs quotidiennes et séances de dédicaces. Elle s’enrichit d’un bar à caviar, boulettes et champagne (dès janvier) et d’un cellier, d’un podium qui pourra accueillir showcases et déclamations, avec une dizaine de nouveaux « corners » consacrés aux gadgets italiens, papeterie anglaise, relais châteaux, produits bio et autres délicatesses. La littérature et les sciences humaines occupent désormais 900 mètres carrés, l’international (références en cinq langues) 400, sans compter l’agrandissement des Beaux-Arts/Vie pratique, tandis qu’en plus du rayon Jeunesse, le coin BD accueille des jeux de plateau à tester… Un rayon scolaire est déjà annoncé pour la rentrée 2014.
« Un concept store et plus encore », sourit le maitre des lieux qui voit toujours plus loin : « Mon rêve serait d’être racheté par un grand groupe du genre LVMH pour développer de nouveaux projets dans le monde… », déclare-t-il. « En plus de notre journal Filiber qui recense les choix de nos libraires, nous avons relancé les éditions Filipson avec Charles Cachelou aux commandes. Filigranes est devenue une vraie marque, à Paris, Londres ou New York. A 30 ans, nous sommes arrivés à l’âge de la maturité ».
Avenue des Art 39-42, 1040 Bruxelles (entre la rue de la Loi et la rue Belliard). Tél. 02/511.90.15 – www.filigranes.be
Depuis le 15 novembre 2013, Filigranes est officiellement Fournisseur Breveté de la Cour Royale de Belgique.
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