Marginale, la Bar/Bat-Mitzva laïque ?

Lors de la cérémonie de clôture de l’Année de judaïsme pour les Bnei-Mitzva du CCLJ organisée dans l’auditorium plein à craquer du Centre culturel d’Auderghem, 17 filles et garçons ont célébré dans la joie cette étape importante du judaïsme. Cérémonie atypique, elle a surtout le mérite de refléter ce qui caractérise les Juifs dans le monde : la fidélité à une mémoire historique juive et la quête d’un idéal universaliste.

Depuis que le Centre communautaire laïque juif (CCLJ) organise l’Année de judaïsme pour les Bnei-Mitzva, les remarques désobligeantes et les railleries fusent. On reproche au CCLJ et aux Juifs laïques d’avoir l’outrecuidance d’entrer dans le pré carré de la religion et de se substituer aux rabbins en les copiant grossièrement sans jamais pour autant les égaler. D’autres y voient même une mascarade païenne, un « truc de goy » sans aucun lien avec le judaïsme.

Si tout cela était vrai, il faut admettre que cette Bar-Mitzva laïque n’aurait pas fait long feu, faute de candidats. Or, chaque année le succès est au rendez-vous. Depuis un certain temps, en moyenne, une quinzaine d’enfants viennent au CCLJ pour suivre ce programme. Il serait éclairant, en guise de comparaison, de voir combien de Bar-Mitzva et de Bat-Mitzva sont célébrées dans les synagogues bruxelloises. Ces dernières ne font pas mieux.

Pour comprendre le succès de la Bar-Mitzva laïque, il suffit simplement d’assister à la cérémonie de clôture. On y voit des familles heureuses de fêter leurs enfants. Jusqu’ici, rien d’exceptionnel. L’ingrédient supplémentaire qui donne à cette cérémonie toute sa saveur est ailleurs. C’est dans le contenu qu’il se trouve. Sans outrance ni fierté déplacée, les enfants ont l’occasion d’exprimer leur conscience d’appartenance au peuple juif. Ils le font avec leurs mots et en évoquant notamment le destin riche d’expériences et de diversité de leur famille.

Les Bnei-Mitzva ne négligent pas non plus le formidable patrimoine du judaïsme, leur patrimoine. Contrairement à ce que font encore à la synagogue de nombreux garçons de 13 ans, ils ne récitent pas sans comprendre la Paracha (section de la Torah) de la semaine. Ils l’étudient, l’analysent pour établir des analogies avec des problématiques contemporaines. Ce qui leur permet de montrer à quel point ils sont attachés aux valeurs universelles des droits de l’homme. Qu’on se rassure, ce n’est pas un concours d’éloquence du Jeune barreau, mais on sent malgré tout que ces enfants de 12 et 13 ans sont des têtes bien faites. Ils ont des choses à nous dire et même à nous apprendre. A travers eux, on est amené à voir le monde de manière plus ouverte et plus respectueuse de l’autre. Comme s’ils comprenaient mieux que les adultes que les identités sont plurielles.

Enfin, cette cérémonie n’était pas un rassemblement de disciples d’une secte. Des enfants issus d’écoles et de mouvements de jeunesse différents y participaient. Les uns venaient d’une école juive, les autres d’une école non confessionnelle. Certains fréquentent la JJL (Jeunesse juive laïque), d’autres le Dror ou l’Hanoah Hatzioni. Et contrairement à ce qu’on peut penser dans certains milieux juifs, cette Année de judaïsme pour les Bnei-Mitzva n’est pas qu’un programme destiné aux enfants de couples mixtes. Des familles halakhiquement juives y ont inscrit leurs enfants alors que les synagogues orthodoxes les auraient accueillies à bras ouvert. C’est un signe important qui montre bien qu’on est face à une évolution importante de la manière d’être juif aujourd’hui.

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