Mais pourquoi tant de gens, Juifs ou non, entrent-ils en transes dès qu’on évoque une sexualité qu’ils ne pratiquent même pas ?
« Quoi, quoi, les homosexuels ? s’exclamera le Juif normal, blanc et hétéro, « on a de ça chez nous ? » Naaan, on caricature. Depuis que Tel Aviv a conquis –sans grands combats- le titre de « capitale gay du Moyen Orient », tout Juif normalement constitué sait bien que oui.
Ce qui ne veut pas dire que tout le monde apprécie cet état de fait. Surtout du côté des autorités religieuses. Ainsi, avant ses petits soucis littéraires, le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim avait-il commis un opuscule pour s’opposer avec vigueur au « mariage pour tous ».
Tout comme le Président du Consistoire français, Joël Mergui, qui estimait que ce mariage « portait atteinte au modèle naturel de la famille » Et bien qu’il s’exprime le moins possible sur la question, le Grand Rabbin de Bruxelles, Albert Guigui pense certainement de même.
De même que toutes les grandes religions, catholique, musulmane, orthodoxe, protestante, bouddhistes, toutes vent debout pour défendre le mariage hétérosexuel, seul à même de produire de nouvelles générations de fidèles.
En ce domaine, elles reprennent toutes la Torah : « Dieu dit à Adam et Eve : « soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la ». Et condamnent donc les sexualités qui ne passent pas par le « vase naturel ».
Et d’abord l’homosexualité. Les personnes cultivées (et quel Juif ne l’est pas ?) songent immédiatement à Sodome et Gomorrhe, que Dieu détruisit par le feu et le soufre parce que ses habitants, hommes et femmes forniquaient chacun de leur côté.
Sauf que pas du tout. Il s’agit là d’une interprétation de certains sages de l’Eglise, dont on se demande d’ailleurs bien de quoi ils se mêlaient. (On pourrait aussi s’étonner de voir les religions d’aujourd’hui se mêler du mariage civil mais soit, on est en démocratie)
En réalité, Dieu était colère parce que ces villes violaient Ses lois sur l’hospitalité, la charité et quelques autres. Voir le Prophète Ezéchiel : « Voici quel fut le crime de Sodome : orgueil, voracité, présomption et insouciance » (Ez. XVI, 49-50). Sexe ? Pas un mot.
Ce qui ne change rien quant au fond. Une relation sexuelle entre deux hommes est une horreur, comme l’affirme à plusieurs reprises le Lévitique : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination » (Lév 18:22).
Si déjà, puisqu’on se vautre dans ces horreurs, il faut noter que les rabbins ne s’émeuvent guère des relations lesbiennes. Des petits jeux entre femmes, certes interdits, mais qui ne deviennent condamnables que si l’épouse refuse à son mari l’exercice de ses droits légitimes.
Pourquoi refuser à d’autres ce qui ne vous concerne en rien ?
Ce qui n’empêche pas chaque religion monothéiste de compter des franges plus ouvertes aux réalités de la vie. Chez les protestants, l’Eglise nationale danoise qui marie les homos, les Anglicans qui en débattent, etc.
De même, quelques imams manifestent leur ouverture sur le sujet. Et chez les Juifs, les courants libéraux et massorti ont intégré les gays depuis belle lurette, rabbins homos y compris.
Et il faut reconnaître que même les rabbins orthodoxes font, en théorie, une claire distinction entre les actes et l’homme. Les premiers sont interdits et celui qui les pratique est considéré comme un malade mais il n’est pas pour autant exclu de la communauté.
Ainsi, le mouvement Habad-Loubavitch, peu renommé pour son ouverture d’esprit, explique-t-il qu’il ne fait pas juger ou condamner une personne « qui perd une bataille contre le pêché » : « La place d’un Juif est au sein d’une communauté juive.
Il n’y a pas de formulaires d’inscription ni de qualifications requises. Un Juif est juif et sa place est là, point. Nous avons tous nos épreuves, nos faiblesses, nos sentiments… et aussi nos échecs dans la bataille… et avec tout cela, nous sommes une communauté de Juifs».*
Ce n’est peut être pas grand-chose mais pour un Juif croyant et gay, c’est tout de même quelque chose. Ceci dit, revenons-en à notre Juif normal. Qu’en pense-t-il, lui ? La réponse est évidente sinon précise : cela dépend.
En France par exemple, où la communauté juive des plus conservatrice, la majorité est contre. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. Et chez nous ? A priori, la plus grande partie de notre communauté varie entre indifférence et soutien. Comme le reste de la population
C’est que, on a plaisir à le rappeler à nos voisins français, la situation de nos homosexuels est bien meilleure que chez eux. Droit au mariage, à l’adoption ou à la procréation médicalement assistée (PMA) existent en Belgique depuis belle lurette.
Qu’une poignée d’abrutis haineux commettent des agressions ou même des meurtres contre les gays n’y change rien. Pas plus que les discours virulents de l’archevêque Léonard, principale autorité catholique du pays.
Parenthèse : on regrette que les Femen, pour qui on a en général de la sympathie, aient cru devoir agresser ce prélat lors d’une conférence qui se tenait à l’ULB ce 23 avril. La libre parole dans un débat s’applique à tout le monde et d’abord à ceux qu’on combat.
Avec tout cela, on n’a toujours pas bien compris pourquoi les antis mariage gay hurlent de la sorte. Les homosexuels existent, nombre d’entre eux vivent en couple, d’aucuns ont des enfants. Reconnaitre cette réalité ne change rien à celle des partisans du mariage traditionnel.
Est-ce que les gays les empêchent de convoler à leur guise et de se reproduire autant qu’ils le désirent ? Non ? Alors, pourquoi ces gens s’arrogent-ils le droit de refuser à d’autres ce qui ne les concerne en rien ?
Ce site a déjà évoqué souvent la question du droit à l’égalité des gays. A lire, entre autres : « Rivon Krygier : Judaïsme et homosexualité : L’équation impossible ? » (http://www.cclj.be/article/1/3776)
A toutes fins utiles, les sites de deux associations homosexuelles.
En Belgique : « Tels quels » (http://www.telsquels.be/cms/) Et en France : Beit Havérim » (http://www.beit-haverim.com/)
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