Après Toi, Cécile Kovalsky, un premier roman doublement primé, Marianne Sluszny* nous emporte à nouveau dans une saga familiale qui nous promène à travers l’Europe et l’Histoire du 20esiècle. Elle viendra nous présenter Le frère du pendu (éd. de La Différence) le 1erfévrier 2012 à 20h30 au CCLJ.
Thomas, jeune cinéaste, est inspiré par le personnage de Meier, éternel exilé, révolté par la pendaison de son frère Saul, car il a reconnu en lui un humaniste, un mensch. Vous avez choisi le ressort du cinéma pour mettre en scène cette histoire, pour quelle raison ?
Effectivement, je connais un peu les techniques de l’image, puisque j’ai fait une longue série de portraits télévisuels d’artistes (la plupart des écrivains !). J’aime particulièrement les étapes de la scénarisation et du montage et j’ai voulu m’emparer de ces outils pour faire avancer mon récit. Bien ou mal, je pense que mon roman est « monté ». J’ai aussi choisi le personnage de Thomas, confronté à l’écriture d’un scénario puis à la réalisation d’un film, parce qu’il passe par toutes les humeurs contradictoires de celui qui s’immerge dans une tentative de création. Avec Thomas, j’ai voulu surtout introduire un personnage qui puisse être l’héritier philosophique de Meier. Le cinéaste est sensible à l’Histoire, à tous les évènements que Meier a traversés dans sa longue vie, à ses idéaux, ses engagements, ses combats et à son humanité. Et on peut penser que si Meier avait vécu aujourd’hui, il serait, comme Thomas, révolté, indigné par toutes les injustices de notre « vilain » monde.
On a l’impression que ce deuxième roman s’enroule autour du « mentir vrai », comme Toi, Cécile Kovalsky. Il nous fait avancer dans un certain flou, mais comme dans la vraie vie, les souvenirs se transforment avec le temps et selon les personnes qui les évoquent.
Oui, j’aime beaucoup cette expression d’Aragon, « le mentir vrai ». Je crois que c’est ce qui caractérise le travail du romancier qui tente de faire revivre des personnages qui ont vécu et qu’il a peut-être connus. Après deux ou trois générations, que sait-on de tout à fait précis sur nos aïeux ? Nos éventuels souvenirs, ce qu’on nous a raconté, de première ou de deuxième main (avec cette spécificité que le conteur/témoin raconte toujours un peu autrement l’histoire), nos ressorts et projections intimes ? Ce qui importe, c’est d’être en phase avec eux et ainsi de leur rendre une sorte d’hommage.
Comment ce roman vous permet-il de vous situer dans cette famille singulière. Joue-t-il un rôle thérapeutique ?
Le nier serait une dénégation ! Je crois cependant que ce n’est pas mon objectif. Si effet thérapeutique il y a, je ne pense pas (en ce qui me concerne) qu’il provient de la fouille de l’écriture, mais du fait de transformer la donne « par le haut ». Il me semble très important aussi d’aboutir dans une démarche qui a du sens pour moi, parce qu’elle me situe en résistance (je sais, c’est prétentieux) par rapport au monde duquel nous avons hérité.
Votre famille paraît être une source inépuisable d’inspiration, pensez-vous en avoir fait le tour ? Ou d’autres personnages vous attendent-ils déjà ?
Je pense que toute famille est une source inépuisable d’inspiration et qu’on n’en fait jamais le tour ! C’est vrai qu’il y a un petit côté saga dans mon travail littéraire et qu’une trilogie de deux livres, cela ne fonctionne pas. Je voudrais certes aborder d’autres pans de l’histoire de la famille Kovalsky, écrire le roman d’un héritier et non pas d’un aïeul (Meir) ou d’un contemporain (Cécile). Je voudrais faire partir une jeune femme (car j’ai éprouvé des difficultés à m’« incarner » dans deux hommes, Thomas et Meier dans Le frère du pendu) en Israël et en Palestine, sous la forme d’une journaliste ou d’une travailleuse humanitaire. C’est encore un peu flou.
* Marianne Sluszny vit et travaille à Bruxelles depuis plus de vingt-cinq ans à la RTBF comme productrice d’émissions et de documentaires culturels. Elle est professeur de philosophie à l’Institut national supérieur des arts visuels de la Cambre après avoir enseigné à l’Institut national supérieur des arts de la scène (INSAS).
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