Marine Le Pen, ce n’est pas Fini. Pas encore ?

Pour l’instant, la popularité de la Chef du Front national est nettement moindre dans la communauté juive qu’au niveau national. Mais Marine Le Pen semble décidée à séduire l’électorat juif. Jusqu’où est-elle prête à aller pour cela? 

Il y avait déjà des Juifs qui votaient Jean-Marie Le Pen. Une poignée. Des « bon Juifs », que l’homme du « détail »  rangeait dans la naphtaline à côté de ses Arabes, Noirs, résistants, etc. de service. Toujours utile, entre deux discours antisémites et négationnistes. 

Marine Le Pen, c’est déjà autre chose : un nombre non négligeable de Juifs français envisagent de voter pour elle. Nettement moins que les 17 % d’électeurs français séduits par elle. Mais tout de même autour de 5 %.  Enfin, pour autant qu’on puisse le calculer*…

Leur raison principale ? La peur de l’Arabe, du musulman. Mais pour la grande majorité des Juifs, « Marine » reste la fille de son père, la dirigeante d’un parti de collabos, de chrétiens intégristes, d’antisémites, d’antisionistes…

Sauf que -à titre personnel en tout cas- la présidente du FN se démarque sans ambiguïté de tout cela : « Ce qui s’est passé dans les camps est le summum de la barbarie. Et, croyez-moi, cette barbarie, je l’ai bien en mémoire », disait-elle en février 2011.

Une manœuvre afin de « dé-diaboliser » son parti (ce qui reste préalable indispensable à une participation au pouvoir) ? Ou, comme les leaders de tant de partis populistes européens « postfascistes », n’est-elle tout simplement pas antisémite, l’ennemi étant à leurs yeux ailleurs ?

En tout cas,  la nouvelle présidente fait aussi le ménage dans son parti : exclusion immédiate d’un ou de deux pitres faisant le salut hitlérien en public. Mise au placard des antisémites ou des antisionistes trop affirmés.

Lutte contre « l’entrisme » de groupuscules néo-nazis et enfin, mise au pas de la très révisionniste fédération Rhône-Alpes. Cà tombe bien, c’est le fief de son principal adversaire dans le parti,  Bruno Gollnisch, lui-même condamné pour négationnisme.

En même temps, quelques-uns de ses proches tentent de nouer des contacts avec la communauté. Message : « Le Front a changé ». Pour cela, ils peuvent mettre en avant au moins deux dirigeants du parti : Louis Aliot (qui est aussi le compagnon de « Marine ») et David Rachline.  

Ils ont tous deux des origines juives. Mais surtout, ils brandissent le soutien de leur patronne à l’Etat juif : Mme Le Pen fait partie de la « Délégation pour les relations avec Israël » du Parlement européen. ,

Elle accorde sans rechigner des interviews à n’importe quel journal israélien. Et elle aussi saisit toutes les opportunités possibles pour faire savoir que « Lui, (mon père), c’est lui; et moi, c’est moi ». Son but -elle ne s’en cache pas : être officiellement invitée à visiter le pays.

Une « bonne amie » d’Israël ?

Marine Le Pen à Yad Vashem ? Ce serait étrange mais pas plus que la présence du dirigeant d’un autre parti fasciste pur et dur après qu’il ait radicalement modifié ses idées : l’italien Gianfranco Fini.

En 1992 encore, chef du Mouvement Social Italien (MSI), organisation composée de nostalgiques du fascisme, Fini déclarait : « Mussolini a été le plus grand homme d’Etat du siècle ». Trois ans plus tard, il « recentre » son parti et le rebaptise « Alliance nationale ».

Et, en 2002, il affirme que le fascisme fut « le mal absolu » du 20e siècle, provoquant au passage le départ des derniers fascistes présents dans son parti, dont Alessandra Mussolini, la propre petite-fille du dictateur.

Après quoi, Fini, kippa sur la tête, se rend à Yad Vashem, puis est reçu par Ariel Sharon, alors Premier ministre, qui le proclame « bon ami d’Israël ». Depuis lors, Gianfranco Fini soutient sans faiblir la politique des gouvernements israéliens.

Par ailleurs, il a occupé de nombreux postes ministériels. Il  est en ce moment le président de la Chambre des députés et rien ne lui interdit de devenir président du Conseil de son pays un de ces jours…

Marine Le Pen, qui rêve sans nul doute d’un parcours politique similaire, est-elle prête à bousculer à ce point son parti et son électorat ? Peut-être, mais pas tout de suite. Il y a d’abord la présidentielle de 2012 où il lui faut absolument réaliser un score honorable.

Après quoi, elle devra parachever sa conquête de l’appareil du FN. Et, pour le dire avec cynisme, attendre que son père disparaisse. A ce moment-là, il est probable que « Marine » sera tout à fait ravie de devenir, elle aussi, une « bonne amie » du peuple juif…

*On ignore le nombre exact de Juifs français. Il tournerait autour de 600.000 âmes. Si on ôte les non-votants, 5 %, cela ferait dans les 20.000 personnes…

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