Difficile de savoir où la Chef du Front National se situe vraiment par rapport au nazisme et à l’antisémitisme. Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, qui s’exprime dans Libération* , elle est toujours dans la lignée de son père. Elle, elle s’en défend avec énergie.
« Le 27 janvier est la journée commémorant la libération, en 1945, du camp d’extermination d’Auschwitz. La semaine dernière, Marine Le Pen, bien loin de la séduction qu’elle tente d’exercer à l’endroit de la communauté juive française, ne se recueillait pas sur la mémoire des victimes de la Shoah (…)
Elle virevoltait à Vienne dans un bal organisé par une corporation d’extrême droite qui a la sympathique particularité d’être fermée aux Juifs et aux femmes. (…) Et, quelques heures après l’éclatement du scandale, Jean Marie Le Pen expliquait que ce bal, c’était « Strauss sans Kahn » (…)
Depuis plusieurs mois, avec une complaisance médiatique dont ne bénéficia guère son père, Marine Le Pen se démenait comme une diablesse pour laver son parti des tenaces accusations d’antisémitisme.
Tentatives il est vrai grossières quand on regarde son entourage politique et professionnel, composé d’individus à l’antisémitisme avéré. Par exemple, Frédéric Chatillon, son communicant, est un ancien employé d’une librairie négationniste.
Admirateur de Mussolini, c’est un fervent soutien de Bachar El-Assad qu’il estime injustement déstabilisé par le « lobby sioniste ». Ou, Emmanuel Leroy, qui participe activement à la rédaction de ses discours.
En 2007, il s’est rendu au « White Forum » à Moscou, qui réunissait des pro-Aryens, des néo-nazis ainsi qu’un ancien chef du Ku Klux Klan. Marine Le Pen montre aussi une grande difficulté à dénoncer le génocide dont furent victimes les Juifs, cherchant à donner l’impression de condamner, mais sans jamais nommer les choses.
Et, à l’issue de son premier meeting de campagne à Metz, le 11 décembre 2011, elle fit siffler les noms de Georges-Marc Benamou et de Bernard Henri-Lévy, rangés dans la catégorie des « ennemis de la Patrie ».
La thématique du Juif ennemi de l’intérieur faisait bondir journalistes, politiques et intellectuels lorsque son père l’activait. Avec Marine Le Pen, comme en un long aveuglement volontaire, l’évènement fut rarement relevé et, à ma connaissance, pas une seule fois décrypté.
(…) Du FN du père à celui de la fille, se dédouaner de l’antisémitisme est donc une affaire purement stratégique. Et pour cause : le FN, malgré un relookage médiatique permis par le remplacement de Jean-Marie Le Pen par Marine Le Pen à sa tête, est un parti dont la matrice reste fondamentalement la haine raciste et antisémite.
Malgré tous ses efforts, Marine Le Pen, frappée par l’atavisme de la haine, sera toujours soumise aux mêmes maux que le Docteur Folamour. Ce personnage de Kubrick, ancien nazi qui peinait à empêcher son bras droit de faire le salut nazi, était un personnage comique. Madame Le Pen n’a pas réussi à retenir son bras. Et là, ça n’a plus rien de drôle… »
*http://www.liberation.fr/politiques/01012387547-bal-tragique-a-vienne-0-juif
Antisémite, elle ? Jamais ! En réaction aux remous suscités par ses valses viennoises, Marine Le Pen a multiplié les déclarations* apaisantes.
Dans le journal Le Parisien, après avoir qualifié le bal viennois de « simple évènement mondain », elle affirme « éprouver une aversion pour tous les totalitarismes » et précise : « Le nazisme fut une abomination. Il m’arrive de regretter de ne pas être née à cette période, pour avoir pu le combattre »
.Elle se distancie des propos de son père (une vieille habitude) et considère que tout ce bruit n’est qu’une une « manipulation politique pour détourner les Français des vraies questions de fond ».
Marine Le Pen s’irrite aussi de voir l’hitlérisme mis à toutes les sauces : « N’est-ce pas une manière de banaliser l’horreur nazie que de traiter tous les gens qui ne sont pas d’accord avec vous de nazis en toute circonstances ?
N’est-ce pas une banalisation du nazisme que d’assimiler Marine Le Pen, élue, honnête, mère de famille, à Hitler ? N’est-ce pas une banalisation du nazisme quand le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) fait une affiche de M. Sarkozy avec le bras tendu, où il était marqué “jusqu’où va-t-il aller ? »
*http://www.slate.fr/france/49459/marine-le-pen-contre-nazisme
Sur le sujet, lire aussi : « Marine Le Pen, ce n’est pas Fini. Pas encore ? » http://www.cclj.be/article/3/2531
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