Rédactrice en chef à Marianne et grand reporter couvrant le Maghreb et le Moyen-Orient, auteure de nombreux essais sur l’islam et l’intégrisme, Martine Gozlan vient de publierIsraël contre Israël. L’autre menace(éd. l’Archipel), dans lequel elle décrit les divisions internes israéliennes qui risquent de miner l’existence de l’Etat juif. Elle présentera son livre au CCLJ le 22 février 2013 à 20h30.
Pourquoi avez-vous choisi d’évoquerles déchirures profondes de la société israélienne ? J’ai écrit ce livre à la suite d’un débat public particulièrement violent, à Paris, en février 2012, qui m’a confrontée à l’hallucination collective d’une frange de la communauté juive. Cette rencontre houleuse m’a renvoyée en deux heures à toutes les fractures d’Israël et de l’histoire juive. Certains Juifs ont besoin de s’accrocher au rêve d’un Israël mythique qui ne correspond absolument pas à la réalité. S’ils se rendaient en Israël, ils ne supporteraient pas une seconde un journal télévisé, ni la lecture de la presse écrite, de gauche ou de droite. Même quand ils viennent en Israël, ils continuent à se cacher la réalité. Et lorsqu’on leur parle de fractures et de divisions importantes au sein du peuple juif, ils se mettent à hurler, alors que cela fait partie de notre histoire depuis l’Antiquité. C’est en observant ce fantasme diasporique français d’une société israélienne sans division, d’un sionisme qui ne soit pas marqué par de profondes divergences idéologiques que j’ai décidé d’écrire ce livre.
Comment expliquez-vous que ces Juifs de diaspora refusent obsessionnellement le réel ? Ils ont besoin de rêver d’un Israël idéal. Ce fantasme les empêche de comprendre qu’un Juif peut soutenir Israël de tout son cœur et regarder en face la réalité de ce pays. Ce qui est le cas des plus grands écrivains israéliens comme Amos Oz, Avram Yehoshoua et David Grossman ! Ce qui est aussi mon cas : j’aime Israël, où j’ai effectué depuis trente ans d’innombrables voyages et reportages, et je partage le destin de ce pays autant que mes adversaires. Mais ils confondent le soutien à Israël avec le refus du réel.
Ne pensez-vous pas au contraire que la Diaspora française ressemble à la majorité des Israéliens ? Je ne pense pas. L’opinion publique israélienne, quelles que soient ses préférences politiques, ne nie pas la réalité. Or certains Juifs ne ressemblent même pas aux Israéliens qu’ils soutiennent. Les Israéliens, eux, reconnaissent l’affrontement. Il n’existe aucune complémentarité entre un rabbin affirmant que la candidature d’une femme à la Knesset est indécente et un nombre considérable d’Israéliens laïques pour qui Israël se doit d’être une démocratie moderne. Ces deux segments se combattent quotidiennement pendant que, loin d’Israël, à Paris ou ailleurs en Europe, on nous chante l’ode à un Israël multiforme et uni où la coexistence fonctionne formidablement bien. C’est faux, car cette coexistence est difficile et âpre. Il suffit de voir comment des Juifs ultra-orthodoxes ont agressé en décembre 2011 à Beit Shemesh une fillette de 11 ans qui portait une jupe jugée trop courte ! Cette agression a suscité des violences entre religieux et laïques. La coexistence harmonieuse n’est qu’une légende.
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