La distribution de masques à gaz en Israël vient de prendre fin et 60% seulement des Israéliens en ont reçu un. Rien n’est prévu pour les autres -2,5 millions de personnes tout de même. Ni pour les touristes…
Depuis le massacre aux armes chimiques de ce 21 aout, très probablement commis par le gouvernement syrien contre les habitants d’un quartier de Damas (entre 600 et 1.500 morts), les Israéliens se sont rués sur vers les centres de distribution de masques à gaz.
Ils s’attendaient à une riposte occidentale et craignaient que les Syriens ne s’en vengent en les attaquant à leur tour. En théorie, tout y était prévu pour les accueillir.
Depuis la 1ère guerre d’Irak (1991), quand Saddam Hussein avait lancé sur Israël une volée de missiles « Scud » qui auraient pu contenir un gaz mortel, ses dirigeants gouvernements prennent très au sérieux la protection des populations.
Ainsi, le 1er gouvernement Netanyahou avait-il annoncé en janvier 2010 que toute la population serait équipée de masque à gaz avant la fin 2013. Les documents pour retirer les kits de protection dans les bureaux de poste avaient été distribués peu après
A l’époque, faute de menaces précises, les Israéliens ne s’étaient pas précipités… jusqu’à ces derniers jours. Du coup, fatalement, la durée des files d’attentes a atteint plusieurs heures, vécues avec plus ou moins de calme.
C’est qu’il fallait vérifier l’âge de chacun (plus, le cas échéant, ceux des membres de sa famille) et s’il avait bien ramené l’ancien kit. Parfois, aussi, surtout à Jérusalem, se sont produites des interventions plus ou moins folkloriques des ultra-orthodoxes.
Car ceux-ci, loin de se fier à la seule protection divine, ont été aussi prompts que les autres Israéliens à réclamer leur kit de cet Etat qu’ils maudissent quotidiennement. Certains exigeant de surcroit des files séparées et des distributions selon le sexe.
Ils auraient sinon couru le danger sinon de devoir regarder voire parler à une soldate. Sans compter le risque terrifiant qu’elle les touchent en leur expliquant comment passer le masque…
Mieux –ou pire – comme qu’il n’existait qu’un nombre limité de masque à gaz pour les porteurs de barbe et tous réservés aux gens âgés ou souffrants, les mêmes ont réclamé de cette armée dans laquelle ils refusent de servir qu’elle fabrique en urgence des masques à leur propre usage…
Broutilles en vérité à côté de ce vrai problème : le député Zeev Bielsky du parti Kadima (opposition) vient de révéler que 60% des Israéliens seulement possédaient un masque à gaz. Les autres, entre 2,5 et 3 millions de gens n’en avaient pas. Et n’en recevraient pas dans un futur proche.
Cela parce que le gouvernement n’avait pas fourni aux deux usines concernées les 250 millions € nécessaires à leur fabrication et que, même s’il le faisait immédiatement, les masques ne seraient pas prêts avant 18 mois.
Et les touristes ?
Qui plus est, pour l’heure, le Ministère des Finances et celui de la Défense se disputent pour savoir qui aurait dû (et devra) payer. De son côté, le Shass (opposition) affirme, lui, que Yaïr Lapid, le chef du Trésor, a dans ses cartons le projet de fermer définitivement les deux usines…
Ceci dit, nombre de gens ont conservé les vieux kits dont les masques ont une durée de vie de 25 ans (15 pour ceux destinés aux enfants). Ceux de 1991 sont donc périmés mais pas ceux de la seconde guerre d’Irak de 2003…
Autres personnes dépourvues de masques : les touristes. L’an passé, ils étaient environ 300.000 à cette saison et sans doute un peu plus cette année, avec le Nouvel An juif qui tombe d’ici quelques jours.
Que se passerait-il pour eux en cas d’attaque ? Selon les autorités, si les sirènes d’alerte se déclenchaient, ils pourraient trouver asile dans les hôtels qui ont des « chambres étanches » prévues pour eux.
Des masques seraient aussi distribués dans les rues mais le mieux serait tout de même qu’ils foncent vers un parking souterrain… Ou alors qu’ils les achètent sur Internet où des Israéliens optimistes (ou très pessimistes) vendent les leurs entre 25 et 50 $…
Accessoirement, amis touristes, si vous vous en procurez, ne l’essayez pas pour vérifier s’il fonctionne bien. Les kits ne doivent pas être ouverts tant que les autorités n’en donnent pas l’ordre. Comprendre un peu d’hébreu serait donc bien aussi.
Tout cela donne une image de désordre et de manque de prévoyance du gouvernement. Pour une fois, ce n’est pourtant pas le cas. Concernant les touristes, il faudrait, outre des centaines de milliers de masques, une vaste et coûteuse bureaucratie pour les distribuer à bon escient.
Quant aux Israéliens, les autorités font le pari –raisonné- que, même en cas de frappes américaines, Damas ne ripostera pas en utilisant des armes chimiques contre l’Etat juif. Au pire, les Syriens et/ ou le Hezbollah bombarderaient-ils le Golan ou le nord du pays.
Un avis que partagent la plupart des experts pour qui Assad n’a plus les moyens d’une telle attaque. Le pourrait-il même qu’il ne se risquerait pas à ouvrir un nouveau front contre un ennemi aussi puissant qu’Israël.
De toute façon, entre les refus des uns, la défection des autres et les atermoiements des Etats-Unis, ce n’est pas demain (sauf énorme surprise) que la Syrie devrait subir les foudres des Occidentaux. Israéliens –et touristes- devraient donc passer les fêtes de Nouvel An en toute tranquillité.
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