Du 27 avril au 12 juin 2011, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, l’exposition Plasticités met à l’honneur l’œuvre de Maurice Frydman, artiste contemporain de renom, établi à Bruxelles.
Rétrospective des travaux récents de l’artiste, dont nous avions découvert l’univers, A fleur de peau,au Musée Juif de Belgique (2008), Plasticités présente cette fois au public l’importante donation de Maurice Frydman à la Communauté française de Belgique; une consécration pour cet artiste de réputation internationale dont les premières expositions bruxelloises remontent aux années 1960. Matrices et monotypes, pastels à huile et gouache, dessins et lavis sur le thème de la Shoah, et enfin une grande installation, construction en triangle, créée à l’aide de plastique étirable. Cette dernière œuvre, réalisée pour le temps de l’exposition, est emblématique de l’art de Frydman dont les travaux récents se définissent par des principes de plasticité, d’étirement, de tension, de rupture. Surfaces de plastique monumentales, associant matière et couleur, peinture et sculpture, tirées sur châssis formant diptyques ou triptyques ou encore élaborées en grands panneaux… « matrices » et « monotypes » de « Tension-torsion aux cent carrés »,
déclinant à l’infini des jeux de tension-torsion de la matière plastique inti-mement associée aux variations monochromatiques de la couleur.
Un art matriciel
Comme l’indique son titre Plasticités, l’exposition est centrée sur ces travaux sériels, nés des expériences de Maurice Frydman avec le plastique étirable. L’artiste commente :« Le principe de l’étirement est de porter le film plastique selon des techniques propres à une situation proche de la rupture. C’est un travail de tension, même si la rupture ne s’accomplit pas. La vie est criblée de tensions qui amènent beaucoup de ruptures ! ». Matériau industriel « pauvre » et déchet par excellence de la civilisation contemporaine, le plastique stratifié que Maurice Frydman étire et étale est en effet le matériau favori de son art « matriciel ». Du plastique, film transparent avec lequel depuis l’invention des supermarchés on emballe les comestibles ou les marchandises les plus diverses. L’artiste le tord, l’étire, le comprime, le plisse, l’associe à la peinture pour en faire une membrane, une peau extensible dont il sait révéler la richesse de texture, comparable à la peau ravinée et meurtrie d’un être humain sous la lumière. En effet, toute l’œuvre de Frydman est née de sa passion pour la représentation du corps humain et de sa surface, cette peau sur laquelle s’impriment les convulsions de l’histoire. L’artiste plasticien précise : « La peau raconte toute l’histoire d’un homme. C’est une mémoire de chair dont la surface recèle tous les souvenirs du corps. Rides et cicatrices s’y impriment à jamais ».
Mais le travail de l’artiste porte surtout sur l’étirement. Il étire la fine membrane de polyéthylène, joue sur sa flexibilité, sa capacité de se rétracter, pour lui associer ensuite le plissement. Comme l’écrit le critique d’art Pierre Sterckx : « Chez Frydman, le pli est devenu un rythme pur qui change de direction à chaque instant, ouvrant des champs visuels proches d’un bruissement musical ». Ces pliages métamorphosent le film plastique en membrane expressive. De plus, l’artiste intervient aussi durant le long processus d’étirage-pliage en couvrant ses surfaces de couleur : l’une colorée étant comprimée contre une autre plissée. Il élabore ainsi des œuvres composites associant moulages et empreintes aux modulations infinies qui naissent des jeux de la lumière sur les surfaces de ces membranes plastiques.
Bref, Maurice Frydman manifeste son pouvoir stupéfiant en transformant cette matière synthétique si « méprisable » et « dénuée de toute magie » en matériau de son art. Un art fascinant, tant pour ses effets décoratifs que pour la beauté indicible des formes qui naissent peu à peu de la pensée et des gestes de l’artiste. Des œuvres qu’il faut absolument voir, car la photographie ne parviendra jamais à restituer leur monumentalité, ni à saisir la magnificence, la force et l’émotion qu’elles ne cessent d’irradier.
Exposition
Plasticités
Donation Maurice Frydman
à la Communauté française de Belgique.
27 avril – 12 juin 2011
Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles
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