Maxime m’a tuer !

Je ne vais pas attendre la mort de Jean-Philippe Schreiber pour dire tout le bien que je pense de lui. Il m’y force en renversant la charge de l’attaque. Jusqu’à ses insinuations calomnieuses, notamment à l’égard de Maxime Steinberg, historien de la déportation des Juifs de Belgique, il me semble n’avoir jamais polémiqué avec lui. Que je sache encore, Regards n’a jamais hésité à le publier… Il me souvient même l’avoir jadis aidé en lui donnant les résultats de six mois de recherches sabbatiques en Israël sur l’immigration clandestine. Mais arrêtons là ces pleurnicheries d’une autre époque pour revenir à notre affaire.

A la lecture de son article (Le « Hold-up » du siècle : l’affaire des biens spoliés) paru dans Points critiques (hors-série, mars 2012), je comprends enfin les raisons qui ont poussé Maxime Steinberg à condamner sans appel les travaux de la Commission Buysse et pourquoi, compte tenu de ses calamiteux résultats, M. Schreiber n’en fut jamais félicité. Et l’étonnant, dans cette bien triste affaire, est que notre homme s’en offusque, non sans dénoncer, au passage, le véritable coupable, entendez David Susskind. L’attaque est d’autant plus choquante que l’ancien président du CCLJ n’est plus là pour se défendre, tout comme d’ailleurs Maxime Steinberg, une fois encore, égratigné par notre chevalier blanc.

Notre redresseur de morts n’aurait-il pas une mémoire un rien courte ? C’est bien lui, et non point Maxime Steinberg, qui nous y représenta ! Bref, on aura rarement lu confession aussi « point critique » à l’égard de soi. On croirait M. Schreiber d’autant plus volontiers s’il avait seulement démissionné d’une commission dont il fut l’une des chevilles ouvrières. Assurément, la démission n’a jamais été son fort. On se souviendra de sa participation, ici, aux Assises de l’interculturalité qui, proposèrent d’effacer, dans la loi anti-négationnisme la référence à la Shoah, là, au comité d’historiens Transit Mechelenqui entendait transformer le Musée juif de la déportation de Malines en Disneyland mémoriel. Comme le souligna à l’époque Maxime Steinberg, « Transit Mechelen prétend rem-placer un musée qui existe par un autre récit chronologique hautement discutable, et veut déconstruire la singularité historique du génocide juif. (…). Transit Mechelen a déjà fait son transit : il est “passé”, il compte pour mémoire ».

C’est cette bourde énorme, seule, qui explique pourquoi M. Schreiber ne sera pas pris dans l’équipe du nouveau Musée de Malines et, sans doute aussi, son animosité à l’égard d’un commandeur qui ne le prit jamais trop au sérieux. Je me souviens encore, comme si c’était hier, de l’immense fou rire de Maxime le jour où, à la suite d’une malencontreuse erreur d’aiguillage, il avait reçu, à une demi-heure près, deux courriels signés M. Schreiber, alors candidat PS aux sénatoriales. Le premier, résolument universaliste, était signé d’un beau Jean-Philippe et célébrait ses engagements citoyens, du Rwanda à l’Algérie, sans passer par la case Israël. Le second, communautariste, signé cette fois-ci Drori (son nom au Dror, mouvement de jeunesse sioniste) et qui, se terminant par un vibrant « cordial Shalom » (sic), assurait la communauté juive de son soutien à Israël.

Cette anecdote en soi n’a rien d’anodin. Au contraire de Maxime Steinberg, qui ne maitrisait que quatre langues de travail, Jean-Philippe/Drori doit son cursus honorumsans faute à sa parfaite connaissance des langues… politiques. Il manie aussi bien le MR que le PS ou l’humaniste, le communautarisme que l’universalisme, le sioniste que l’UPJBiste, sans oublier évidemment son exceptionnelle maîtrise du notable et, plus encore, du dialecte consistorial qui, seule, expliqua -comme me le confia alors Maxime Steinberg- sa nomination à la Commission Buysse. Non sans bénéfice. La Fondation de la Mémoire contemporaine, dont le directeur scientifique est M. Schreiber, n’est-elle pas financée tout à la fois par les pouvoirs publics et la Fondation du Judaïsme belge qu’il condamne par ailleurs ? C’est sûr, Jean-Philippe Schreiber finira par être nommé Baron et Drori Schreiber député du Parlement juif européen.

P.S. Je ne suis l’héritier de personne, sinon de Greta et Sam Kotek. C’est vrai que je dois beaucoup à Maxime Steinberg, sans être le moins du monde spécialiste de la Shoah en Belgique.   

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