A l’occasion de l’officialisation à Bruxelles de l’accord de coopération entre l’Institut Bordet et l’Hôpital Hadassah de Jérusalem en matière de recherche oncologique, le docteur Shimon Edwardson, membre de l’équipe de recherche génétique d’Hadassah, est venu présenter un programme de coopération trilatérale entre Hadassah, l’Hôpital des enfants Reine Fabiola et l’Hopital d’Hébron en matière de recherche sur l’autisme.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé à Bruxelles, le docteur Edwardson nous explique les contours de ce programme de recherche trilatéral.
Pourquoi participez-vous à ce type de programme de coopération trilatérale en matière d’autisme impliquant des Israéliens, des Belges et des Palestiniens ? Dr. Shimon Edwardson : Tout d’abord, d’un point de vue strictement médical, on peut se sentir frustré de ne pas pouvoir apporter les réponses adéquates aux familles ayant des enfants autistes. Ce type de coopération nous permettra d’accomplir des progrès importants en cernant mieux les causes de l’autisme et en découvrant les facteurs génétiques de cette pathologie. Ensuite, en tant que médecins, nous voulons tout simplement soigner des patients, quels qu’ils soient. Enfin, bien que cette coopération n’intervienne que d’un point de vue pratique entre individus et soit dépourvu de caractère politique, elle peut avoir des effets secondaires et influencer les responsables politiques. Quand on parle de mondialisation et de village planétaire, on oublie souvent que les Palestiniens sont nos voisins les plus proches. Or, on ne peut pas envisager aujourd’hui la médecine et la recherche sans la coopération. Et la coopération qui nous semble la plus évidente est celle qu’on entreprend avec son voisin. Même si les problèmes entre Israéliens et Palestiniens sont encore nombreux, chaque fois que nous, chercheurs d’Hadassah, avons l’occasion de coopérer avec des Palestiniens, nous nous efforçons de la saisir.
Si ce programme porte sur l’autisme, est-ce en raison du nombre particulièrement élevé d’enfants palestiniens atteints de cette maladie ? Sh. Edwardson : Quand on examine les statistiques à travers le monde, on s’aperçoit que le taux d’autisme est plutôt invariable. On suppose donc que le nombre d’enfants autistes en Palestine correspond à la moyenne mondiale. Malheureusement, nous ne disposons pas de chiffres pour les Territoires palestiniens où l’autisme est sous-évalué. Cela prend du temps avant qu’on diagnostique les enfants comme autistes et la plupart du temps, on établit un mauvais diagnostic en déclarant qu’ils soufrent d’une autre pathologie. On les assimile souvent à des retardés mentaux ou à des enfants souffrant de problèmes émotionnels. Un des buts de ce programme de coopération tripartite est de bénéficier du savoir-faire de l’Hôpital des enfants Reine Fabiola de Bruxelles afin que nous puissions former les médecins palestiniens pour les aider à mieux diagnostiquer l’autisme. Et ce n’est qu’ensuite qu’on pourra envisager l’aspect préventif et épidémiologique.
Comment réagissent les Palestiniens face à cette coopération scientifique et médicale ? Sh. Edwardson : Je n’ignore pas qu’il est difficile pour les responsables politiques palestiniens d’évoquer publiquement ce type de coopération en raison du contexte conflictuel. Même pour les médecins palestiniens avec lesquels nous travaillons, ce n’est pas facile. Ne serait-ce que pour passer de la Cisjordanie en Israël, ils sont confrontés à des difficultés administratives en vue d’obtenir un permis. C’est la raison pour laquelle, nous médecins et chercheurs israéliens, nous ne devons pas aborder cette coopération de manière paternaliste. Nous devons également faire en sorte que ces médecins palestiniens qui ont fait le choix de coopérer avec des Israéliens ne soient pas perçus comme des collaborateurs.
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