Médiocrités françaises en deux actes, le premier est télévisuel. Sur France 5, les téléspectateurs ont eu droit à une passe d’armes entre Frédéric Taddeï et Patrick Cohen. Tandis que le premier persiste à inviter tous les salauds de l’Hexagone (Nabe, Soral, Ramadan, Dieudonné, Bouteldja, j’en passe et des plus pitoyables), le second anime la matinale de France Inter. Le débat porte sur la responsabilité du journaliste à véhiculer, par une invitation sur un grand média, des théories extrémistes, négationnistes, conspirationnistes. En libertaire zinzin, Taddeï se cacha derrière la liberté d’expression et l’intelligence de son public. En journaliste responsable, Cohen pointa les conséquences ravageuses qu’ont les idées nauséabondes des invités de Taddeï sur l’ensemble national. Contre toute attente, c’est Taddeï qui l’emporta sur les réseaux sociaux. Le pays est pourri. Il préfère (dans l’émission « Ce Soir ou Jamais » présentée par Taddeï) l’opposition brutale des irréconciliables au débat raisonné retranscrivant les problèmes dans toute leur complexité… C’est que le peuple se sentirait brimé. Il voudrait que la parole se libère. Le refrain ressemble à la sempiternelle rengaine du Front National : dire tout haut ce que les Français penseraient tout bas. Ce que Taddeï, en salonnard désuet, ne veut ou ne peut pas dire sur une grande chaîne du service public (France 3 hier, France 2 désormais), il le fait prononcer par ses invités récurrents. Pour quel résultat ? Du clash et du buzz ! Riches vs pauvres. Vieux vs jeunes. Extrême droite vs extrême gauche. Et lorsqu’il est question d’Israël, intoxiqué par le conflit israélo-palestinien, « Ce Soir ou Jamais », oppose l’extrême droite juive aux partisans du Hamas. Finalement, Taddeï donne à la populace ce qu’elle veut voir : un cliché, celui de Juifs et d’Arabes qui s’entretuent… L’époque est à la simplification, au cliché, à la médiocrité. L’époque préfère partager les sketchs de Dieudonné…
Second épisode : un diner en ville. Sont présents plusieurs éditorialistes qui comptent, une auteure sous le feu des projecteurs, un journaliste du Monde diplomatique et moi-même. Bille en tête, celui qui signe dans le « Diplo » se lance dans une attaque contre tout et tous, dénonce un système qu’il trouve injuste, tacle les intellectuels faussaires qu’il soupçonne de tous les maux (le nom de Bernard-Henri Levy surgit comme un point Godwin moderne…). Vient ensuite le tour des hebdos. Il n’aime pas ceux qui y écrivent. Il n’aime pas ceux qui les dirigent, ni FOG, ni Barbier, ni Joffrin. Il n’aime pas les Etats-Unis. Il n’aime pas les Inrockuptibles ni Technikart. Il n’aime pas Israël, les Femen ni le fromage. Il n’aime rien, mais son contrisme ne semble tout de même pas aller jusqu’à détester l’appartement cossu dans lequel il dîne ainsi que les mets bourgeois qu’il ingurgite… Lorsque l’assistance le pousse dans ses retranchements, il ne voit qu’une pirouette pour se sortir du piège qu’il s’est lui-même tendu : « De toute façon, je ne lis pas les parutions de ceux que je critique ! » C’est cela la médiocrité française : un mélange d’ignorance, de petitesse et de mesquinerie.
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