Qui ne connaît Mel Gibson ? Bon acteur, pas mauvais cinéaste, « catho tradi » pur et dur. Et antisémite. Oh, allez, quoi, les Juifs voient des antisémites partout. P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non mais là, le doute ne semble pas permis.
Déjà le père, Hutton Gibson, faisait volontiers dans le négationnisme et fiston a commis une «Passion du Christ », dans laquelle ce sont les Juifs qui brutalisent, fouettent et crucifient en gros plan et en couleur (rouge) le pauvre Jésus sous l’œil indifférent des Romains.
Et en juillet 2006, arrêté pour ivresse au volant, Mel s’est répandu en injures dont la moindre était que « les juifs sont responsables de toutes les guerres du monde ». Bien, des antisémites. Voilà un point d’acquis. Et après ?
Après, Mel Gibson s’est excusé. Un nombre assez élevé de fois. C’en est même devenu un sujet de plaisanteries genre « Les 12 meilleures excuses de Mel » (Celle où il se demandait si tout cela n’était pas dû à une « sorte de ménopause mâle » a cassé la baraque)
Il a aussi invoqué son alcoolisme (il a fait une cure de désintoxication depuis), un abus de médicaments, un état dépressif grave et prolongé. Mais le fait est qu’il a admis « qu’il n’y a pas d’excuse pour quiconque exprime une remarque antisémite »
Ajoutant : « au fond de mon cœur, je ne suis pas antisémite. Toute haine est contraire à ma foi ». Est-ce que tout cela est sincère ? Ou, après tous les ennuis que lui a valus cette sortie, a-t-il, en bon acteur, fait son cinéma ?
Et qui sommes-nous pour en juger ? Et selon quel autre critère que notre intime conviction ? Passent quelques années et, voici que Mel Gibson annonce qu’il va réaliser un film sur les Maccabées.
Après avoir espéré un bref instant qu’il parlait de cadavres, les Juifs américains ont dû déchanter. Il pensait bel et bien aux héros qui se révoltèrent contre les Grecs Séleucides au IIe siècle avant notre ère. Ceux que l’on fête à Hanoukka ? Exactement.
Gibson va produire le film, le réaliser et jouera probablement dedans. Pas le rôle principal, celui de Judas Maccabée, celui de son père, Mattathias, Question d’âge. L’un ou l’autre, côté juif, les réactions ont été, hum, mitigées.
Cela allait de « C’est une blague ? » à « Judas Maccabee mérite mieux ».En passant par : « C’est comme demander à Bernard Madoff de diriger une banque » (Variante : « C’est comme demander à un type du Klu Klux Klan de jouer Martin Luther King »)
La censure est presque toujours mauvaise conseillère.
Bref, chauds, les Juifs ne sont pas. Il faut pourtant être cohérent. On refuse, à juste titre, le pardon –ou, en Belgique, l’amnistie- aux collaborateurs, inciviques et autres traîtres de la 2ème Guerre parce qu’ils refusent de reconnaître leurs erreurs et leurs crimes.
D’autre part, si on n’accepte pas les excuses lorsqu’elles sont présentées, à quoi bon en faire? Sans parler qu’à titre personnel, on considère que la censure est presque toujours mauvaise conseillère, surtout à priori.
Et, en plus, le vrai souci n’est peut-être pas l’antisémitisme de Mel Gibson. C’est le traitement qu’il risque de réserver à nos malheureux Maccabées. On connaît sa thématique favorite : un héros qui ne demande qu’à vivre en paix jusqu’à ce que les Méchants arrivent.
Ils le torturent avec délectation (En passant, ils violent aussi sa femme. Ou tuent un de ses enfants. Ou les deux) Légitimement excédé, Gibson se sent alors libre de déchainer sa propre violence, similaire à celle des salopards d’en face mais décuplée. Après il a honte mais le mal est fait et le pire, c’est qu’il a aimé ça.
Avec la révolte des Maccabées, Gibson sera en plein dans son scénario favori : les Juifs vivent tranquillement. Se ramènent les Grecs qui supplicient tous ceux qui refusent d’abandonner le judaïsme.
Exemple, le vieil Eléazar qui refuse de manger du porc. Ou la mère et ses sept enfants qui ne veulent pas abjurer. Puis la réaction : à Modi’in, Mattathias et ses fils massacrent un Juif qui s’apprête à sacrifier aux dieux grecs. S’ensuivent 25 ans de combats sans pitié.
S’il se laisse aller, Mel Gibson va nous faire un remake du célèbre film de Luc Besson, « Le grand rouge », il l’appellera. On pataugera dans le sang jusqu’à plus soif. Et on ne pourra pas l’accuser d’antisémitisme : ce sont les Hébreux qui gagnent à la fin…
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