Mélanie Decourt : Filles = Garçons

« 100% anti-sexiste », le slogan des éditions Talents hauts est sans détours et interpelle, même s’il ne fait pas encore l’unanimité. Mélanie Decourt a décidé de porter haut son message, et la littérature jeunesse qu’elle a choisie touche idéalement les principaux intéressés. Un combat à saluer contre les clichés.

 C’est l’histoire d’une femme qui refuse les idées préconçues, qui refuse d’être enfermée dans un carcan pour des raisons qui n’en sont pas. Historienne de formation, Mélanie Decourt était une militante féministe avant de se lancer en 2005 dans l’aventure des éditions Talents hauts. Après avoir présidé pendant deux ans l’association française Mix-Cité, mouvement mixte pour l’égalité des sexes, elle a choisi la littérature jeunesse pour poursuivre son combat.

« Il suffit de jeter un œil dans les rayons des libraires et les livres de nos enfants, les chiffres sont parlants : on y trouve deux fois moins d’héroïnes filles que de héros garçons, et dix fois moins quand il s’agit d’animaux », relève Mélanie Decourt. « Le sexisme est loin d’avoir disparu de la littérature jeunesse comme du reste de la société, il y est même de plus en plus présent. C’est en dressant ce constat que nous avons décidé avec Laurence Faron de lancer les éditions Talents hauts ».

Si les hommes se livrent à d’innombrables métiers, souvent à l’extérieur du domicile, en devant faire preuve de courage, d’esprit d’entreprise et d’initiative, les femmes continuent pour leur part à être représentées au foyer, s’adonnant aux tâches domestiques, le plus souvent avec un tablier, « alors que dans la société européenne actuelle, elles travaillent à 80%, y compris lorsqu’elles sont mères ! », s’insurge Mélanie Decourt. « La littérature jeunesse a un poids d’autant plus important qu’elle s’adresse à des cerveaux en formation, d’autant plus perméables à ce qu’ils lisent. Les albums sont lus par un adulte de référence, le parent ou le professeur, qui fait autorité et le message s’en trouve décuplé ».
 
Hors des sentiers battus
Les éditions Talents hauts se sont donné pour mission de faire des livres qui prennent à bras le corps le problème du sexisme, « un système qui éduque nos enfants avec une vision stéréotypée et caricaturale des sexes et des rôles de chacun », souligne Mélanie Decourt. Et de dénoncer les livres « tendance lolita », qui apprennent aux petites filles à se maquiller dès l’âge de 4 ans, à être belles ou à faire le ménage, au choix, « alors que les garçons ont le droit de conduire des véhicules, d’être des cow-boys ou des indiens, c’est tout aussi stéréotypé mais c’est plus varié ! ».
Mélanie Decourt et Laurence Faron ont misé sur des approches plus réalistes, au risque de ne pas faire l’unanimité. La catcheuse et le danseur sort effectivement des sentiers battus, et la princesse qui traite le prince de « gros nul » et ne veut pas se marier avec lui ne plaira pas à toutes les mamies. « Notre objectif n’est bien sûr pas d’arracher les poupées des bras des petites filles, nous voulons juste leur montrer qu’il existe autre choseet plus de portes ouvertes qu’elles ne le croient », confie Mélanie Decourt.
Ici, la petite fille peut se détourner de la cuisine et devenir pirate ou astronaute. Le garçon a même le droit de pleurer quand il a un chagrin. Tout devient possible. « C’est étonnant de voir que d’un côté, dans notre société, on valorise beaucoup les pères qui s’occupent de leurs enfants, et que de l’autre, il reste inconcevable d’imaginer un petit garçon qui joue à la poupée », poursuit notre interlocutrice.
Beaucoup de libraires, bibliothécaires et enseignants semblent touchés par cette évolution et intéressés par les productions Talents hauts qui considèrent que de beaux livres, avec de belles histoires et de belles images, sont essentiels pour faire passer le message. « L’égalité des filles et des garçons est au programme de l’Education nationale en France », souligne Mélanie Decourt. « Les enseignants de maternelles et de primaires sont donc friands des livres à contenu. Nous avons lancé l’an dernier un concours qui propose aux classes de CP et CE1 (1ère-2e primaires) de nous envoyer un manuscrit qui pourrait rentrer dans notre collection. Le premier gagnant publié, La page de terre raconte l’histoire d’une petite fille africaine qui ne peut pas aller à l’école parce qu’elle a d’autres obligations… ».
Outre leur série de 21 albums pour les 3-7 ans et les « Livres et égaux » adressés aux 6-11 ans, les éditions Talents hauts viennent de sortir dans la même collection « Filles = garçons » les deux premiers tomes d’une série consacrée aux ados, « Ligne 15 », du nom du bus qu’empruntent chaque jour huit jeunes de 15 ans pour se rendre au collège. Une collection nommée « les Papareils » ayant pour thème la différence est encore annoncée pour 2011. Faire de sa différence un atout, c’est aussi une idée neuve. 
                                          
A paraître
21/10/2010 : Dans la Collection d’albums pour les filles ET pour les garçons : La princesse Rose-Pralinede Gaël Aymon et Dis pourquoi la dame est toute nue ? de Christos.
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