Des millions de pauvres gens, brutalement chassés de chez eux, errants misérablement sur les routes de l’exil avec quelques pauvres biens… Qui pourrait bien refuser de commémorer leurs souffrances ? Et bien, leurs victimes, par exemple.
C’est incontestable : entre 1945 et 1950, des millions d’Allemands ont été expulsés, sans préavis ni compensation, de divers pays d’Europe orientale (surtout la Pologne et la Tchécoslovaquie) où ils habitaient parfois depuis des décennies.
Aujourd’hui, les partis chrétiens démocrates et libéraux au pouvoir à Berlin voudraient instituer une « une Journée nationale de commémoration » en mémoire de leurs souffrances. C’est bien le minimum… surtout quand on commence l’histoire en 1945.
Evidemment, si on recule de quelques années, on peut voir la situation d’un autre œil. Prenons le cas des trois millions d’Allemands chassés de la région des Sudètes (nord de la Tchécoslovaquie).
En 1938, ils votaient en majorité pour un parti nazi local, téléguidé de Berlin. Hitler les incita à multiplier les incidents et les plaintes contre « l’oppression « des Tchèques. Il en profita pour réclamer leur « retour » dans la Grande Allemagne et s’emparer ainsi du pays.
Il y parvint grâce à la lâcheté des démocraties occidentales lors des tristement célèbres Accords de Munich (septembre 1938). Les Allemands de Sudètes approuvèrent ses agissements à 97,32 %.
Ils chassèrent les Tchèques qui habitaient sur place et servirent ensuite avec fidélité les nazis dans leur barbare occupation de la Tchécoslovaquie de 1939 à 1944. On comprend peut être mieux dès lors, la volonté des Tchèques de se débarrasser de cette turbulente minorité après la guerre…
La guerre voulue par l’Allemagne
De même pour les Allemands de Pologne. Là aussi, ils avaient activement collaboré avec les nazis et amplement contribué au massacre de millions de leurs concitoyens polonais. Il n’est sans doute pas inutile non plus de rappeler qu’à la même époque, les frontières du pays avaient été totalement bouleversées par Staline
Les Soviétiques avaient annexé plus de 110.000 km2 de l’est de la Pologne, entraînant l’exode d’environ 1,2 million de Polonais. (En « compensation », la Pologne avait obtenu à l’ouest, 64.000 km2 de terres allemandes.)
D’une façon générale, entre 1945 et 1950, des dizaines de millions de victimes du nazisme et de la guerre voulue par l’Allemagne, -y compris, bien sûr, des Juifs- erraient sur toutes les routes d’Europe.
Dans ces conditions –et même si tous ces Allemands expulsés n’étaient pas des criminels de guerre- commémorer les souffrances des coupables au même titre que celles des innocents n’est probablement pas la meilleure idée que le gouvernement de Mme Merkel ait eue.
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