«Mémoire pour la paix»

Du 26 au 28 mai dernier, un pèlerinage novateur a conduit en Pologne des centaines d’Israéliens, arabes et juifs, accom-pagnés de Juifs, musul-mans et chrétiens de France et de Belgique. «Mémoire pour la paix» veut jeter les bases d’une nouvelle culture de paix au Proche-Orient. Cette ini-tiative d’Arabes israéliens et conduite par Emile Shoufani, veut réconcilier Juifs et Arabes en retraçant ensemble le chemin de l’horreur absolue. «Inventer» une mémoire commune à partir de la Shoa en faisant un retour sur le passé traumatique du peuple juif afin que renaissent l’espoir et la vie au Proche-Orient : l’animateur de «Mémoire pour la paix», Emile Shoufani, «curé» de Nazareth, croit que face à la flambée de violence en Israël, dans les banlieues françaises ou à Bruxelles, la mémoire partagée de la Shoa peut contribuer à la paix. Arabe israélien, prêtre chrétien et directeur de l’école Saint-Joseph à Nazareth, Shoufani a compris que depuis la seconde intifada, la société israélienne, frappée par le terrorisme, se sent à nouveau menacée dans sa survie. Dans le monde juif, la crainte d’anéantissement physique et d’élimination de l’identité juive est récurrente. Réveillant la «terreur historique» des Juifs, la recrudescence d’attentats-suicides et de violences aveugles explique le glissement à droite de la société israélienne. Les Arabes ne sont pas responsables de la Shoa, mais ils ignorent la réalité de l’histoire juive et l’hostilité forcenée dont les Juifs ont été victimes tout au long de l’histoire du christianisme en Europe. Pour Shoufani, la Shoa concerne tous les peuples. Son initiative d’Arabe israélien, veut inciter l’ensemble du monde arabo-musulman à découvrir la réalité de la Shoa et de la souffrance du peuple juif. Il veut lancer des passerelles entre les mémoires collectives des Juifs et des Palestiniens, deux peuples traumatisés par l’histoire. En participant à ce pèlerinage pour la première fois, des Arabes israéliens prennent une initiative pour la paix et de manière unilatérale. Ils veulent écouter, comprendre et s’associer au peuple juif dans son histoire et sa souffrance.
Il est encore trop tôt pour faire le bilan de ce pèlerinage de «Palestiniens à Auschwitz» ou évaluer dans quelle mesure il aidera Israéliens et Palestiniens à sortir de l’enfermement dans leurs mémoires de ce «passé qui ne passe pas». Comme l’écrit Gabriel Ringlet, ami personnel de Shoufani et participant au pèlerinage, 500 flammes vagabondes pour une paix incertaine ont affirmé que face à l’horreur, la fraternité ne se divise pas.
Anversoise et ayant longtemps vécu en Israël, après avoir quitté la Pologne, Henriette Kretz a été elle aussi très touchée par la réaction des Arabes israéliens et leurs rapports empreints d’émotion et de solidarité avec les témoins, survivants de la Shoa : C’est un événement capital dans la création d’une culture de paix au Proche-Orient. Au départ, j’étais très sceptique, je n’y croyais pas! Emile Shoufani est un homme remarquable et je regrette que ce pèlerinage n’ait pas bénéficié dans les médias de la même intensité d’attention que le conflit lui-même, peut-être parce que certains trouvent plus intéressant de voir la guerre et d’accabler Israël…

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