« Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre » pourrait être la devise de la société Memovie. Son objectif : faire d’un de vos proches le héros de son histoire en recueillant son témoignage pour le transmettre à la jeune génération. Lancé il y a quelques mois, le concept semble répondre à un vrai besoin.
Les chemins d’Olivier Gaillard et de Guillaume de Westerholt se sont croisés il y a une petite année un peu par hasard. Et le hasard fait souvent bien les choses. Au départ professeur d’histoire, Olivier a toujours été préoccupé par les questions de citoyenneté, s’impliquant dans la création d’associations, visant à outiller les jeunes dans leur engagement. Il est ainsi le cofondateur de la Plateforme pour le service citoyen en Belgique. En 2010, il part pour Washington et travaille avec l’ONG Ashoka, pionnière en entreprenariat social, dont il lancera le programme jeunesse à Paris, avant de revenir à Bruxelles. Son projet d’espace d’accueil et de rencontre pour les seniors isolés n’aboutira malheureusement pas, faute de soutien.
Sa route croise alors celle de Guillaume, éducateur spécialisé et metteur en scène, plus axé sur l’approche artistique et créative. Ensemble, ils créent « Memovie » : Memo, movie, ma mémoire, mon film, ma vie.
Le nom du concept est on ne peut plus explicite. Et pour le moins original. L’idée étant de permettre à des personnes âgées de transmettre leur histoire à leurs enfants et petits-enfants, grâce à la vidéo et au support numérique.
« En pratique, ce sont des trentenaires qui nous contactent parce qu’ils souhaitent conserver l’histoire de leurs parents ou grands-parents », relève Olivier Gaillard, premier contact avec les clients, responsable des archives et de la mise en contexte historique. « Il peut s’agir aussi de personnes plus âgées qui désirent transmettre leur propre histoire ou la mémoire de leurs parents ». Le produit fini : un coffret DVD de 10 à 30 minutes, à découvrir lors d’une projection privée organisée pour la famille.
Mais avant d’en arriver là, il faudra définir le projet du « héros » du film (nombre d’images et archives à numériser, nombre d’entretiens, lieu de tournage…), le planning, ainsi que le budget. « Dans un premier temps, la famille rassemble tous les souvenirs, livres, objets, bobines, dias, enregistrements, que nous allons numériser », explique Guillaume de Westerholt, gestionnaire du projet et réalisateur en contact étroit avec les héros de ces histoires. « Nous mettons ensuite à disposition de la famille une plateforme web avec un accès sécurisé et une ligne du temps interactive qui lui permettra d’organiser ses souvenirs. Nous rendons le client le plus autonome possible et pouvons récolter nous-mêmes les témoignages des intéressés, ou ne nous occuper que du montage final, s’il souhaite réaliser les interviews de son côté ».
La valeur des anecdotes
Outre la conservation des archives familiales et la mise à disposition d’un stock d’images d’archives pour remettre en contexte des récits qui n’en possèderaient pas, parce que l’image favorise la transmission, Memovie poursuit un objectif avant tout social. « Beaucoup de jeunes sont en perte de repères, de sens », observe Olivier Gaillard. « Savoir et comprendre ce qu’ils vivent, d’où ils viennent et quelle est leur place leur permet de se construire. Notre projet aide aussi des personnes atteintes d’Alzheimer, perdues dans le temps et l’espace, à remettre dans l’ordre des éléments de leur vie, à se resituer ». « Nous n’avons pas tout de suite été conscients de la dimension psychologique et thérapeutique de Memovie », admet Guillaume de Westerholt.
« Certains n’ont pas pu déposer leur histoire en raison de tabous, de secrets de famille, de ‘on dit’. Nous nous intéressons à leur vie en leur posant des questions sur les moments forts, difficiles ou joyeux de leur parcours, sur les valeurs auxquelles ils tiennent. Si cela fait parfois remonter de vives émotions, cela leur permet aussi de mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu, parfois de tourner des pages ». Un climat de confiance essentiel qui incite les gens à se dévoiler petit à petit, sans crainte du jugement. La vision du film fait partie intégrante du projet et invite à la discussion, à l’échange entre les générations, tout comme la plateforme web peut continuer à être alimentée par la famille, et même se décliner sous forme de livre.
Créée en juillet 2013, Memovie compte aujourd’hui une quinzaine de projets, des histoires souvent liées à l’immigration, à la Seconde Guerre mondiale, ou au Congo. Les héros du film peuvent être un individu comme une société, ou une maison de vacances qui aurait marqué l’histoire d’une famille.
Au-delà de la magie que le projet apporte en permettant aux jeunes générations de voir leurs grands-parents leur parler directement, Guillaume de Westerholt a pu constater, au fil des tournages, la valeur des anecdotes. « Mon grand-père à moi était résistant », confie-t-il, « et le jour où les Allemands sont venus lui demander s’il cachait des armes, il leur a répondu “oui”. Il leur a alors montré les deux petits canons en bronze qu’il gardait soigneusement… sans leur dire bien sûr ce qu’il cachait par ailleurs ! Ce petit rien nous renseigne sur la Résistance, mais aussi sur le patriotisme ambiant, sur l’atmosphère dans laquelle on vivait pendant la guerre. S’ancrer dans un passé est essentiel pour se forger ses racines, en cela la transmission de son histoire est fondamentale ».
Plus d’infos : www.memovie.be – 010/68.93.28
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