Messie malgré tout

Les Juifs croient en la venue du Messie pour assurer leur rédemption. Dans son dernier roman, Messie malgré tout (éd. Genèse), Alain Berenboom concrétise cette vieille espérance biblique en suivant le retour du Messie à travers dix contes. Un Messie moins imposant que prévu, mais tellement humain, dont il nous parlera au CCLJ jeudi 8 décembre 2011.

Pourquoi avoir écrit un livre sur le Messie ?

Mon père, sioniste de gauche et laïque, me racontait souvent des histoires bibliques mais à sa   manière, dans une perspective historique. Je sentais malgré tout qu’il était fasciné par ces récits religieux. La venue du Messie m’a toujours poursuivi. C’est un personnage récurrent de mon enfance. Si j’en parle aujourd’hui, c’est peut-être une façon de retrouver l’espoir que nous pouvions nourrir jadis par rapport à l’avenir. La meilleure manière de le faire est de passer par la fiction, et plus particulièrement à travers dix contes modernes.

Son retour sur terre ne se passe pas comme on l’imagine dans la tradition religieuse…

Ce messie est terriblement humain et juif. Il se comporte comme un « shlemazel ». Il a beau être le messie, au fond c’est un homme maladroit, comme vous et moi. Bien qu’il ait saisi l’importance des médias pour diffuser son message, il n’est pas en phase avec notre époque et il ne peut donc répondre aux attentes des gens qu’il rencontre. Ce n’est pas un hasard si chacune de ces dix histoires est racontée par ceux qui l’ont rencontré, que ce soit un chauffeur de taxi à Cordoue, un danseur de tango à Buenos-Aires, un ancien espion soviétique à Bonn, etc. A chaque fois, ils en arrivent tous à la même conclusion : ce Messie n’a pas la solution à leurs problèmes, alors qu’il nous a toujours été enseigné, et surtout chez les Juifs, qu’il y a une solution à tout problème et qu’on peut sortir du désespoir. Or, ce n’est plus du tout le cas. Aujourd’hui, nous avons tous le sentiment que l’horizon est bouché. Nous vivons une période sombre, dans laquelle l’avenir apparait moins bon pour nos enfants.

Demeurez-vous convaincu que la venue du Messie soit une espérance, un idéal à atteindre ?

Oui, et c’est la raison pour laquelle chacun de ces contes se termine plus ou moins bien : la fin laisse entrevoir qu’on peut envisager l’avenir avec optimisme. La dernière histoire se passe à Jérusalem et elle constitue le point culminant des neuf histoires précédentes. La venue du Messie à Jérusalem est certainement l’histoire la plus touchante et la plus ouverte sur l’avenir.

Croyez-vous en la venue du Messie ?

Pourquoi pas ! On a vu des choses tellement improbables se produire que tout est possible. Je ne pouvais absolument pas imaginer en 1975 la fin de l’Union soviétique. Et pourtant, cela s’est produit et tant d’autres espérances se sont également réalisées. La beauté de la fiction rend tout possible : elle permet aux lecteurs de se rappeler qu’ils ne vivent pas seulement dans la réalité économique et financière telle que les médias nous la commentent. L’être humain a cette possibilité de ne pas vivre que dans le quotidien. Il peut le dépasser grâce à l’imagination et au rêve.

]]>