Michaël Prazan : ‘Une histoire du terrorisme’

Dans Une histoire du terrorisme (éd. Flammarion), Michaël Prazan nous livre une « contre-histoire » du 20e siècle. A travers des archives et des entretiens inédits, le documentaristefrançais dévoile les passerelles et les filiations qui existent entre les groupes terroristes. Il présentera son enquête le mercredi 17 octobre 2012 à 20h30 au CCLJ.

Quelle est la singularité du terrorisme à partir de 1945 ?

La centralité des civils qui deviennent les cibles privilégiées ou exclusives des groupes terroristes. Cette évolution s’explique par l’identification des terroristes à la Résistance. Cela leur permet de se placer du bon côté, celui de la justice. Et en adoptant cette posture, tous les moyens sont bons. L’attentat du Milk Bar à Alger en 1956 illustre cette singularité. Dans l’entretien que Zohra Drif (la femme qui a posé la bombe au Milk Bar) m’a accordé, cette dernière me confirme que cet attentat visait précisément les civils. « Il fallait que la terreur change de camp », insiste cette dame, aujourd’hui vice-présidentedu Sénat algérien.

Vous commencez cette histoire du terrorisme avec l’Irgoun. Quel type de terrorisme pratique cette milice juive en Palestine mandataire ?

J’ai recueilli le témoignage fabuleux de l’homme qui a posé la bombe à l’Hôtel King David de Jérusalem en 1946. L’Irgoun et le Lehi (groupe Stern) posent des bombes dans les marchés arabes, mais ces attentats sont généralement commis sur le mode de la vendetta. Cela ne justifie en rien ces attentats, mais ils s’inscrivent avant tout dans un processus de représailles aux attaques arabes contre les civils juifs. Quant à l’attentat du King David, il a également le mérite de montrer l’efficacité du terrorisme, puisqu’il précipite le départ des Britanniques de Palestine.

Vous divisez l’histoire du terrorisme en trois périodes…

La première période (1945-1970), celle des « années de libération », intervient dans le contexte de la décolonisation. La seconde période, les « années de poudre » (1970-1989), correspond au terrorisme des Brigades rouges, de la Bande à Baader, du Front populaire de libération de la Palestine, etc. C’est pendant cette période qu’éclate au grand jour l’inventivité terroriste de la Révolution islamique iranienne. Et la dernière période est celle des « années Jihad » (1989-2011) qui s’étend de la création du Jihad islamique à l’apparition d’Al-Qaïda. Bien que des reformulations et des réorientations existent au sein de chacune de ces périodes, elles sont reliées les unes entre elles.

Comment l’attentat-suicide fait-il son apparition ?

La bombe humaine est une histoire au long cours. L’exemple japonais de l’Armée rouge et de l’attentat qu’elle commet à l’aéroport de Lod en 1972 a un impact majeur sur les mouvements palestiniens. La bombe humaine est ensuite expérimentée par les Iraniens dans la guerre qui les oppose à l’Irak : le régime de Khomeiny envoie des enfants munis de ceintures d’explosifs sur les lignes irakiennes. Cette technique « chiite » va ensuite être reprise par le Hezbollah au Liban, parce que les Pasdaran (Gardiens de la Révolution) formeront les militants de ce mouvement chiite libanais. Comme Prométhée, les Iraniens donnent au Hezbollah le feu sacré de ces attentats-suicides. Sur ordre de Khomeiny, le Hezbollah va immédiatement commettre ce type d’attentats contre les représentations militaires françaises et américaines entre 1983 et 1985 au Liban. Une dizaine d’années plus tard, Imad Moughniyeh, un des fondateurs du Hezbollah, devient instructeur militaire d’Oussama Ben Laden et ses hommes au Soudan. Ce Libanais va transmettre entre 1992 et 1996 à Al-Qaïda la technique des attentats-suicides simultanés. On peut considérer que les attentats simultanés constituent la grande innovation du Hezbollah. Al-Qaïda va optimiser cette technique en planifiant des attentats de plus grande ampleur.

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