Michal Zilberberg, la nouvelle shliha de la JJL

Depuis le 20 septembre 2015, Michal Zilberberg est la nouvelle shliha de la JJL. Une fonction que cette Israélienne de 29 ans, originaire de Tel-Aviv, entend assumer activement, en partageant avec les jeunes ses convictions et son engagement politique.

Expliquez-nous, dans les grandes lignes, votre parcours.

Je suis née à Herzliya, et j’ai passé l’essentiel de ma vie au mouvement de jeunesse, l’équivalent de l’Habonim Dror. J’y fait un an de service civil avant l’armée, où j’ai servi dans l’unité mixte de combattants Caracal sur la frontière jordanienne. C’est une unité pas facile, dans laquelle les femmes ne vont généralement pas, mais nous avions pris au Dror la décision d’y servir ensemble. J’y suis restée deux ans et demi entre 2005 et 2007, partagés entre un service militaire combattant d’abord et un service civil dans une ville défavorisée, où notre mission était d’apporter à la population une aide éducative et sociale. Nous avons ainsi travaillé avec les différentes composantes de la société israélienne, des Ethiopiens, des Russes, des Arabes, des Druzes, des Marocains, etc. Par ailleurs, le Dror étant lié aux Syndicats, j’ai aussi été la représentante des jeunes qui se sentaient exploités au travail dans des actions auprès du Tribunal du Travail. J’ai ensuite voyagé en Inde, au Népal quelques mois, avant de reprendre des études universitaires à Tel-Aviv. Je suis diplômée en Sciences politiques et études du Genre.

Pour quelle raison, dites-vous, que votre engagement social vous a rattrapée ?

En 2011, à 25 ans, j’ai décidé de quitter le mouvement de jeunesse et la vie en communauté pour poursuivre mes études à l’Université. Jusque-là, nous pensions dans le mouvement que nous pouvions changer le monde et que tout en Israël reposait sur nos épaules. J’ai soudain pris conscience que le mouvement n’était peut-être pas tout dans la vie. Je me suis éloignée du travail social en voyageant, j’avais prévu de rester quatre mois à l’étranger. Mais alors que j’étais en Inde, à l’été 2011, j’ai appris qu’un grand mouvement de protestation sociale se formait en Israël, et je me suis demandé ce que je faisais là. J’ai écourté mon voyage. Quand je suis arrivée, 300.000 personnes manifestaient dans la rue, j’étais très choquée, et à la fois sceptique : je me battais personnellement contre ces problèmes depuis 2003, et soudain toute la société israélienne se mettait à hurler « Solidarité ! Solidarité ! » J’ai cru d’abord à un effet de mode, à la façon des Printemps arabes. Certains analystes ont parlé de « Carnaval » ! Je pense que quelque chose a tout de même changé, notamment par rapport au discours. On a le droit aujourd’hui de remettre en cause le fait qu’un tiers du budget en Israël soit consacré à la sécurité, ce qui n’était pas le cas auparavant. Cela a également permis de mettre l’agenda socio-économique en meilleure place. Je ne crois pas au Big Bang, mais à une évolution progressive. Et si l’on parvient un jour, dans vingt ans, à rendre Israël meilleur, je suis certaine que ce mouvement restera une étape cruciale dans l’histoire.

Vous vous êtes ensuite engagée en politique ?

Après mes études, j’ai réalisé que l’engagement social que j’avais quitté me revenait sous la forme du Parti travailliste. Je me suis engagée dans la Jeunesse du Parti travailliste, encore sous l’influence des protestations sociales. Après quatre ans, et de nombreuses élections internes et campagnes électorales, sans observer dans la société israélienne de véritables changements, j’ai compris qu’il s’agissait d’un parti et non d’un mouvement. Ma dernière fonction a été la présidence des Jeunes travaillistes à Tel-Aviv. Voyant la gauche bloquée en Israël et pas de changements dans un avenir proche, j’ai décidé de m’intéresser à un autre point de vue sur la société israélienne, celui de l’extérieur, pour mieux comprendre la situation.

Vous êtes arrivée en Belgique il y a un mois, quelles sont vos observations ?

Ces quatre semaines m’ont ouvert les yeux sur les relations entre Israël et la Diaspora, sur leurs influences réciproques. Et notamment sur le fait que les Juifs de gauche, comme la JJL, s’empêchent de donner leur point de vue parce qu’ils ne vivent pas là-bas, comme s’ils n’avaient pas la légitimité de le faire. Cela ne me surprend pas, c’est exactement ce à quoi encourage la démagogie de l’extrême droite juive. J’estime moi qu’ils ont le droit de donner leur opinion sur Israël de façon responsable, comme les Israéliens se permettent de le faire à propos de la Belgique, sans vivre ici. Je suis sioniste et le sionisme ne demande pas d’accepter de façon inconditionnelle toutes les politiques menées par Israël.

Comment avez-vous réagi à la polémique apparue sur la page Facebook de l’Hashomer Hatzaïr en voyant les réactions parfois très virulentes de parents après la publication d’un post sur l’actualité israélienne ?

Je pense que chaque mouvement de jeunesse, en particulier l’Hashomer Hatzaïr dans ses racines, a un agenda politique. Parfois, cet agenda est si proche des idées du gouvernement qu’il n’a pas besoin de s’exprimer, mais c’est aussi un agenda. Que l’on choisisse d’encourager les jeunes à se poser des questions, à douter, à agir positivement pour changer les choses, ou que l’on choisisse plutôt de les faire jouer toute la journée, sans s’interroger, c’est un agenda. J’estime que chaque mouvement a le droit de parler de politique, d’exprimer ses opinions ou de ne pas les exprimer. C’est un agenda politique. De la même façon que les parents qui ont décidé de les insulter, c’est aussi une réponse politique. Et si on exprime son opinion, on doit savoir qu’elle ne sera pas acceptée par tout le monde, c’est comme ça. C’était une erreur de retirer ce post selon moi, si c’est ce en quoi ils croient, si c’est leur agenda politique, ils devaient l’assumer et essuyer les critiques, y compris les insultes venant de parents. Ils vont apprendre à grandir en comprenant que tout le monde n’est pas forcément là pour les protéger en permanence et leur éviter les désaccords. Les parents ne sont pas supposés non plus insulter les jeunes, mais ils l’ont fait, aux jeunes de réagir et d’assumer leur opinion, sans donner l’opportunité aux gens violents de gagner. Maintenant, protéger les enfants ne veut pas dire pour moi leur demander de garder le silence. De mon point de vue, protéger les jeunes, c’est les éduquer mieux.

Quels sont vos objectifs comme shliha de la JJL ?

C’est un magnifique mouvement, avec des jeunes autonomes, ce qui correspond aux principes éducatifs que j’ai reçus, guidés par la philosophie de Janusz Korczak qui met l’enfant au centre de l’éducation. Le problème est qu’après un certain, temps, si l’on n’a pas cette tradition d’apprendre par soi-même, on perd le contenu. J’ai l’impression, en particulier par rapport à l’assassinat de Rabin, que le mouvement parle encore en termes des années 90, alors que nous sommes en 2015. Ces jeunes sont très bons dans les activités ludiques et font beaucoup d’efforts pour transmettre leurs valeurs, mais ils ont besoin d’aide pour renforcer leurs idées, pour développer leurs outils éducatifs. Je voudrais qu’ils sachent qui était David Susskind et combien il était inspirant. Il était jeune, il a essayé de faire changer les choses, et il a fait la différence. Le CCLJ n’existerait probablement pas sans lui. Ils doivent aussi comprendre ce que signifie « être sioniste » et « juif laïque ». Enfin, je voudrais leur apprendre à douter, à ne pas accepter la réalité telle qu’elle est. Un mouvement de jeunesse est, par essence, « en mouvement », il bouge, il faut donc voir quelle direction il prend. Si l’on reste sur place, si l’on ne se renouvelle pas constamment, on risque de disparaitre. Les jeunes de la JJL ont déjà fait 90% du travail, je pense pouvoir leur apporter les 10% restant.

Quel est votre sentiment par rapport à ce qui se passe en Israël ?

Je suis très inquiète. Cette situation est le résultat pour moi d’un manque d’action du gouvernement israélien et prouve aussi que sans un accord sur la solution « Deux peuples Deux Etats », ce conflit n’est qu’une bombe à retardement. En outre, les attaques spontanées des Palestiniens contre les Juifs et les quelques incidents qui ont vu des Juifs attaquer des Arabes nous montrent ce dont les gens désespérés sont capables et combien ils ne croient plus que le gouvernement peut les protéger. Ce qui est le plus effrayant reste les décisions irresponsables que continue de prendre le gouvernement israélien. Pour n’en citer qu’une encore, celle du ministre de l’Intérieur, décidant le 14 octobre dernier de faciliter les conditions d’achat d’armes pour les citoyens !

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