Minijupe et voile islamique, une confusion absurde

Dans une tribune qu’elle a signée dans Libération, Esther Benbassa, historienne et sénatrice française écologiste (EE-LV) considère que le voile islamique n’est pas plus aliénant que la minijupe. Cette confusion absurde permet à cette historienne d’apporter son soutien à la mode islamique (ou plus hypocritement dite « pudique ») et à légitimer le pseudo féminisme islamique au détriment de la cause de la femme.

Suivant une logique purement économique, des grandes enseignes de la mode féminine ont décidé de développer un créneau porteur en termes de bénéfices juteux en créant des collections de vêtements islamiques, c’est-à-dire conformes aux normes de « pudeur » définies par les tenants d’un islam conservateur et rigoriste. En clair, il s’agit de collections déclinant sous différentes formes des vêtements amples et des hidjabs. Pourtant, il faut pas être grand clerc pour comprendre que la mode islamique est à la mode ce que la révolution islamique est à la révolution.

Cette initiative a donc choqué Laurence Rossignol, ministre française des Droits des femmes. Elle estime à juste titre que « quand on cache les corps des femmes, quand on les dissimule, quand on les efface, derrière, pas loin, il y a leur dissimulation et leur effacement de l’espace public ».

La réaction de la ministre des Droits des femmes a poussé Esther Benbassa, historienne et sénatrice écologiste (EE-LV) à intervenir dans le débat public pour s’en prendre ce qu’elle considère comme un « féminisme de grand-mère inlassablement ressassé, peu en phase avec la vision que les femmes ont aujourd’hui de leur identité ». La tribune qu’Esther Benbassa a publiée le 6 avril 2015 dans Libération revient donc à tirer à boulet rouge sur celles qui défendent la cause des femmes à travers le monde.

A force de défendre la mode religieuse, Esther Benbassa ne peut s’empêcher de renvoyer dos à dos entraîne le voile islamique et la minijupe. « Au lieu de nous délivrer ses leçons de laïcité, madame la ministre pourrait déjà apprendre, par exemple, que tous les musulmans et musulmanes de France ne sont pas des islamistes. Et reconnaître que toutes les femmes qui portent les jupes courtes et les vêtements sexy imposés par la mode (souvent créée par des hommes) ne sont pas non plus spécialement « émancipées » ». C’est oublier que la minijupe a bel et bien inventée et popularisée dans les années 1960 par la styliste britannique Mary Quant et que les milieux conservateurs n’ont cessé de fustiger cette mode vestimentaire.

Ce n’est pas tout. Esther Benbassa se lance ensuite dans une confusion absurde entre un accessoire de mode et un symbole religieux. Confusion dans laquelle la mode féminine devient un instrument de domination et d’aliénation de la femme. « Nous sommes, nous, femmes, soumises à un diktat, entré profondément dans notre imaginaire, et auquel nous obéissons, le plus souvent inconsciemment, pour plaire aux hommes », déplore Esther Benbassa. « Le modèle de séduction imposé reste quasi inaccessible à la majorité d’entre nous. Un modèle d’extrême minceur, plutôt blond, grand, «glamour», contribuant à un «enfermement du corps des femmes» qui n’a rien à envier à celui que Madame Rossignol dénonce quand elle évoque certaines musulmanes. Ne sont-elles pas aliénées dans leur corps même, celles qui sacrifient leur santé par des régimes dangereux, se résolvent à des opérations chirurgicales douloureuses, se condamnent à l’anorexie, et vivent dans la frustration ? Mesurer le niveau d’émancipation des femmes au degré de raccourcissement de leurs jupes, il fallait y penser ! La nudité du corps des femmes comme outil de leur libération ? ».

Personne ne conteste les dérives de la mode ni les conséquences qu’elles peuvent entrainer sur les femmes qui cherchent désespérément à se conformer aux modèles mis en valeur par les magazines de mode. Mais il est malgré tout surprenant de constater que les défenseurs non-musulmans du voile islamique s’appuient sur des concepts de domination et d’aliénation forgés par Bourdieu pour venir paradoxalement à la rescousse de grands marques de la mode dont le seul souci est le profit.

Il est même étonnant qu’une historienne spécialiste du peuple juif, ayant elle-même vécu en Israël, n’ait pas saisi que le monde des affaires est le premier à s’accommoder, voire à tirer profit des exigences les plus rétrogrades formulées par les religieux. A cet égard, l’exemple des compagnies de bus israéliennes privées ayant accepté la création de lignes ségréguées dans lesquelles hommes et femmes sont strictement séparés ! Simple respect de la loi de l’offre et la demande, avait rétorqué les responsables de cette compagnie de bus !

Mais revenons à la minijupe en terminant par une note d’humour et pleine de bon sens. Dans un article (Voile et mini-jupe: un peu de pudeur Esther Benbassa !) publié dans Causeur, Elisabeth Lévy rappelle à juste titre à Esther Benbassa que la mini-jupe est un droit et que le voile une prescription.

« De ce fait, la mini-jupe fait partie de toute une palette que la coquette fait varier avec ses humeurs, selon qu’elle a ou non envie d’être convoitée. Un jour, elle préfèrera le jean, un autre le tailleur convenable, un autre encore le cuir façon Cruella ou, pourquoi pas, une tenue passe-murailles », souligne Elisabeth Lévy. Et d’ajouter : « Dans mon échantillon personnel et distingué de mini-jupistes, aucune ne pratique quotidiennement. En revanche, on ne se voile pas en fonction de son humeur du moment. Le voile est, au sens littéral du terme, un uniforme. Et il définit, pour les femmes qui le portent, une catégorie d’hommes interdits. L’endogamie est certes un droit – et elle n’est pas l’apanage des musulmans. Avec le voile, elle est érigée en norme sociale. C’est légal, mais déprimant ».

]]>