Molenbeek-sur-Djihad

Dans Molenbeek-sur-Djihad (éd. Grasset), deux journalistes belges, Jean-Pierre Martin et Christophe Lamfalussy, se sont plongés dans le centre historique de cette commune bruxelloise devenue progressivement un creuset du terrorisme, pour essayer de comprendre comment et pourquoi le djihadisme s’y est installé. Ils présenteront leur enquête au CCLJ le jeudi 23 février 2017 à 20h.

Le titre du livre de Jean-Pierre Martin (RTL-TVI) et Christophe Lamfalussy (La Libre Belgique) pourrait faire la une des manchettes d’un tabloïd : Molenbeek-sur-Djihad. Si ce titre a été choisi par l’éditeur, les deux journalistes l’ont toutefois accepté, car lors des interrogatoires menés par les enquêteurs après l’arrestation à Bruxelles de Mohamed Abrini, l’homme au chapeau qui n’a pas déclenché la troisième charge explosive à l’aéroport de Zaventem, ce dernier avait déclaré : « J’ai été en Syrie et j’ai vu que tout Molenbeek y était ».

Il est vrai que cette enquête est menée sur le territoire confiné des quelques kilomètres carrés du Molenbeek historique, le long du canal, en gravitant aussi autour de quelques familles liées par une histoire commune. « Molenbeek a été incontestablement le vivier d’un groupe qui a ramené la terreur en Europe, dix ans après Al-Qaïda, cette fois-ci au nom de l’Etat islamique », précise Jean-Pierre Martin. « Ils ont grandi dans les rues de cette commune, sont devenus des voyous et ont fini par se transformer en assassins. Cette commune de Bruxelles a un trop lourd passif dans l’histoire récente du terrorisme. Elle est devenue un symbole des négligences, de la candeur, de la peur de stigmatiser, des accommodements idéologiques, bref de la cécité politique des autorités belges. Elle a permis à des fanatiques de prospérer dans une quasi-impunité ».

Marie-Rose Armesto, journaliste et reporter à RTL-TVI, qui nous a malheureusement quittés en 2007, n’avait-elle pas déjà révélé en 2002 l’importance de Molenbeek au sein de la galaxie djihadiste à travers Son mari a tué Massoud (éd. Balland), le récit de Malika El Aroud, l’épouse de l’un des deux auteurs de l’attentat-suicide commis sur le commandant Massoud le 10 septembre 2001 ? « Nous avons repris le travail que Marie-Rose Armesto avait entamé il y a quinze ans », explique Jean-Pierre Martin. « Il n’y avait rien de neuf sous le soleil, si ce n’est la violence qui a cette fois frappé la Belgique. Nous avons retrouvé des personnages qui gravitent dans cette galaxie islamiste depuis de nombreuses années. C’est le cas de cette fameuse Malika El Aroud qui est l’égérie du djihad en Belgique. Elle est omniprésente et elle est aussi la cousine de Fatima Aberkane, celle que l’on surnomme la “mère Dalton” des djihadistes de Molenbeek. Et elles ont été toutes les deux des groupies du Cheikh Bassam, le fondateur de ce sulfureux Centre islamique belge de Molenbeek, considéré comme une plateforme de recrutement d’Al-Qaïda en Europe, qui exportait déjà il y a quinze ans de cela des djihadistes vers la Bosnie, l’Afghanistan et l’Irak. Cette histoire est étonnante, car on y retrouve toujours les mêmes personnages clés et ils ne sont pas nombreux ».

Prêcheurs salafistes et fréristes

Jean-Pierre Martin et Christophe Lamfalussy s’efforcent de donner les clés pour comprendre ce qui a bien pu se passer dans la longue durée pour que Molenbeek devienne un lieu important du djihadisme. Si les djihadistes de la cellule molenbeekoise ayant frappé Paris et Bruxelles se sont effectivement radicalisés sur internet, les deux journalistes observent toutefois que l’environnement molenbeekois n’est pas sans lien avec leur radicalisation. Un responsable de l’instance représentative des musulmans de Belgique n’a-t-il pas déclaré que « les mosquées sont un déclenchement du radicalisme. Elles déclenchent un sentiment religieux, mais ensuite, n’arrivent pas à contrôler les jeunes ». Des populations immigrées marocaines ont été conditionnées par des prêcheurs salafistes et fréristes (Frères musulmans) qui ont progressivement inoculé ce poison de l’islamisme. « Pas en tant que tel, car ce ne sera jamais dit explicitement », rappelle Jean-Pierre Martin, « mais comme cette conception de l’islam est tellement rétrograde, elle ne peut être qu’en décalage avec notre société et notre mode de vie ».

Le tableau dressé par les deux journalistes est évidemment interpellant, d’autant plus que tout se passe à moins de 1.000 mètres à vol d’oiseau de la Grand-Place de Bruxelles. Que les responsables politiques d’autres métropoles européennes ne se sentent pas épargnés par ce phénomène inquiétant. « D’autres incubateurs de radicalisation, d’autres “Molenbeek” existent », soulignent les deux auteurs. « Ce qui s’est passé dans cette commune peut nous aider à comprendre un phénomène plus large, celui de jeunes Européens galvanisés par la propagande djihadiste ».  

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