« Monsieur Optimiste » sur les planches

Du 13 novembre au 12 décembre 2015, le roman d’Alain Berenboom, Prix Rossel 2013, sera proposé par le Théâtre des Martyrs. Une adaptation théâtrale de Christine Delmotte, metteur en scène, réalisatrice et chargée de cours. Elle revient avec nous sur ce projet qui lui tenait particulièrement à cœur.

Depuis longtemps Christine Delmotte rêvait d’adapter au théâtre un roman d’Alain Berenboom. Outre la distance, l’ironie et l’humour si particulier que l’écrivain manie avec beaucoup de talent, ces deux-là se connaissent bien. Alain Berenboom est en effet le président de la Compagnie de théâtre Biloxi 48 que Christine Delmotte a fondée il y a près de vingt ans. « J’avais eu l’occasion de monter la première pièce d’Alain, L’Auberge espagnole, traitant du rapport entre le citoyen et l’institution judiciaire, en 2000, au Palais de Justice de Bruxelles. Tout un symbole ! », se souvient la metteur en scène. Si Monsieur Optimiste lui est apparu comme une évidence, c’est notamment parce que l’auteur, plutôt pudique quant à son histoire personnelle, s’y dévoile pour la première fois. Avec une résonnance particulière pour Christine Delmotte. « Mon grand-père a lui-même été arrêté comme résistant par les nazis en 1942, et j’ai eu l’impression que ma vie avait été déterminée par cela. Je connais ce milieu et cette énorme blessure de par mon propre vécu, du fait aussi que ma compagne soit d’origine juive ».

Des œuvres contemporaines d’Eugène Ionesco à celles de Marguerite Yourcenar, en passant par le dramaturge américain Alan Ball, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt ou Pietro Pizzuti, la Compagnie Biloxi choisit de monter ses pièces selon des thématiques bien précises, pour susciter le débat, la discussion, « ce qui fait histoire et relation avec les gens », souligne Christine Delmotte, qui profite de la liberté du roman pour explorer toutes sortes de théâtralité. « On a ici travaillé le théâtre documentaire, avec 40 projections de lettres, écrits personnels, papiers administratifs et photos retrouvés par Alain. On se sert aussi du théâtre d’objet, avec une magnifique maquette d’un Shtetl à la Chagall ou de Bruxelles pendant la guerre pour illustrer notamment l’arrestation à laquelle son père échappe de justesse. On a travaillé également le mime, le théâtre d’ombres, la danse, la musique, avec des chansons du Shtetl, du ghetto de Varsovie et d’Israël, superbement interprétées par Daphné… ».

Outil de mémoire 

Sur scène, les deux acteurs, Daphné D’Heur et Fabrice Rodriguez, jouent le rôle d’Alain, mais aussi de tous les autres personnages. On retrouve Sarah dans le ghetto, avec une vraie émotion autour de son destin tragique, l’arrivée en Belgique, les événements liés au début de la guerre, le mariage juste avant l’invasion allemande, le passage de cache en cache, la volonté du père de partir en Israël et la résistance de son épouse, la réponse négative enfin de l’Agence juive…, « et au milieu de tout cela, le petit Alain qui essaie d’être citoyen belge et que l’on traite de sale Juif », observe la scénariste, avant de confier : « Le parallèle avec les réfugiés d’aujourd’hui m’a sauté aux yeux ».

Pour Christine Delmotte, beaucoup de lecteurs ont découvert le monde juif grâce à Monsieur Optimiste. Elle se sert à présent du théâtre comme outil de mémoire, comptant sur cette pièce pour toucher un large public, y compris scolaire, juif et non juif. « Il y a beaucoup d’humour et une certaine légèreté chez Alain Berenboom, en dépit de la tragédie, que j’ai tenu à conserver, pour témoigner sans s’enfoncer dans la noirceur ». Pour partager les émotions et les réflexions de Monsieur Optimiste. Sans rien oublier.

En bref A  la mort de ses parents, Alain Berenboom décide de ranger les archives familiales. Au fil des découvertes se dessine le portrait d’un père original et aventureux. Ensemble, ses parents vont surmonter beaucoup d’épreuves, de leur voyage de noces sous les bombardements à une amitié imprudente avec un Allemand qui se révèle espion du IIIe Reich, de la perte de la sœur cadette dans le ghetto  de Varsovie à la clandestinité. Dans ce spectacle poignant à l’humour acéré, c’est bien sûr l’Histoire du 20e siècle qui se dessine en filigranes.

« Monsieur optimiste »

Du 13 novembre au 12 décembre 2015 au Théâtre des Martyrs, 22 place des Martyrs, 1000 Bruxelles.

Une création de la Compagnie Biloxi 48.

Infos et réservations 02/223.32.08 – www.theatredesmartyrs.be

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