Mr et Mme Schultz en Israël

Lorsque Monsieur et Madame Schultz voyageaient à l’étranger,ils visitaient bien sûr les sites touristiques, mais ce qu’ils appréciaient le plus, c’était de découvrir la cuisine locale.

Par exemple, lorsqu’ils sont allés en Chine, ils ont visité la Grande Muraille et, sur les conseils de leur guide chinois, ils ont goûté un ragoût de chien. En Inde, ils ont visité le Taj Mahal et mangé dans les temples, dans les mêmes assiettes que les souris. On leur a dit que c’était tendance. En Australie, ils ont photographié et mangé du kangourou. Au Kenya, ils ont chassé le lion et mangé du crocodile.

Un jour, ils se sont quand même décidés à aller en Israël. Ce n’était pas une mince affaire. Ils n’y étaient jamais allés, mais en avaient beaucoup rêvé, et comme un rêve, ils n’osaient pas le réaliser (les gens peuvent être parfois si compliqués). Ils se disaient à chaque fois : « Si on y allait cette année ? », mais lorsqu’ils regardaient les nouvelles à la télé, ils pensaient : « C’est pas le bon moment ». Ils ne savaient pas que ce n’est jamais le bon moment pour aller en Israël.

Ce qui décida finalement les Schultz, ce fut l’appel d’un lointain cousin qui reconstituait son arbre généalogique. Les Schultz se regardèrent : « Et pourquoi pas ? »

Ils se dirent aussi que ce serait enfin l’occasion de manger un authentique tchoulent1 ou un  bouillon avec des kneidlèh2 et des lokchen3, comme les préparait la mère de Monsieur Schultz.

Ils partirent un jour de juin. Le cousin les accueillit à l’aéroportet leur offrit l’hospitalité, l’air conditionné, le petit-déjeuner avec sa salade de tomates, de concombre, de persil finement hâché, arrosée de citron, des pitas chaudes sorties du four, du Cottage, du miel sur les tranches de pain au cumin coupées à la main.

Le cousin leur proposa un tour de la ville en voiture, ralentissant devant les villas, accélérant devant les quartiers défavorisés,avec un arrêt à la mer, puis à Yafo, au restaurant Aboulafia. Madame Schultz osa une question : « Merci beaucoup pour votre gentillesse et votre hospitalité. Pourriez-vous nous dire où nous pourrions manger un authentique tchoulent ou un bouillon avec des kneidlèh et des lokchen ? ». « What ? », s’étonna le cousin. « Je ne comprends pas de quoi vous parlez », leur répondit-il en mangeant son gâteau arabe au miel et aux pistaches. Les Schultz prirent congé de lui et louèrent une voiture. Ils découvrirent le pays, de Rosh Pina, au Nord jusqu’au Sud, à Mitzpé Ramon, en passant par Massada et Jérusalem. Pour prendre leur repas, ils ne trouvaient que des pizzerias, des restaurants argentins, irakiens et français, des bars à sushis, des restaurant de poissons et crustacés. Les gens les regardaient bizarrement :  « Tchoulent ? Kneidlèh ? Lokchen ? »et leur indiquaient un restaurant chinois.

Le soir de leur départ, ils prirent un taxi à Tel-Aviv. Le chauffeur écoutait de la musique orientale. Le portrait de Baba Sali4 pendait au rétroviseur intérieur. Ils essayèrent une ultime tentative : « Nous aimerions manger du tchoulent, ou un potage avec des kneidlèh et des lohn. Connaissez-vous un restaurant ? ».

Le chauffeur arrêta son taxi sur le côté et après quelques secondes de réflexion, il leur dit : «  Ah… Vous voulez dire… un restaurant juif ? ».      

1Tchoulent : sorte de cassoulet que l’on cuit le vendredi toute la nuit pour être servi le samedi – 2Kneidlèh : boulettes à base d’œufs et de farine – 3Lokchen : pâtes – 4Baba Sali : rabbin séfarade, kabbaliste à qui l’on prête des miracles.

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