La réélection de Nir Barkat est loin d’être acquise lors du scrutin du 22 octobre 2013. Le maire laïque va affronter un candidat soutenu par Israel Beitenou allié au Shass. Le vote du public sioniste-religieux pourrait être à nouveau décisif.
Du rififi dans la Ville sainte. Juste avant l’été, l’homme d’affaires laïque indépendant Nir Barkat s’apprêtait sereinement à mener bataille pour sa réélection, au poste de maire de Jérusalem, à l’occasion des municipales organisée le 22 octobre. C’était sans compter l’annonce d’un candidat-surprise, Moshe Leon, venue chambouler la donne. Le profil de l’impétrant ? Un comptable originaire de Givataym, résidant depuis peu dans la capitale israélienne, qui a dirigé le cabinet de Bibi Netanyahou lors de son premier mandat de Premier ministre en 1997.
Pour pimenter le tout : ce porteur de kippa est soutenu par une redoutable personnalité de la classe politique, le chef de file du parti ultra-nationaliste laïque Israel Beitenou, Avigdor Lieberman, associé pour la circonstance au leader du parti religieux sépharade Shass, Aryeh Dery. Une façon pour le cador russophone d’accroître son influence sur le plan local et d’élargir ses bases en courtisant le public religieux acquis aux autres partis de droite. Pour augmenter les chances de Moshe Leon, Avigdor Lieberman n’a pas hésité à monter au créneau. « Il est inacceptable que Jérusalem se classe au 35e rang national dans le domaine de l’éducation, après la ville arabe de Taibeh, que notre capitale soit sale et (…) que sa population laïque et éduquée préfère s’installer ailleurs », s’est-il plaint sur les ondes de Galei Tsahal.
Des attaques auxquelles Nir Barkat s’est empressé de répondre. Dénonçant une campagne de diffamation et le « deal politique » conclu avec le Shass, le maire sortant a estimé que « Jérusalem n’était pas une simple étape pour renforcer son poids électoral ». Dans l’entourage de Barkat, on fait valoir que la ville a connu un spectaculaire redressement ces cinq dernières années, après une longue période de négligence. Dressant un bilan flatteur, l’équipe municipale sortante s’appuie notamment sur un récent rapport de l’Institut de Jérusalem pour les études israéliennes, faisant état d’une légère baisse sur l’année 2012-2013 du nombre d’écoliers juifs du primaire scolarisés dans des établissements ultra-orthodoxes de Jérusalem. Un renver-sement de tendance historique.
Commentant cette étude sur sa page Facebook, Nir Barkat n’a pas manqué de se réjouir de ces statistiques. Le maire laïque de Jérusalem a en particulier salué « l’augmentation des effectifs des écoliers du secteur “sioniste religieux” ». Avec un enthousiasme tel que ses détracteurs l’ont accusé de se féliciter du départ des écoliers ultra-orthodoxes… De fait, les élus municipaux observent depuis deux ans un nouveau phénomène : le départ des familles haredi, qui quittent la capitale pour des localités ultra-orthodoxes comme Beit Shemesh ou Modiin Illit, en raison de la pénurie de logements à Jérusalem.
De son côté, le maire de Jérusalem a surtout eu à cœur de montrer qu’il a mis tous les moyens en œuvre pour lutter contre l’exode des jeunes couples laïques qui déménagent dans la région du centre -autour de Tel-Aviv- pour des raisons aussi bien culturelles (pression des « ultra-religieux ») qu’économiques (lire ci-contre). Pour autant, Nir Barkat doit aussi convaincre le public sioniste religieux de le laisser aux manettes. Il y a cinq ans, cet électorat avait rendu possible sa victoire face au maire ultra-orthodoxe sortant, Uri Lupolianski. Un scrutin qui a eu d’importantes répercussions sur le plan national. Comme l’a relevé le commentateur politique du Yedioth Ahronot, Nahum Barnea, l’élection de 2008 aurait ainsi permis de jeter les bases de l’alliance scellée entre Naphtali Benett (Foyer juif) et Yair Lapid (Yesh Atid) dans l’actuelle coalition gouvernementale.
La nouvelle est tombée voilà six mois. Niché au cœur du quartier bourgeois de Rehavia, le Restobar, l’établissement préféré des laïques de Jérusalem, a mis la clé sous la porte. « Le propriétaire des murs, un immigrant français, avait conditionné le renouvellement du bail au respect du Shabbat », a alors expliqué son fondateur, Shahar Levy. Un café casher et fermé lors du repos juif hebdomadaire a donc pris la place du Restobar…