Dans son dernier livre au titre provocateur Et si on en remettait une couche ? (éd. Renaissance du livre), Nadia Geerts revient sur nos idées moralement acceptables. En passant en revue certains faits d’actualité aussi variés que l’affaire Trullemans, les baptêmes estudiantins, l’interdiction de la prostitution, le décret inscription des écoles, Gaïa et les moutons…, elle nous invite surtout à raisonner avec rigueur. Nadia Geerts présentera son livre le vendredi 16 mai 2014 à 20h30 au CCLJ.
Quel est le fil conducteur de votre dernier livre ?
Ce livre repose sur l’envie de déconstruire tout ce qui peut paraître politiquement correct, même si je n’aime pas cette expression souvent poujadiste. C’est plutôt le prêt-à-penser que j’ai ciblé : toutes ces choses qu’on pense parce qu’il est de bon ton de le penser et qu’on retrouve dans la pensée dominante.
« Prêt-à-penser » et « pensée dominante » ne sont pas autant d’expressions que les populistes se plaisent à répéter sans cesse pour disqualifier tous ceux qui ne partagent pas leurs idées ?
C’est vrai qu’il y a une certaine dose de mauvaise foi chez tous ceux qui n’ont de cesse de brandir le politiquement correct ou la bien-pensance alors qu’eux-mêmes sont dans une autre forme de bien-pensance. Il importe moins de penser à contre-courant que de savoir pourquoi on pense ce qu’on pense, ou de le penser pour de bonnes raisons et non pas simplement parce qu’on nous a toujours dit qu’il fallait penser comme cela.
C’est ce que vous avez voulu montrer avec le chapitre que vous consacrez à la question des races dans votre livre ?
Oui. J’ai surtout remarqué cela avec mes étudiants. Ils ne discutent même pas cette question. Ils me disent à juste titre qu’il n’y a qu’une race, la race humaine. Mais aucun d’entre eux n’est capable de m’expliquer pourquoi il n’y a qu’une seule race. Ils ne font que répéter ce qu’ils ont entendu sans avoir réfléchi sur la question. C’est pourquoi j’ai voulu adopter une démarche naïve en me posant des questions simples : pourquoi distingue-t-on les races chez les animaux et pourquoi ne peut-on pas dire qu’il existe chez les êtres humains des races blanches et noires ? Mon but n’est pas de légitimer une pensée raciste, mais plutôt de donner des soubassements solides à l’antiracisme. Sinon l’antiracisme risque de se transformer en discours creux qui ne convainc que les convaincus, sans même les armer intellectuellement.
L’affaire Trullemans illustre-t-elle ce travers de l’antiracisme ?
Oui. Dans cette affaire, tout le monde s’est rué sur ce Monsieur Météo de RTL-TVI en disant qu’il ne pouvait pas dire ce qu’il disait à propos des musulmans. Et ce discours moralisateur a suscité lui-même une réaction auprès d’une autre partie de l’opinion publique qui voyait en lui une victime, celle qui ne fait qu’affirmer tout haut ce qu’elle pense tout bas. On s’est donc retrouvé dans une espèce de western avec les gentils condamnant Trullemans d’un côté et les mauvais voyant en lui la victime du politiquement correct de l’autre. De cette manière, on est passé à côté de l’essentiel qui devait consister à décortiquer l’attitude de Trullemans et non à savoir si ses propos nous conviennent ou non. C’était d’autant plus simple de se livrer à cet exercice de décryptage que ce qu’il a publié sur Facebook est un véritable bijou d’absurdité. En s’en limitant aux faits, il y avait moyen de le démolir aisément et de passer à autre chose. Car Trullemans s’est borné à reprendre un discours qu’il n’a même pas écrit lui-même. Il s’agit d’un texte écrit par un Américain et dont les
références culturelles ne sont pas du tout celles de la Belgique francophone. Il commet par ailleurs des amalgames monstrueux entre musulmans, immigrés, étrangers et délinquants. Il était simple de démonter ses propos incohérents et déstructurés. En se limitant à la condamnation moralisatrice, on lui a permis de tirer profit de cette affaire et d’obtenir un nombre considérable de soutiens. C’est affligeant.