Naftali Bennett à Bruxelles

Naftali Bennett, le ministre israélien de l’Economie et aussi des Relations avec la diaspora, a rencontré des dirigeants de la communauté juive de Belgique pour leur exposer sa vision des relations entre Israël et les Juifs du monde entier. Une occasion également de préciser sa vision très colon d’Israël et de ses rapports avec les Palestiniens.

Rendez-vous est pris au dernier étage d’un palace bruxellois pour une rencontre informelle avec le ministre israélien chargé des relations avec les Juifs de diaspora. Une fonction curieuse pour un pays qui s’est bâti comme l’antidote de la vie diasporique. Et à cet égard, Naftali Bennett n’est pas tombé dans les travers de nombre de ses prédécesseurs plutôt enclins à faire la leçon aux Juifs d’Europe.

« Les relations entre Israël et les Juifs de diaspora doivent être redéfinies. Cela ne sert à rien de venir systématiquement avec cette vision obsolète d’une diaspora « tiroir-caisse » d’Israël contrainte d’accepter la seule alternative : se taire ou s’installer en Israël. Je sais que beaucoup de Juifs attachés à Israël ne feront jamais leur alya. Notre objectif est de faire en sorte qu’ils demeurent juifs et liés à Israël », déclare Naftali Bennett. « Pour ce faire, nous avons besoin d’un partenariat entre Israël et la diaspora dont nous définirons ensemble les contours. Je n’ai pas la prétention de vous apporter la solution, mais nous entrons dans une ère nouvelle où les Juifs doivent aussi exercer leur influence sur la société israélienne ».

C’est sûrement ce qui l’a amené à expliquer il y a quelques jours qu’il entend accorder une « semi-citoyenneté » aux Juifs de diaspora ! Bien que cette idée vague ait les allures d’un slogan, les moyens financiers destinées à renforcer les liens entre Israël et les Juifs de diaspora sont chiffrés et considérables : pour les cinq années à venir, près d’un milliard et demi de dollars y seront consacrés !

Lorsque Naftali Bennett rappelle qu’Israël n’a plus besoin de la charité des Juifs de diaspora, il en profite pour reprendre sa casquette de ministre de l’Economie et nous vanter les mérites d’Israël en la matière. « Notre économie se porte bien et nous sommes performants dans les secteurs d’activités les plus innovants ». L’ancien fondateur d’une start up spécialisée dans la lutte contre la fraude sur internet en profite pour énumérer quelques exploits de la Start up nation : « 70% des transactions américaines sur internet sont sécurisées par des entreprises israéliennes ».

Nation phare

Pour Naftali Bennett, Israël n’est pas qu’une Start up nation, c’est bien plus que cela. « Israël doit être une nation phare ». La lumière d’Israël doit rejaillir dans cinq secteurs d’activités : les énergies alternatives, l’eau, l’agro-alimentaire, la sécurité et l’industrie du bien-être et des loisirs.

Ces cinq secteurs économiques sont certes essentiels, mais ne font pas d’un pays une nation phare. Comment envisage-t-il les critères moraux et éthiques d’une nation phare ? « Israël doit être un Etat juif et démocratique », répond le plus fervent partisan des colonies de Cisjordanie au sein du gouvernement israélien. Et d’ajouter : « Nous devons garantir l’égalité des droits entre tous les citoyens israéliens, qu’ils soient juifs ou arabes » !

Et lorsqu’il passe en revue la question israélo-palestinienne, Naftali Bennett n’hésite pas à se démarquer de la position officielle de la coalition gouvernementale à laquelle il appartient. Il ne croit absolument pas en la possibilité d’un accord définitif avec les Palestiniens. S’il prend soin de préciser qu’il ne fait rien pour affaiblir sa collègue Tzipi Livni en charge des négociations avec les Palestiniens, Naftali Bennett exclut clairement l’idée d’un Etat palestinien.

Annexion de la zone C

Comment entend-il alors préserver Israël en tant qu’Etat juif et démocratique ? « En annexant à Israël la zone C de la Cisjordanie, c’est-à-dire la zone entièrement sous contrôle israélien où vivent quelque 300.000 colons israéliens et environ 70.000 Palestiniens. Ces derniers deviendront citoyens israéliens à part entière », détaille Naftali Bennett.

Quant aux zones A et B, elles seront attribuées aux Palestiniens qui deviendront autonomes. Autonomes, mais pas totalement indépendants car Naftali Bennett n’entend pas conférer à cette entité tous les attributs de la souveraineté (armée, continuité territoriale, gestion des frontières…).

On se demande alors comment il mettra en œuvre un tel scénario dans la mesure où cette zone C, où vit l’immense majorité des colons, représente par ailleurs 60% de la Cisjordanie. Sa vision des relations avec les Palestiniens se heurte de plein fouet avec son concept de nation phare respectueuse des individus et de leur volonté. Son plan pour la Cisjordanie où vivent 2,3 millions de Palestiniens ne trouvera parmi eux personne pour l’approuver. Les Palestiniens veulent un Etat où ils pourront réaliser leurs aspirations nationales. Il est curieux qu’un homme aussi attaché à sa nation ne comprenne pas que les Palestiniens sont animés d’un sentiment analogue.

La solution de Naftali Bennett garantira certes l’avenir des colonies, mais jamais l’avenir de l’Etat d’Israël. Sa vision est un cauchemar pour une majorité d’Israéliens et de Juifs encore convaincus que la meilleure garantie de l’existence d’Israël est bien la création d’un Etat palestinien souverain et viable en Cisjordanie. 

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