Naftali Bennett, l’homme des colons, sera-t-il le prochain 1er Ministre d’Israël ?

Quasi inconnu voici trois ans, N. Bennett  a connu une de ces ascensions météoriques que permet la politique israélienne. Au point de se voir comme le futur 1er Ministre du pays.  Rêve ou future réalité ?

L’homme ne manque pas de qualités : jeune encore (42 ans), il a déjà fait fortune dans les affaires. Chaleureux, ouvert à la discussion, il a rendu à une organisation en déshérence, le Parti national religieux (PNR) , son lustre d’antan :

Lors des législatives de janvier 2013, il l’a fait bondir de 3 à 11 sièges. Politicien habile, il n’a pas hésité, lui le sioniste religieux, partisan de l’annexion de la Cisjordanie à s’allier avec Yaïr Lapid, centriste, non croyant et ouvert au dialogue avec les Palestiniens.

Il est vrai que les deux hommes avaient le même but : exclure du gouvernement  leur ennemi commun, les ultra-orthodoxes (en priorité le Shass) et leur manie de détourner la manne publique à leur profit. Opération réussie :

A lui seul, Bennett truste pas moins de quatre ministères dans le 3ème gouvernement Netanyahou : Economie, Emploi, Industrie et Affaires religieuses.  En cas d’élections anticipées, les sondages lui promettent un nouveau bond à 19 sièges, juste derrière le Likoud.

Bien sûr, à priori, l’actuelle Knesset est en poste jusqu’en 2018. Mais voici qu’Y. Lapid, ministre des Finances et le 1er Ministre s’écharpent sur le budget.  Le 1er veut supprimer la Tva sur les appartements pour aider son électorat à devenir propriétaire.

B. Netanyahou refuse et préfère  augmenter le budget militaire…. S’il n’y a pas d’accord, a menacé Lapid, je me retire et le gouvernement tombe. Et même s’ils finissent par s’arranger, Bennett a la même capacité de nuisance. Lui aussi peut  à tout moment retirer son appui au 1er Ministre.

Et il ne se privera pas de le faire si les sondages l’y encouragent. Or, la cote de B. Netanyahou est en chute libre. A peine  28% des électeurs considèrent que c’est lui qui représente le mieux les valeurs de la droite.

Il est battu par Avigdor Lieberman (31%) et sur tout N. Bennett : 39%. Encore une ou deux enquêtes du même genre et le chef du « Foyer juif » n’hésitera plus à forcer le destin. Et puis après ? se diront d’aucuns.

A tort ou à raison, Israël glisse de plus en plus vers la droite. N. Bennett ou B. Netanyahou, n’est-ce pas chou vert et vert chou ? Mieux : une personnalité carrée comme Bennett n’est-elle pas préférable au très ambigu 1er ministre actuel qui dit tout et son contraire ?

N. Bennett, lui, n’est pas du genre à dire « blanc » quand il pense « noir ». Il est pour la colonisation de la Cisjordanie (il a d’ailleurs dirigé de 2010 à 2012 le Yecha, le conseil des colons).

Ne pas enterrer trop vite B. Netanyahou

S’il a rejoint le PNR, c’est parce qu’il partage leur vision messianique : si la Cisjordanie fait devient partie intégrante du Grand Israël, le Messie ne tardera pas à suivre. Il est donc hors de question de créer un Etat palestinien à l’ouest du Jourdain.

Dans le Sinaï, comme le proposent les Egyptiens, d’accord. Ou en Jordanie. Ou n’importe où ailleurs sauf sur la terre que Dieu a donnée à Israël. Cela donnera un Etat binational ? Et puis après ? Le gouvernement –ou l’Eternel- y pourvoira.

Mais N. Bennett, qui contrairement aux autres dirigeants religieux n’est pas un rat de synagogue et connait le monde,  y croit-il vraiment ? Certains, dans son propre parti commencent à en douter et s’en inquiètent.

C’est que,  début septembre, il a fait voter une nouvelle constitution pour son parti : elle conforte son propre pouvoir en lui conférant le droit de nommer les candidats députés –y compris des femmes !- et les ministres potentiels.

Mais surtout, elle autorise l’élection de personnalités non membres du courant national-religieux. Pour certains des rabbins qui ont fait N. Bennett roi, c’en est trop : « Maison Juive » ne va-t-elle pas perdre son caractère ultrareligieux pour devenir un Likoud bis ?

Bien sûr, le président s’en défend bien que tout le monde sache que s’il entend devenir le 1er parti de la droite, il lui faudra ratisser large, bien au-delà de son électorat actuel. Et c’est bien que ce qu’il tente.

N. Bennett entend rallier sous sa bannière tous les mécontents : ceux des villes de développement, les Juifs religieux, les Juifs ultra-orthodoxes, les Juifs laïcs,  les Druzes ! Et même les Juifs de gauche, pourquoi pas ?

D’évidence, de même que pour Henri IV « Paris valait bien une messe », aux yeux de N. Bennett « Israël vaut bien une kippa »…. Le plan est hardi. A-t-il une chance de réussir ? Les jeux ne sont pas encore faits.

Au sein de son parti, l’opposition qui préfère un petit parti « religieusement « pur » à un grand partant dans tous les sens, peut freiner voire bloquer sa stratégie. D’autre part, l’électeur israélien est volage et a souvent hissé  un parti au pinacle avant de le renvoyer dans les catacombes. Mais surtout, Bennett aurait tort d’enterrer trop vite B. Netanyahou.

Si celui-ci est un Premier ministre en dessous du médiocre, il est aussi un politicien de haut vol. Il pourrait fort bien combiner une nouvelle majorité avec les Travaillistes et les ultra-orthodoxes et renvoyer « Maison Juive » dans l’opposition.  

Ou, à l’inverse, le 1er Ministre pourrait s’attacher N. Bennett en lui faisant comprendre qu’il est encore un peu jeune et inexpérimenté pour accéder au pouvoir suprême. Mais qu’en prenant un peu de bouteille avec les ministères majeurs qu’il lui offrirait (Défense, Affaires Etrangères), le poste lui reviendrait quasi automatiquement la fois suivante.

Et pendant que ces deux hommes -et bien d’autres- se disputent le pouvoir, la colonisation se poursuit. Et à mesure que la solution « à deux Etats » s’éloigne, la création d’un Etat binational croit. Compte à rebours d’un suicide annoncé, voulu, recherché. 

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